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Saint-Félix, enquête sur un hameau français

+ d'infos sur le texte de Elise Chatauret
mise en scène Elise Chatauret

:L’enquête

par Elise Chatauret

Voyages à Saint-Félix

J’ai découvert Saint-Félix en me promenant en France. Je rêvais d’un lieu isolé, éloigné d’une grande ville, portée par l’intuition qu’un monde, là en France, était en train de s’éteindre doucement. Le monde rural et agricole. Une certaine idée de la nature. Un autre rapport à l’espace et au temps, aux traditions, à la vie en société. Dans ce hameau enclavé vivent une vingtaine d’habitants à l’année, de 26 à 87 ans.

Nos voyages à Saint-Félix ont commencé en janvier 2017 et se sont terminés en juin: un mois et demi de présence sur le territoire en six mois, espacé de plusieurs semaines. Chaque membre de l’équipe de création m’accompagne tour à tour dans le hameau : dramaturge, comédiens, scénographe et créatrice lumière. Nous passons du temps sur les lieux, partageons des moments de vie avec les habitants, nous arpentons les chemins et essayons de comprendre ce qui se passe là-bas.Des liens se tissent naturellement avec les personnes rencontrées.

Les lieux

Saint-Félix est un hameau français de 1,8 km2, situé à l’écart des grands axesde communication et des villes.

Il ressemble en tous points à l’image d’Epinal du petit village français: une église, un cimetière, de belles maisons en pierre blanche, des champs. Alentours, plusieurs plateaux et un cours d’eau qui chemine au fond d’une forêt de chênes aux feuilles claires. La terre du pays est caillouteuse, difficile à travailler.
Saint-Félix est un savant mélange entre le village gaulois et le conte de fées.

Dans le spectacle, nous ne situons pas le village. Une vingtaine de hameaux portent aujourd’hui le nom de Saint-Félix, en France, et nous laissons volontairement naître la confusion. C’est une manière de s’approprier les lieux autrement, de commencer à déréaliser les données objectives et de laisser à chacun le loisir de s’imaginer Saint-Félix où il l’entend.

Les habitants

A Saint-Félix vivent une vingtaine de personnes à l’année. Une quinzaine d’autres, propriétaires de maisons secondaires ou héritiers y viennent de temps en temps. Nous mènerons officiellement au total dix-huit entretiens avec vingt-six d’entre eux. Certains se font en tête à tête et d’autres par couple. Certains autour d’un café, d’autres en partageant un repas. Notre panel recense:
- six agriculteurs, une psychothérapeute, et sept retraités;
-deux natifs des lieux, neuf étrangers (deux Allemandes, un Anglais, une Marocaine, deux Belges, et un Néo-zélandais), ainsi qu’une dizaine de Français issus d’autres régions;
-plus de 80% de plus de 50 ans (les doyens: 87ans), trois de moins de vingt-huit ans et une jeune femme décédée l’année de ses trente ans, le 1erjanvier 2016.

Les thèmes de l’enquête

Au fil de nos entretiens,des problématiques ont peu à peu émergé à l’échelle du hameau. Par extension et par analogie elles donnent à entendre un certain état de la France, et structurent le spectacle.

L’identité

La majorité des habitants ne viennent pas de Saint-Félix. Ils s’y sont retrouvés. Ils viennent d’autres régions de France, d’autres pays souvent. Les autochtones constituent une toute petite minorité au sein du hameau. Cela vient questionner nos représentations de la France: est-ce le propre de cette région-ci? Un simple hasard? Qu’en est-il de cette identité française partout contestée, ici, dans les faits ? Qui sont alors les Français? Et qu’est-ce que cela veut dire? Peut-on rêver que l’identité et l’appartenance soit une chose plus subtile qui dépasse généalogie et terroir?

La question des échelles

Plusieurs entretiens font émerger la question des échelles. Du hameau au monde globalisé, de la production locale et familiale à l’agriculture intensive et au marché mondial, du village aux communautés de communes.Ainsi Vincent peut-il raconter son histoire familiale du bout de la main, nous désignant l’arbre sous lequel ses parents se sont rencontrés, il y a soixante ans,puis nous introduire dans la maison de son arrière-grand-mère, devenue la sienne, avant de répondre en s’excusant à l’appel skype de son fils, tout juste parti vivre et travailler en Asie.

Le racisme

A plusieurs reprises affleure la question du racisme. Prégnante dans les récits de Alice, la femme de John, gabonaise. Un racisme latent, ressenti parfois, mais violent quand il s’agit de son fils, à l’école. Alice raconte pourquoi elle a finalement retiré son enfant de l’école des environs pour l’inscrire dans une grande ville. Le récit familial de Suzanne, la doyenne du village, reprend le fil quand elle évoque sa sœur mariée à des Afro-américains, accompagné de la description physique de ses neveux et nièces.

La tranquillité paisible du paysage et la gentillesse des habitants se mettentsoudainement à grincer.

L’agriculture et les modes de production

Plus que toute autre peut-être la question agricole se pose de manière lancinante dans un territoire local tel que Saint-Félix. Pour le dire vite, troistypes d’agriculture sont représentées:
-une agriculture dite moderne, intensive, avec mécanisation et engrais
-une agriculture biologique, et des rendements moins importants
-une agriculture alternative enfin qui invente de nouveaux modèles, portée par les plus jeunes: Matthieu et Lucie d’un côté, Corentin et Julie de l’autre.

Ces trois modèles, tout éloignés qu’ils soient, se rejoignent sur des préoccupations communes: la difficulté à vivre, la charge du travail, la transformation du métier et les effets de la crise agricole, l’envie de vivre mieux. Des enjeux civilisationnels se racontent là, dans le déclin manifeste de l’agriculture.

La question de la nature et de l’écologie

Les paroles des habitants de Saint-Félix sont traversées par une inquiétude prononcée face à l’état de la nature. Les habitudes ancestrales, les vieilles lois des hommes et de la terre, semblent bouleversées. Les hirondelles ne viennent plus nicher comme avant, les saisons ne se ressemblent plus,les ruches se vident. On quitte alors la réalité circonstanciée d’un petit hameau pour aller vers une dimension métaphysique: la réalité de l’homme au milieu de la nature questionnant son avenir et le sens de son existence.

La figure de Lucie

Lucie quitte sa vie urbaine pour aller élever des chèvres et faire du fromage. Radicale dans ces choix, elle refuse tout ce que la société de consommation peut proposer,jusqu’à l’excès: elle refuse de se soigner, de s’équiper même au minimum pour éviter l’épuisement...
Lucie incarne l’aspiration d’une génération à vivre une autre vie loin de la course au profit et à la réussite.

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