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Pig Boy 1986-2358

lecture dirigée par Laurent Vacher

: Le cochon, avenir de l'homme ?

par Anaïs Heluin - Temporairement contemporain N°2, 2018

Avec Pig boy 1986 – 2358, la jeune Gwendoline Soublin a très vite fait l’unanimité parmi les membres du comité de lecture de la Mousson d’été. Elle y aborde le monde agricole avec une surprenante modernité.

Pour Gwendoline Soublin, Pig boy 1986 – 2358 est un texte charnière. Après une formation de scénariste à Nantes puis au Conservatoire à Paris, une carrière de comédienne, des études à l’E.N.S.A.T.T. à Lyon et l’écriture de plusieurs pièces, tout en explorant l’art thérapie, la radio, ou en faisant vivre le collectif parisien M’as-tu vu ? fondé avec trois autres artistes, cette pièce présentée en lecture à la Mousson d’été lui permet de faire connaître son travail de manière plus large.


Commencée dans le cadre de l’Obrador d’Estiu, séminaire international d’écriture dramatique organisé par la Sala Beckett à Barcelone, cette pièce remporte en effet de nombreux prix. Elle est publiée aux Éditions Espaces 34, traduite et mise en scène en République Tchèque, et sera mise en scène en 2019-2020 par Philippe Mangenot. Un succès qui récompense une évidente originalité. Une audace formelle subtilement mise au service d’une réalité très peu présente sur les scènes et dans les récits contemporains : celle du monde agricole.


On y pénètre par un récit à la deuxième personne consacré à l’histoire d’un paysan, fils d’un couple d’agriculteurs qui « possèdent un troupeau de cent-quarante-trois porcs en Bretagne, à trente kilomètres de Saint-Brieuc ». Plein de cynisme et d’humour noir, c’est le récit d’une chronique accélérée d’une suite d’échecs, boutiquée façon western spaghetti plus jeu télévisé. Avec, sans doute, un soupçon de télé-réalité. Cow-boy de porcherie industrielle, le antihéros de cette dégringolade est comme livré en pâture, non seulement au spectateur mais aussi à une autre voix anonyme qui lui intime régulièrement de faire des choix absurdes. Du style, « 1 – VOUS TÉLÉPHONEZ À SOLIDARITÉ PAYSANS. 2 – VOUS TÉLÉPHONEZ à PIZZA HUT ».


Si elle emprunte une voie très éloignée de celle d’Anja Hilling (voir page 3), Gwendoline Soublin développe elle aussi une dramaturgie de la catastrophe. En rupture nette avec la tragédie paysanne décrite plus tôt, la seconde partie de Pig boy accuse un phénomène déjà suggéré : la dissolution de l’humain dans un système totalitaire qui ne dit pas son nom. Pire, qui se cache derrière des slogans séduisants et une grande liberté de façade. L’humour fait place à l’absurde. Nous voilà dans un procès-spectacle intenté à un porc soupçonné d’avoir violé une femme.


Déjà perturbée dans la première partie par les interventions numérotées, l’organisation de la page est ici complètement chamboulée. Énorme, le mot « procès » saute aux yeux. Les répliques se transforment à un certain moment en colonnes qui matérialisent le bruit du monde. Nos allers et retours permanents entre réel et virtuel. Une partition très polyphonique, inspirée des procès faits aux animaux au Moyen-Âge – celui de la truie de Falaise, en particulier, tuée en 1386 pour avoir en dévoré un nouveau-né présent au mauvais endroit au mauvais moment –, où cohabitent tous types de propos. La troisième partie, enfin, est le monologue d’une truie qui porte des bébés humains. Et qui s’enfuit dans la forêt.


Tout en assumant pleinement son choix du fragmentaire, Gwendoline Soublin parvient à donner à son texte une solide cohérence. Réunies par un même questionnement du rapport à l’animal et aux nouvelles technologies ainsi que par des détails plus subtils, les trois tranches de Pig boy 1986 – 2358 forment une tragi-comédie sur le devenir du vivant à l’heure du transhumanisme.

Anaïs Heluin

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