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Promenades

+ d'infos sur le texte de Noëlle Renaude
mise en scène Marie Rémond

:Le Texte

Bob quitte Mag et rencontre Pat, est trahi par Jim, quitté par Pat et Marie Claire, déçu par Tom avant de disparaître mystérieusement sur le chemin.
Il est question d’une disparition et de tous les petits événements qui la précèdent. Il est question d’une rupture, et de tous les petits évènements qui la suivent. Et d’un parcours chaotique, d’une errance plutôt, qui nous conduit des canaux parisiens au lac des cygnes, de la ville à une nature aux paysages faussement paisibles, où Bob finit par se perdre. Le heurt des êtres qui ne parviennent pas à se parler, les quiproquos, les micros évènement qui s’entremêlent et se cognent, auront finalement raison de lui.

En lisant Promenades la première fois, j’ai été de nouveau surprise, voire déconcertée par la forme. Il m’a fallu plusieurs lectures pour en voir les strates successives, tracer le parcours de Bob. Petit à petit les paysages sont apparus, les êtres se sont mis à vivre, tout était dans la page et je ne l’avais pas vu, le volume des voix, l’espace, le désordre, le mouvement. L’obscurité initiale révèle en fait une pièce au plus près du réel. Et ce qui m’a le plus réjoui c’est de découvrir que chacune des «  séquences », contenait en elle une nouvelle forme du récit, où la question de « comment raconter » s’invente et se développe chaque fois différemment.
Cette modification de l’endroit du récit, donc de la prise de parole nous conduit du plus proche au plus flou, de la fiction vaudevillesque (au début, on se croit presque dans une série B) avec vitesse, mouvement et rebondissements, au cadrage plus distancié, plus général où Bob passe petit à petit à l’arrière -plan.
Noëlle Renaude déroge même à ce qu’aurait pu être la fin attendue de Promenades : la chute, la mort tragique de Bob. Au contraire, la pièce s’achève par la description approximative d’un homme qui s’éloigne (et était-ce vraiment Bob ?) faite par un homme et une femme eux- même en proie à certains dérèglements pathologiques. Et ce n’est pas pour rien si le texte se termine par un choc, un geste violent et incontrôlé (le poing de l’homme sur la poubelle) tandis que le noir est « enfin venu » et que ce qui aurait pu arriver comme un apaisement n’en est finalement pas un.
Non seulement le mystère reste entier sur la disparition de Bob, mais ce qui ressort de son parcours c’est avant tout la complexité et le désordre général des rapports humains, désordre qui confine au ridicule autant qu’à la grâce.
Il n’y a donc pas de résolution, de morale à tirer de cette aventure autre que ce constat : on assiste à la perte d’identité d’un homme qui est tout sauf un héros, à sa perte de repère, d’amis, comme si on le suivait caméra à l’épaule avant qu’il nous échappe, nous laissant sur le chemin sans plus d’explication. Le style vif, tranchant, rythmé de l’écriture et l’humour qui va avec ne laisse pas le temps de s’appesantir.
Le texte devient aussi une promenade à travers 5 formes théâtrales, à l’intérieur desquelles l’endroit de la narration évolue, la distance du cadre n’est plus la même : il se resserre ou s’élargit, monte et descend, effectue un travelling ou se pose ; On change de repères, et ces repères sont flous, les didascalies présentes au début de chaque tableau devraient nous renseigner comme des panneaux indicateurs mais elles ne sont que suppositions sur la tentative de reconstitution du parcours de Bob. La troisième promenade est à ce titre exemplaire : un nouveau personnage est introduit, Tom, et c’est lui qui devant nous extrait Bob de son cadre « vaudevillesque » pour l’amener à suivre une promenade plus « lynchéenne, » ou les fantômes du passé ressurgissent, et qui vire au cauchemar pour notre « héros », pris dans un engrenage où tout se retourne contre lui  : il est question de mur et de démolition et ce qui devait être le lieu où Bob venait se reconstruire, devient celui où il se fait démolir.
Ces rouage, cette mécanique est à vue pour le spectateur, il suit les évènements qui se racontent entre réel et imaginaire, projections et souvenirs, entre ce qui est « au dessus du réel » et ce qui s’y heurte. Et parfois nous nous posons sur le côté, comme Bob autour du lac et nous regardons le tableau : on y voit des être qui hurlent et ne s’entendent pas, qui racontent des blagues salaces et mangent des gros repas et dont la férocité s’étale sur fond de nature sublime.
Il y a une étrangeté et une vraie poésie dans ce récit, au milieu des errances de Bob, du grotesque, du ridicule, du désarroi des êtres qui accompagnent cette quête du bonheur et du lieu idéal.

Marie Rémond

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