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Médée-Matériau

mise en scène Sophie Rousseau

:Projet de mise en scène

« Mes textes sont écrits souvent de telle manière que chaque phrase, ou une phrase sur deux, ne montre que la partie émergée de l’iceberg, et ce qu’il y a en dessous ne regarde personne. »
Heiner Müller

C’est ce qui provoque la puissance de la version que propose Heiner Müller du mythe de Médée. Elle porte en elle toute la tradition mais sa concision a l’efficacité d’un choc dont l’onde rayonne longtemps après les mots. En condensant toutes les variantes du mythe, il réduit effectivement la fable à son simple squelette et nous place de façon radicale devant ce qui, à mon avis, fascine et questionne aujourd’hui : l’énergie de révolte qui habite Médée et dans le même temps l’effroi devant sa force de destruction vengeresse.
Je suis stupéfaite que la Médée d’Heiner Müller puisse me sembler presque commune dans notre paysage contemporain ; qu’elle présuppose à ce point, comme le dit Müller, les catastrophes auxquelles travaille l’humanité actuelle. Elle nous plonge dans la contradiction entre la compréhension des causes de sa révolte (l’exil qu’on lui propose équivaut à la mort en Grèce antique) et le rejet radical des moyens de cette révolte qui aboutissent à la barbarie. Cette contradiction n’est pas sans résonance avec notre monde actuel.
Michel Simonot dit qu’Heiner Müller parvient à ouvrir nos blessures contemporaines et à mettre à vif les questions d’un présent qui nous glace. Il a raison.
Que faire de notre insatisfaction devant le monde sinon mettre sur le plateau ces passions chauffées à blanc qui deviennent folie en essayant d’en faire de la beauté. C’est parce que je n’ai pas de réponse que le texte d’Heiner Müller me questionne. C’est parce qu’il n’a pas de réponse que je veux sur le plateau essayer d’ouvrir toutes ses questions. Avec l’espoir que la confrontation au tragique redonne du poids à la vie et au plaisir qu’on peut y prendre.

Il est probable que je ne me serais jamais intéressée à la figure de Médée, telle que nous l’a transmise la tradition depuis Euripide, d’une épouse délaissée qui décide de se venger de son mari en tuant les deux enfants qu’elle a eus de lui, si il n’y avait pas eu celle de Müller.
La Médée de Müller, si elle hérite de toutes les variantes qui ont donné une lecture plurielle du mythe en interrogeant la monstruosité avec Sénèque ou plus récemment le rapport dominédominant ou encore une forme de pensée sauvage face à la rationalité de Jason, elle n’en est pas moins très singulière. C’est cette Médée là qui me touche et me questionne.
Inspiré d’Euripide, de Sénèque, de Chérubini, d’Hans Henny Jahn ou encore de Pasolini, Heiner Müller propose dans une forme fragmentaire à la lisière entre le théâtre et la poésie, une Médée étrangement très humaine.
Elle arrive après la catastrophe. En perdant l’amour de celui qu’elle aime, elle perd sa raison de vivre et tout ce qui a donné sens à sa vie. Elle n’est plus rien. Et plutôt que de n’être rien, elle choisit de plonger dans l’inhumanité. Elle est haïssable de ce choix et pourtant on ne peut s’empêcher d’être bouleversé tant ce choix relève du désespoir.
« Qu’avez-vous à crier Pire que la mort
Est la vieillesse Vous baiseriez la main
Qui vous fait don de la mort si vous connaissiez la vie » (extrait du texte)
Heiner Müller fait de Médée un personnage contradictoire et complexe auquel il refuse de donner une explication et c’est cette complexité qui interroge notre humanité et ce qu’elle veut faire d’elle même.

Médée-Matériau offre d’une certaine manière le pire de la vie, je voudrais que le spectacle puisse en donner également le meilleur.

Le texte d’Heiner Müller est le fil conducteur du spectacle mais le spectacle dépasse la stricte mise en scène du texte : on joue à jouer Médée-Matériau. Il y a donc des arrêts dans la représentation du texte qui permettent des interventions directes au public ou entre les comédiens et d’introduire du jeu qui ne soit pas l’action de la pièce. La tentative est de mêler à la couleur de Médée- Matériau, plutôt noire, d’autres couleurs pour atteindre la complexité contradictoire d’un regard sur le monde. Le texte, comme son nom l’ indique, est dans cette optique utilisé comme un matériau dont la mise en forme permet de confronter le tragique au grotesque et à la légèreté. Le rêve est de trouver une forme qui permette de donner à voir le monde à travers les mots d’Heiner Müller et en même temps les notes d’un tango ou le rire déclenché par le clown. Parvenir à un mélange d’une grave légèreté pour le plaisir du public.

Par exemple ça pourrait commencer par :

  • Une femme venue de la nuit des temps, d’un temps avant le temps, du mythe, danse sur un chant d’amour avec la tête tranchée de celui qui a été son homme. Elle entraîne dans sa danse deux hommes qui seront parfois des femmes, parfois des clowns, vers les pentes troubles du mythe de Médée. Ils sont le rêve né du texte d’Heiner Müller pour cette histoire de désir, d’amour et de sang. Ils invitent à un voyage sur le fil du plaisir et de l’effroi menant aux bords de la violence, de notre violence pour, espérons-le, n’y aller jamais.

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