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Sixième pièce de la Troupe du Levant

Benjamin Forel (Conception)


:À corps et à cris

La Troupe du Levant n’installe pas le chaos.
Il est là.
Elle le révèle, le montre.
Il est celui de notre époque. Il est celui, éternel et universel, de la condition humaine.

Alors, le théâtre de la Troupe du Levant fomente des spectacles qui partent en résistance au gré de véritables performances physiques: « Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. − Et je l'ai trouvée amère. − Et je l'ai injuriée. » Pour l’inscrire dans une histoire du théâtre et du spectacle, on pourrait faire appel au Théâtre de la Cruauté d’Antonin Artaud, au Théâtre Pauvre de Jerzy Grotowski, et à celui du Soleil d’Ariane Mnouchkine, mais encore à Fellini et Pasolini. Il ferraille dans l’expérimentation pour mieux désosser la tradition et voir ce qu’elle a dans le ventre, les tripes et l’esprit. Benjamin Forel fait partie de ces très jeunes metteurs en scène qui lisent beaucoup, sont à la recherche d’auteurs inconnus, les aiment… pour mieux prendre distance avec leur texte/prétexte, mettre en avant le théâtre dans ses autres dimensions : jeu, sons, images, odeurs, voix, gestuelles… Alors, ça déménage ! La scène est un espace de jeu et un espace de guerre. Un champ militant. On baigne littéralement dans le lait, le yaourt, l’eau, les larmes, le sang, le sperme voire le pipi caca. Ça jubile. Les pulsions et les passions se vivent au paroxysme, à l’hystérie. Sera provoqué qui le veut. Ainsi : quand d’entrée, Hanokh Levin fait hurler au comédien: « Dieu n’existe pas », provoque-t-il ? Ou énonce-t-il un simple fait banal, une évidence, un truisme, contre lequel infiniment se battre, surtout en des temps religieux et donc forcément fanatiques ? L’humain ne fornique-t-il pas avec délectation dans la bêtise, la méchanceté, l’absurde ? Est-ce sa faute à lui ? L’humour juif est bien noir. Dans toutes les subtiles variations de cette couleur selon l’éclairage. L’énergie phénoménale de la troupe s’empare du désordre selon le lieu, le temps, les circonstances pour surtout ne jamais nous foutre la paix. Surtout avant la guerre. Ce théâtre ne nous lâche pas dans un monde en friches où chacun recherche son identité. Celle qu’interrogent de façon plus intime les « petites formes » du Levant, de Shakespeare à Levin. On a là, devant nous, en nous, une véritable performance, vers le vieux rêve rimbaldien d’un « théâtre total », d’un « opéra fabuleux ». Toujours en route.

Stani Chaine