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Partage de midi

+ d'infos sur le texte de Paul Claudel
mise en scène Éric Vigner

:Note d'intention

par Eric Vignier

Quand je mets en scène un texte, j’essaie toujours de comprendre d’où provient la parole, quelle en est la source. En 1900, Paul Claudel a trente-deux ans, il quitte son poste de consul à Shanghai pour rentrer en France. Le jeune homme se destine à la vie religieuse. Lors d'une retraite à l’abbaye de Ligugé, Dieu lui oppose un non catégorique. Troublé, Paul Claudel repart pour la chine et accepte le poste de vice-consul à Fou-tchéou. C’est pendant la traversée qu’il rencontre Rosie Vetch – qui lui inspirera Ysé dans Partage de midi et, plus tard, Prouhèze dans Le Soulier de satin. Cette étrangère d’origine polonaise voyage avec ses quatre enfants et son mari, Francis Vetch, qui espère faire fortune en Chine. Là-bas, pendant quatre ans, Rosie Vetch et Claudel vivent une passion amoureuse dans l’adultère avant que Rosie soit obligée de quitter la Chine, enceinte de Paul. Sur le bateau qui la conduit en Europe, elle rencontre l’homme qui va devenir son second mari et ne donnera plus de nouvelles. La relation entre Rosie et Paul reprendra en 1917.

Pour moi, il est capital de savoir cela pour comprendre que Claudel, quand il commence à écrire Partage de midi, a déjà "vécu" les deux premiers actes – le long voyage en paquebot, la découverte de l’amour et du corps féminin – et qu’il est en train de vivre, comme Mesa à l’Acte III, le cauchemar de l’absence : il n’a plus aucune nouvelle. La possibilité d’absolu lui a été refusée – absolu don de lui-même au service de Dieu et amour absolu. Il y a une douleur infinie, qu’il va sublimer en écrivant Partage de midi. J’ai choisi de travailler sur la version de 1906 – et non sur celle de 1948, réécrite à l’occasion de la création – parce qu’elle est plus proche de l’expérience initiale, plus inconsciente, plus brute. À travers cette pièce, Claudel met un terme à sa vie présente. Tout va vers l’explosion finale, vers un au-delà inconnu. C’est ce qui est en jeu dès l’Acte I : les quatre personnages sont dans une situation d’échec et les questions qui les traversent sont violentes. On ne peut pas être dans la conversation, dans le raisonnement, dans la bienséance d’une bourgeoisie en villégiature qui discuterait philosophie sur un bateau en route vers la Chine. Claudel les confronte à l’idée de la fin : comment y faire face ?

La Chine, où ont lieu les deux actes suivants, et le théâtre oriental de manière plus générale, occupe une place essentielle dans ma lecture de Partage de midi. Claudel y a découvert d’autres codes, d’autres manières de travailler sur le son, la musique, la prosodie, le parlé/chanté. Un théâtre "non naturaliste", à la fois physique et sacré, que je retrouve dans son écriture : ce ne sont pas des têtes qui parlent, mais des êtres de chair et de foi.

Partage de midi est une pièce essentielle pour moi, c’est celle qui m’a guidé vers le théâtre quand je l’ai découverte à dix-sept ans. J’avais peu de connaissances littéraires et je ne l’ai pas "comprise" mais j’y retrouvais ma sensation de vouloir exister dans une très grande passion. Aujourd’hui, je forme un quatuor d’acteurs pour explorer cette oeuvre fondamentale, qui nous plonge dans le mystère de la création, de l’amour, de la mort et où Claudel fait de la femme une héroïne mythique.

Éric Vigner
Propos recueillis par Fanny Mentré

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