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United Problems of Coût de la Main d'œuvre

mise en scène Myriam Marzouki

:Note d’intention

J’ai voulu monter le texte de Jean-Charles Massera comme une comédie sur le discours médiatique devenu spectacle, au sens où Guy Debord désigne par ce terme « le moment où la marchandise est parvenue à l’occupation totale de la vie sociale ». United Problems of Coût de la Main d’œuvre opère par prélèvement, ressassement, mise en boucle des formules de la novlangue contemporaine : ritournelles entêtantes de la communication politique, arguments du réalisme économique assénés ad nauseam à longueur de journaux télévisés, etc. La mise en scène s’empare de la « prosodie médiatique » travaillée par le texte en prenant comme point de départ la matérialité sonore de l’écriture, rythme, lexique et syntaxe. Monter United Problems of Coût de la Main d’œuvre c’est mener le combat sur le terrain de la « langue ennemie » qui, à notre insu, pénètre oreilles et conscience, en s’appuyant sur l’improbable drôlerie du texte.

Le texte se présente comme un entretien sans interruption entre deux locuteurs. Une femme pose des questions : « Après ceux du troisième et la sœur de Christian, c'est maintenant au tour de ma fille de connaître les effets de la crise financière et économique. Sommes-nous à la veille d'un krach analogue à 1929 ? », « La mondialisation est-elle à la portée d'une entreprise qui fabrique des petits verres à apéritif qui sont un peu kitsch mais qui coûtent 15 balles, des baladeurs qu’ont un son pourri ou des balles de tennis qui sont toutes molles après deux trois échanges ? ». L’homme répond, avec un souci principal, « à ce rythme là, si on fait rien, il est clair qu’on va finir sous le contrôle des Coréens ».

La mise en scène introduit des séquences, comme autant de dispositifs médiatiques à explorer - studio de radio, plateau en duplex d’une émission politique, talk show, conférence de presse - ponctués par des tubes pop, chansons live, génériques et jingles. Le déplacement des « contextes d’énonciation » fait évoluer les interprètes le long des stations obligées de la scène médiatique contemporaine : journaliste, présentateur télé, animateur, expert économique, homme politique, anonyme réifié dans le rôle de « monsieur-madame-tout-le-monde ».

Comment l’excès inhérent à une écriture, ici la répétition, l’affolement syntaxique, la logorrhée poussée à l’absurde, peut-il faire bouger les lignes de représentation du réel ? Comment, sur le plateau, à un certain moment de tension de jeu, quelque chose s’échappe, déraille, brise les code du discours et la forme familière des icônes? Au cœur du spectacle, un rapport de force entre les locuteurs : entre la femme qui interroge et l’homme qui répond se joue la relation de pouvoir entre la scène médiatique, l’ordre politico-économique et « la sœur à Christian », « mon mari » ou « ma fille », c’est-à-dire chacun de nous.

Myriam Marzouki

02 février 2008

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