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Vertiges

+ d'infos sur le texte de Nasser Djemaï
mise en scène Nasser Djemaï

:Monde paralèlles

par Nasser Djemaï

Il existe des mondes parallèles, tout près de chez nous, comme des poches gorgées de particules encombrantes, sans cesse irriguées par un trop plein d’incompréhension. Ces kystes urbains perçus aujourd’hui comme des prisons à ciel ouvert, des ghettos. C’est là que mes parents vivent, c‘est là, entre autres, que j’ai grandi...

Lorsque nous sommes arrivés en 1987, on venait de la campagne, isolés de tout. L’hiver était particulièrement redouté avec le froid, la baisse de lumière, l’humidité, l’isolement, sans moyen de transport... J’ai toujours vu les murs de la maison dégouliner d’eau, et une bataille entre frères et sœurs pour une place proche du poêle à mazout. Nous vivions dans une petite maison d’ouvriers, à côté de la mine de ciment où travaillait mon père. On était très loin de « l’ami Ricoré », la campagne ce n’est pas donné à tout le monde...

On ne connaissait pas la ville et comme le personnage de Louise Wimmer, dans le film de Cyril Mennegun, l’arrivée dans ces cités a été vécue par toute la famille comme une véritable délivrance. Enfin on se sentait en sécurité, on était au chaud toute l’année, on pouvait faire les courses tous les jours, aller chez le médecin, le pharmacien. Pour les enfants un peu plus âgés, on pouvait gagner un peu d’argent en travaillant au marché, aller à la piscine,à Carrefour, au cinéma, utiliser une cabine téléphonique, jouer au foot dans un vrai stade,boire un coca dans un bar et écouter de la bonne musique en jouant au baby-foot, au flipper,trouver facilement des pièces pour sa mobylette, s’habiller un peu à la mode, tout ça sans faire 10 km à chaque fois...

La fin d’une époque.

Nous y avons vécu plusieurs années sans problème, avec même un sentiment de légèreté.Mais au fur et à mesure, le chômage a fini par gangréner ces quartiers et 28 ans plus tard, les choses ont terriblement changé. Tous ceux qui ont eu la possibilité de partir l’ont fait ; peu à peu un glissement de population s’est opéré. Aujourd’hui il y a des familles très heureuses qui s’en sortent très bien, d’autres doivent se battre au quotidien pour survivre. Enfin certains ont fait le choix de se murer dans une quête identitaire et spirituelle en se coupant du monde.

Les banlieues, les cités, les ZUP, les ZEP, les quartiers, quartiers sensibles, quartiers populaires. Ces endroits où beaucoup de fantasmes se projettent, où les peurs se cristallisent,toutes ces appellations, ces identités flottantes, qui en disent long sur la difficulté de nommer« la chose ».

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