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Music-hall

+ d'infos sur le texte de Jean-Luc Lagarce
mise en scène Lambert Wilson

:Entretien avec Lambert Wilson

par Hervé Pons

Septembre 2008

Music-hall de Jean-Luc Lagarce sera votre quatrième mise en scène de théâtre. Vous vous êtes précédemment intéressé à Musset avec Les Caprices de Marianne et à Racine avec Bérénice que vous avez montée deux fois. Avez-vous choisi Jean-Luc Lagarce parce qu’il est le plus classique des auteurs contemporains ?
Sans doute, et certainement parce que la langue est, pour moi, fondamentale. Si elle ne m’émeut pas organiquement je ne peux pas m’y intéresser. Le travail de mise en scène est risqué alors il faut un choc esthétique pour le mener à bien. Un choc musical aussi. Pour moi ce texte de Lagarce est comme un long poème, un chant. Et en même temps, c’est sur le théâtre et c’est du théâtre. Je suis allé voir Juste la fin du monde l’hiver dernier à la Comédie-Française. Lorsque je suis rentré le mardi suivant au Théâtre des Bouffes du Nord, j’ai dit aux acteurs avec lesquels je jouais Bérénice qu’il y avait chez Lagarce, joué par les acteurs de la Comédie-Française, une précision, une exigence de l’ordre de celle que nous devions avoir vis-à-vis de Racine.


C’est la musicalité de la langue qui vous a, avant tout, touché dans l’œuvre de Jean-Luc Lagarce ?
Oui, mais en ce qui concerne Music-hall c’est autre chose, bien entendu. Music-hall parle des artistes, des gens qui choisissent l’illusion malgré tout.
Je suis fils de saltimbanque, j’ai vécu dans une atmosphère familiale qui a promu l’illusion comme style de vie, comme gagne-pain, comme raison d’être. On choisi de refermer la porte d’un théâtre et de reconstruire, là, une autre réalité. La rigueur de l’écriture m’est apparue plus tardivement, quand j’ai rencontré les acteurs, pour les rôles des Boys. Je me suis rendu compte à quel point cette dernière était diaboliquement précise. Il n’y a pas de hasard, il y a peu de mots, mais les mots sont extrêmement justes et précis. Il s’agit de l’obsession que partage Lagarce avec ses personnages, d’aller au plus près de leurs pensées, de se recorriger en permanence, de trouver enfin le mot juste en répétant, par circonvolutions, le sens. Le mot est au cœur de ce théâtre-là. Lagarce, et particulièrement dans cette pièce, a un lien avec Beckett. Pour moi le Théâtre tout entier est contenu dans l’œuvre de Beckett. J’y trouve la nourriture que je cherche sur la nature humaine, sa beauté, son humour, sa petitesse, j’y trouve le sens du désespoir et de l’absurde. Et il y a ça chez Lagarce.


Pourquoi vous est-il apparu que ce texte-là, ce rôle-là, étaient parfaits pour Fanny Ardant ?
J’ai cherché un texte pour Fanny Ardant jusqu’à ce que je trouve Music-hall. Dès la première lecture, il lui est apparu que c’était un rôle pour elle. Je pense que les acteurs et les actrices qui ont fait du théâtre, qui ont pris le risque de s’exposer dans leurs ridicules, dans leur chair se retrouvent dans ce texte. Il y a quelque chose de fondamental sur notre condition dans ce texte que Fanny Ardant n’a pas raté. Il y a dans la pièce la notion du rite, du rite de l’actrice, de cet acte étrange, absurde, enfantin d’aller se mettre dans de la lumière devant le noir. Elle dit parlant du cinéma et citant Truffaut que c’est de la lumière dans l’obscurité. Cette citation vaut également pour le théâtre et plus particulièrement pour cette pièce. Quiconque a une expérience de la scène dans toute sa splendeur mais aussi et surtout dans tout ce qu’elle de minable ne peut être que touché. Nous avons tous été à un moment donné dans une tournée approximative, dans une loge pourrie, sur une scène improbable. Et puis Fanny Ardant a joué Duras, elle est passionnée par la musique, la poésie, et la lecture des textes. Elle a été très sensible à la prosodie de Lagarce. Lagarce n’est pas le type d’auteur que l’on peut proposer à quelqu’un qui n’a pas le sens de ça. Qui n’a pas le goût de la langue.


Il est tout de même intéressant d’offrir à Fanny Ardant le rôle d’une actrice qui certainement rêverait d’être Fanny Ardant…
Fanny Ardant est un luxe dangereux mais elle fait preuve d’un grand courage en assumant le rôle de cette meneuse de revue improbable dans une tournée minable qui se ballade avec un vieux transistor comme bande sonore. Que Fanny Ardant ait le courage de porter cette parole poétique sur la nature humaine ça m’intéresse. Je suis très touché par les êtres qui décident de vivre dans le rêve… Cette fille-là est passée de l’autre côté du miroir alors que ses boys derrière elle ont encore un pied dans la réalité. Ils sont entraînés par cette comète dans une autre réalité. Elle est Winnie dans Oh les Beaux jours, sauf que son tas de sable et son désert sont un tabouret et une estrade.


Après Musset et Racine aborder le théâtre contemporain équivaudrait à faire un vrai bond dans le théâtre ?
Ce sera de toute façon un saut dans le vide. J’ai très peu de références, je ne l’ai vu jouer qu’une seule fois. En revanche je l’ai lu, beaucoup. J’ai l’impression de le connaître dans la vie. En lisant son journal je me suis rendu compte que j’ai vécu culturellement à côté de lui, les mêmes années, il parle d’ailleurs d’un film, Corps et Biens de Benoît Jacquot dans lequel je jouais. J’ai l’impression d’avoir vu la majeure partie des spectacles dont il parle, peut-être même nous sommes nous souvent croisés…
Cette mise en scène est pour moi un chemin nouveau vers la mise en scène, car je jouais dans chacun de mes précédents spectacles. J’ai choisi de vraiment être à l’extérieur et de porter un regard neuf sur le théâtre que j’ai envie de faire. La seconde mise en scène de Bérénice, même si j’y interprétais Titus, m’a beaucoup éclairé en cela. Et m’a renforcé dans mon goût de diriger les acteurs. En n’étant « que » metteur en scène, je peux d’autant plus me consacrer à eux. Je ne sais pas encore si ce spectacle me conduira à plus de théâtre mais pour une fois j’ai eu envie de me reposer plus rapidement, et donc comme une nécessité, la question de la direction de l’acteur et de la mise en scène.


Et il est vaste le problème à résoudre ?
Oui, parce qu’a ce stade-là, deux mois avant les répétitions, les possibilités sont infinies…

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