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Moi je crois pas !

mise en scène Charles Tordjman

: Note d’intention

« Monte le son qu’on loupe pas les pubs ! » Pierre Arditi et Catherine Hiegel, un couple qui n’a pas oublié la tendresse, mais dont l’amour est un peu retombé comme un soufflé, se cherche sans cesse des poux. Un portrait aigre doux d’une France à pantoufles et à la télé trop allumée.

Pourquoi je mets en scène Moi je crois pas ! de Jean-Claude Grumberg :

D’abord et le plus simplement du monde parce que j’aime l’auteur qu’est Jean-Claude Grumberg. L’aventure incroyable vécue avec Vers toi terre promise qui fut notre première collaboration fut un tel bonheur qu’il n’est pas utile de se priver d’en connaître un autre...

Moi je crois pas ! met en scène un couple pas vraiment tout jeune et pas vraiment tout vieux. Un couple qui a vécu. Et pourtant au final une sorte de couple abstrait. Un couple qui essaie de s’accorder comme on pourrait le dire de deux instruments qui tentent de s’accorder. Cette recherche, cette tension vers l’accord c’est une des choses de la vie les plus évidentes, et en même temps l’une des plus motrices. Et en même temps éminemment théâtrale parce que le conflit est quasiment permanent. Toutes les scènes de Moi je crois pas ! (qui au fond est une pièce franchement laïque) commencent par ce «moi je crois pas» plutôt masculin à quoi répond un «moi je crois» plutôt féminin.

Alors on plonge dans le vertige du désaccord le plus petit, le plus absurde, le plus improbable qui soit. Tout est prétexte à aller se coucher seul, ou regarder seul la télé avec une préférence pour les reportages animaliers. Tout peut faire désaccord parce qu’il y a besoin de cela pour faire résonner dans un appartement vide le son non pas de la discorde mais de la difficulté à dire « je t’aime » et s’embrasser à pleine bouche.

Tout cela paraît bien simple, bien banal. Et peut-être cela l’est-il. Mais c’est cette banalité qui me permet d’entendre mon propre vide, de voir ma propre danse du désaccord. Moi je crois pas ! n’est pas une longue scène de ménage. Moi je crois pas ! est le pain même du ménage.

Nous pourrions plonger la scène dans le noir et faire sombrer les dialogues dans l’aigreur et l’enfermement de chacun à l’autre. Mais nous mettrons plutôt de la couleur. Pas de cette couleur de nez rouge aux répliques appuyées et en clin d’oeil au premier rang. Mais une couleur de tendresse, une couleur qui se rappelle du temps perdu et pas retrouvé mais qui quand même ferait du bien s’il était retrouvé.

Nous laisserons le vertige de ce temps disparu et un peu vide se saisir de n’importe quel prétexte pour dire «Je ne crois pas» quand l’autre dit «Je crois»: histoire de continuer à vivre. Et c’est cette course têtue de l’un et de l’autre que porte ce terrible désir d’avoir raison qui devrait nous amener parce que nous nous reconnaissons, à rire de ce malheur à deux. « Rien n’est plus drôle que le malheur» dit Samuel Beckett.

Alors pour que cela soit clair au regard, on aimerait effacer le théâtre pour aller au plus près de soi-même, histoire de se démaquiller un peu. Un théâtre à voix basse. Même si quand même nous aimerions rire. Rire sans nous forcer, rire sans le décider. Que ça vienne tout seul. Et ça devrait venir parce Jean-Claude Grumberg ne peut pas s’empêcher de miner la gravité par le sourire. Il porte en lui une sorte de sourire qui en a vu d’autres...

Pour que les acteurs soient au plus près de nous-mêmes et d’eux-mêmes, l’espace sera une espèce d’espace neutre, innocent comme eux-mêmes le sont. Au fond, voici des anges qui n’ont qu’un seul empêchement, celui d’avoir du mal à dire à l’autre : « ce soir on se tait on se parle de nous de quand on était beau de quand on était joli et on s’embrasse». Vers toi terre promise de Jean-Claude Grumberg m’engageait dans l’espace de la douleur et de la famille, Moi je crois pas ! m’emmène dans la chambre un peu fermée d’un couple. À chaque fois je retrouve la difficulté de dire et à chaque fois l’inconscience de nos comportements face au temps qui se perd.

Ici, au théâtre le désaccord c’est comme la nécessité de tracer une boucle infinie peut-être pour prolonger la vie le plus loin possible. Alors la vie devient elle-même la répétition infinie de la recherche de l’accord. On pourrait appeler ça le comique de répétition.

Charles Tordjman

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