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Retour à Reims

+ d'infos sur l'adaptation de Laurent Hatat,
mise en scène Laurent Hatat

:Présentation

À propos de l'essai

Retour à Reims, ce n’est pas du théâtre.
Retour à Reims est un livre de sociologie et de théorie critique. D’emblée c’est un ouvrage qui se pose en rupture radicale avec les pratiques habituelles de la sociologie : l’auteur se donne comme propre objet de son étude.

« Pourquoi, moi qui ai tant écrit sur le mécanisme de la domination, n’ai-je jamais écrit sur la domination sociale ? »'

À la mort de son père, l’auteur retourne à Reims et retrouve son milieu d’origine, le monde ouvrier, avec lequel il a rompu depuis plus de trente ans. Avec des mots précis, il nous narre son enfance et les conditions de son ascension sociale, il mêle à chaque étape de ce récit intime les éléments d’une réflexion sur les classes, la fabrication des identités, la sexualité, la politique… Apparaissent noir sur blanc les multiples formes de la domination et les violences qui en résultent.

« Pourquoi, moi qui ai accordé tant d’importance au sentiment de la honte dans les processus de l’assujettissement et de la subjectivation n’ai-je à peu près rien écrit sur la honte sociale ? »

Retour à Reims procède du dévoilement et de la confession, de l’analyse et de la construction, de l’enquête et de la quête. De l’adolescent cachant son homosexualité, vivant dans un milieu ouvrier et communiste, à l’adulte admettant l’ampleur de sa honte sociale, décrivant la dérive de son père, sa mère et ses frères vers le racisme et l’extrême droite, le livre dessine le portrait saisissant d’un homme d’aujourd’hui. En creux apparaît une société française fort peu encline à nommer ses démons : la reproduction des élites et la relégation des classes populaires et de leur réalité loin de la focale médiatique et politique. Petit monde qui exalte la « classe ouvrière » pour mieux s’éloigner des ouvriers réels.

Pourquoi en faire du théâtre ?

J’ai été emporté par la détermination de Didier Éribon à comprendre la généalogie de sa rupture avec son milieu d’origine, à décrire avec sensibilité les états de son retour. J’ai été profondément touché par sa volonté de nous donner à comprendre, par cette générosité de la pensée. Par cet acte, son livre se frotte à l’universel. Et quand l’intime touche à l’universel, le théâtre n’est qu’à un pas. Un pas que je veux franchir allègrement, j’aime que le plateau soit encore et toujours le compagnon lumineux de la pensée féconde.

Comment en faire du théâtre ?

Retour à Reims est une conversation entre un fils et une mère après la mort du père. C’est le récit d’un départ, d’une délivrance et de la honte qui l’accompagne. C’est la mise en lumière d’un déni et ses ressorts. Il y aurait du tragique si la solution n’était pas politique.
Au plateau avec Antoine Mathieu et Sylvie Debrun nous donnons une incarnation puissante de cet échange. La distribution ici est d’une importance majeure : avec ces deux acteurs nous sortirons d’un naturalisme trop réducteur pour affronter les mouvements d’une pensée en action. Mouvements profonds et arc-boutés dans la lumière crue de la réalité de la famille : ce sentiment déroutant d’être à la fois chez soi et dans un univers étranger. Mouvements brusques lorsque la colère l’emporte parfois contre ceux qui s’aveuglent, ceux qui aveuglent les autres devant la violence du déterminisme social. Car il s’agit de cela aussi, de la violence du verdict social et de la colère qu’il suscite, ou plutôt de la colère que suscite l’absence de révolte face à la brutalité de ce verdict.
Je souhaite entamer une réflexion sur l’articulation entre les corps des acteurs et l’omniprésence des images du passé. Poser son regard sur les « photos de jeunesse » est un acte premier dans notre histoire : c’est le catalyseur de la réflexion, dans le cheminement d’Éribon, tout commence par ce moment de partage avec la mère devant la boîte de photos. Je me propose d’activer au plateau la force de sujétions des images dans une utilisation incisive, organique de la vidéo.
Dans l’espace plateau, avec les voix, les corps et la lumière, je cherche à réinventer la densité d’une réflexion à vif, le moment précis où ses ferments se mettent en place. Retrouver la couleur de l’instant suspendu où soudain nous sommes frappés de plein fouet par l’ampleur des conséquences sur l’individu que nous sommes devenu.

Comment ne pas reproduire au théâtre ce que le livre dénonce ?

Nous travaillerons sur l’ampleur des contrastes : la vivacité fragile de la parole intime, celle qui guide le dévoilement de soi d’une part et d’autre part nous porterons à incandescence le large souffle de la violente dénonciation d’un verdict social immuable.
Face aux éclats du fils, je souhaite donner toute sa place à la présence de la mère. Parfois seulement nous réinventerons le dialogue originel, toujours nous offrirons la tension des corps dans l’espace, celle des regards et des silences. Nous rejouerons les altercations formulées ou non. C’est faire vivre une théâtralité concrète, simple, subtile mais bouleversante comme l’est l’oeuvre Retour à Reims. Je vois la raideur du corps de la mère, son regard posé sur les ustensiles de ménage, leur obséquieuse réalité quand les mots du fils résonnent d’une colère contenue. La tension dramatique est nourrie par l’intelligence du processus.
Pour mon adaptation, je privilégie les étapes clefs d’une prise de conscience douloureuse : l’homosexualité vécue comme une naissance dans la peur et l’injure, le dégoût de la famille, la dissociation nécessaire et la honte de ses origines. La compréhension ultime qu’il est plus facile d’écrire sur la domination sexuelle que sur la domination sociale quand on est soi-même un « transfuge », un « déclassé par le haut » parce que la honte agit en vous, de manière insupportable. J’ai ainsi défini quelques axes de travail qui guident mes choix dans mon travail d’adaptation. Sur le versant dramaturgique, je poursuis ma collaboration avec Laurent Caillon. Pour décrire de manière lapidaire la philosophie qui anime cette fructueuse collaboration, je dirais « l’épreuve des planches ». Au-delà des « idées » ; c’est la réalité du plateau que nous traquons au bout du compte, son efficience dans le sens et l’émotion. Porter Retour à Reims à la scène s’inscrit pour moi dans l’esprit d’un théâtre des idées et la seule chose qui fusionne d’évidence la pensée et le théâtre, c’est l’émotion.

Laurent Hatat

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