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Plus que le tumulte des eaux profondes

+ d'infos sur le texte de Godefroy Ségal
mise en scène Godefroy Ségal

:Paganisme et christianisme

Jusqu’en 1765, le métier de comédien est considéré comme un « métier infâme » et ce depuis les débuts de l’église Chrétienne. Malgré l’adoucissement que produit à la fin du IVe siècle le concile de Carthage. C’est la révolution de 1789 qui fera du comédien un citoyen.

L’homme a-t-il le droit de s’inventer ? Peut-il souffler, lui aussi, pour faire naître une vie qui lui appartiendrait ?

Plus que le tumulte des eaux profondes n’est pas pour nous dans l’absolu, une pièce qui parlerait d’Histoire. Elle le fait, certes. Mais on l’aura compris, le Tumulte glisse continuellement pour les historiens entre Histoire et légende. C’est en quelques sortes une nouvelle Atlantide, alors que plus personne ne nie l’existence d’une civilisation (crétoise ?) qu’aurait fait disparaître un raz-de-marée provoqué par une éruption volcanique. Homère ne racontait pas n’importe quoi pour l’Atlantide. Les anciens textes ne nous racontaient pas n’importe quoi pour Ys : les vestiges d’un mur d’enceinte au large de Douarnenez laissent peu de doute sur l’existence d’une vaste cité romaine et bretonne.

Mais tout cela nous soucie à peine. Cette époque charnière de l’humanité représente pour nous la question de la place que l’homme occupe sur cette terre, et celle qu’il se donne d’occuper. La scène qu’a voulu foudroyer l’église était bien cet espace où l’homme se faisait à l’image des dieux, là où il décidait, créait, vivait et revivait le monde. Le théâtre est un pouvoir de vie, de respiration divine artificielle. Il n’est pas falsification de la réalité. Il en est une autre que l’homme s’octroie : le droit et le devoir de diriger. Il est en évidence une désaliénation du sens que les religions voudraient que l’on respecte. Quand nous disons « les religions », nous ne pouvons mettre dans ce lot les antiques croyances paganistes. « Croyances » est inexact d’ailleurs. Nous devrions parler de représentations. Représentations du monde. Il y avait équivalence entre les hommes et les dieux. Les uns pouvaient vivrent indifférents aux autres. Les hommes n’attendaient rien des dieux. Il n’y avait pas l’intimité intérieure, secrète mais connue qu’allait imposer la religion chrétienne. Et cela est vivace dans la position civique du théâtre antique :

« Il ne faut pas que les dieux dans leur fureur ressemblent aux mortels » nous dit Euripide dans ses Bacchantes (Nous sommes très très loin du « Dieu fit l’homme à son image »), ou encore ce nihilisme total dans les Troyennes :
« Vous faites erreurs, les Immortels,
Il fallait nous détruire dans un tremblement de terre,
Personne n’eût parlé de nous…
Dans deux mille ans encore
Notre nom sera dans toutes les bouches ;
On reconnaîtra notre gloire
Et votre stupide justice
Et vous n’y pourrez rien
Car vous serez morts depuis longtemps,
Olympiens,
Comme nous ! »

Beaucoup se sont questionnés au sujet de la véhémence d’Euripide. Il est d’ailleurs souvent délaissé, car Eschyle et Sophocle paraissent plus représentatifs de ce qu’était Athènes. Pourtant dans cette dernière citation, ne nous y trompons pas, l’auteur nous dit clairement qu’existe ce qui est nommé. Nommé par l’homme. L’homme qui invente ses dieux. L’homme qui invente ses origines, son devenir. L’homme qui se crée. Comme des siècles plus tard le confiera Wilde au jeune André Gide, il n’y a de réel que ce que le verbe énonce. Une histoire est toujours vraie confiait l’écrivain irlandais (cf le De Profundis de Gide au mercure de France).

Le voilà notre acte théâtral. Le théâtre invente chaque jour d’infinies religions. Rien de gênant pour des civilisations païennes. Historiquement parlant, l’église, dès son commencement, nous fait penser le contraire. Elle n’a cherché qu’à imposer sa propre théâtralité.

Nous voulons faire de cette pièce, de ce spectacle un rituel de vie. Cette omniprésence de danses, musique martelée et répétitive, verbe haletant et ivre rejoindra de vieilles incantations (cantare) dont la forme nous semble démultiplier le fond comme aucune machine (cinématographique ou autres) ne sait le faire.

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