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Couverture de Hamlet

Hamlet :Sur la traduction

par Pascal Collin

La traduction d'Hamlet est fondée sur l'édition Arden de 2006 établie par Ann Thompson et Neil Taylor.

Sources de la traduction

Comme si la pièce la plus emblématique de l’oeuvre de Shakespeare devait être également celle qui, plus qu’une autre, contribue au mystère qui entoure l’auteur, le « véritable » texte d’Hamlet reste une énigme partiellement irrésolue, et qui a donné lieu à de nombreuses enquêtes, quasi policières, des chercheurs. On peut évidemment s’en tenir à une certaine doxa, et s’appuyer exclusivement sur le texte de l’in-folio de 1623 (qu’on désigne par F). Celui-ci fait généralement autorité, et il est la base de la plupart des éditions – et des traductions. Cependant, s’il est permis d’ignorer les éditions ultérieures à la date du folio dans le format in-quarto, et en particulier celles de la seconde moitié du 17ème siècle (dont les « player’s quartos », édités selon la tradition des coupes et des remodelages effectués pour les représentations, et soumis au goût du jour, classique et bienséant, de la restauration, donc peu enclin aux « outrances » shakespeariennes), on ne peut en revanche méconnaître les deux premières éditions de 1603 et 1604 (dits le premier et le second quartos – Q1 et Q2).

Publiés par le même éditeur, ces deux quartos sont pourtant très différents l’un de l’autre (et du folio), ne serait-ce que par leur longueur : Q1 est presque moitié moins long que F, lui-même un peu plus court que Q2. Cependant certains passages de F, en particulier dans la scène de retrouvailles entre Hamlet, Rosencrantz et Guildenstern, ne figurent pas dans Q2. La première excroissance de cette scène dans F a plutôt tendance à aggraver la tension entre Hamlet et ses deux anciens amis, en tous cas à marquer davantage les positions antagonistes et à enrichir ainsi l’aspect d’interrogatoire mené par Hamlet. La seconde, au contraire, semble rompre avec l’enjeu conflictuel du dialogue, ou du moins largement l’atténuer, et confiner, à partir de l’annonce de l’arrivée des comédiens à la fin de l’acte II, à une conversation clairement en rapport avec l’actualité de la vie théâtrale, voire avec le contexte politique de l’époque de Shakespeare. Par ailleurs, et même s’il est le premier, Q1 est le plus curieux et le plus suspect des trois textes, au point que les interprétations les plus répandues se partagent entre une adaptation par Shakespeare d’une autre pièce d’un autre auteur, un premier brouillon d’un texte qu’il allait ensuite réécrire entièrement, et une transcription très libre et plutôt médiocre, par un inconnu, d’une des premières représentations d’Hamlet.

Bref, Q1 étant évidemment à part et ne valant que par quelques variations ou inventions évocatrices ou stimulantes, nous avons choisi pour cette édition de nous fonder (en suivant l’édition anglaise établie en 2006 par Ann Thomson et Neil Taylor) sur le second quarto de 1604. Cette version est très probablement la plus proche du théâtre de Shakespeare tel qu’il fut réellement joué et son langage paraît souvent plus direct, moins soucieux, pour le dire très vite, de fixer une forme qu’on nommerait aujourd’hui « littéraire » que de proposer du jeu pour la scène…Dans la mesure où cette traduction est d’abord faite pour être jouée, il fallait un texte qui permette de restituer pour notre temps les enjeux de la représentation inscrits dans le mouvement de son écriture originelle. Cela étant, on ne s’est pas interdit, pour la richesse de leur matière et pour offrir aux metteurs en scène et aux acteurs la partition la plus étendue, d’inclure les passages supplémentaires de F et, parfois, de préférer certaine formulation de F à celle de Q2 quand la situation en paraissait mieux éclairée, aiguisée ou enrichie, ou simplement quand la langue en était plus forte et plus belle…

Note pour la publication

Pascal Collin


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