Présentation - Little Boy, la passion - Jean-Pierre Cannet, - mise en scène Christophe Rouxel, - theatre-contemporain.net
Accueil de « Little Boy, la passion »

Little Boy, la passion

mise en scène Christophe Rouxel

:Présentation

Quelques instants avant le largage de la bombe au dessus d’Hiroshima, le pilote américain George Kane aperçoit une jeune femme japonaise, Ginko. Cette vision le possède.
De retour aux Etats-Unis, il ne supporte pas d’être accueilli en héros. Il lui est impossible de renouer avec sa vie d’avant. Il fuit le contact des siens, notamment de sa femme Fanny, et se fait appeler Little Boy, nom donné à la bombe atomique.
George Kane entend Albert Camus à la radio, seul intellectuel occidental à dénoncer Hiroshima. Il part pour la France.
Vingt-cinq ans plus tard, une jeune fille enquête au centre de la mémoire d’Hiroshima. Elle apprend l’identité de ses parents. Son père est un officier américain, un certain George Kane. Elle cherche à le rencontrer à Paris, dans une chambre d’hôtel.


Notes de Christophe Rouxel – décembre 2005

Little Boy – une passion :

Une écriture sans scorie, audacieuse, poétique. L’histoire racontée est exceptionnelle et bouleversante ; l’idée de l’histoire fait exploser les genres connus des grandes histoires d’amour. La tragédie d’Hiroshima qui est ici le fond terrible de la passion transcende les personnages et en particulier Georges Kane et Ginko. Un amour pour l’humanité répond à un crime contre l’humanité.
De cet Amour naîtra Hibakusha, rescapée d’Hiroshima qui s’imposera dans cette histoire comme la fleur de cerisier dans la poussière de la bombe atomique, comme un espoir vaille que vaille poussant dans les tranchées et les charniers atroces du 20ème siècle. Jean-Pierre Cannet ne quitte jamais cette tension tragique, ce choc considérable tout en laissant place à la légèreté des êtres et parfois à leur drôlerie.

Un décryptage possible de la narration de Little boy :
une pièce de cinéma ou un scénario de théâtre ?

Georges Kane se déplace, presque à l’aveugle, dans l’œuvre inachevée de sa vie. Il va tenter de reconstituer son invraisemblable histoire. (« Il faut que je raconte notre histoire » dit-il au début du texte) avec les voix, les images, les témoignages, les personnages surgis de sa mémoire et qu’il convoque devant nous.
A la toute fin du texte on l’entend dire aussi : « Les bras en croix, les pieds relevés sur le rebord du lit, j’avais du me raconter à mi-voix l’histoire qui est la mienne ». Nous sommes là dans un double flash-back.
Il existe une autre personne, Hibakusha, qui déploie son énergie à retrouver cet homme aux yeux brisés. Elle veut s’inventer un corps après s’être « inventé une vie ». Elle convoque, elle aussi, d’autres personnages et d’abord celui de son père, Georges Kane « Le premier qui parle s’appelle G. Kane. Vous saurez que la voix de cet homme est celle de mon père… », puis « un tas de gens » comme elle dit. Hibakusha met bien Georges Kane en scène, aux dépens de celui-ci qui ignore tout de la présence de la jeune fille. Les armes de la narration sont ici nombreuses et complexes. Georges et Hibakusha construisent et (ou) reconstituent une histoire improbable, forcément réelle, mais de quel réel s’agit-il quand on entend Kibakusha dire : « Quel est ce tribunal aux yeux étranges qui sont mes yeux ? »
Quels témoins chacun d’entre eux deux appelle-t-il à la barre de la mémoire et des souvenirs ? Peut-être ceux du Japon et de la France pour elle et ceux des USA pour lui ? Si on faisait dire à Hibakusha, la première didascalie (qui est-ce j’ ?) : « C’est un vent de poussière rouge… j’aimerais que la lumière parvienne parfois de l’intérieur de sa bouche… » alors on distribuerait les cartes du récit entre ces deux personnages qui s’inventent l’un à l’autre, acteur – scénariste – metteur en scène l’un et l’autre, l’un de l’autre, jusqu’à l’ultime scène de l’entrebâillement de la porte qui ne dira pas cette fois, à la fois, l’effroi et la douceur d’un improbable regard.

Donner corps

Longtemps, j’ai imaginé un espace machine laboratoire, appelons cela comme on veut, où une fois n’est pas coutume, le théâtre allait essayer de cohabiter avec le cinéma comme une évidence. Toute l’écriture de Jean-Pierre Cannet m’amenait vers cette transposition scénique. Mais voilà, j’ai lu seul pendant toute cette saison Little Boy La Passion, dans des lieux aussi divers que le mémorial de Caen, un bistrot à Paris, chez l’habitant à Guérande, dans des théâtres à Saint-Nazaire et à Saint-Herblain, dans une salle de réunion près de Redon. A l’évidence, ce texte sous forme de récits se prête très bien à la lecture. Pendant ces lectures, on peut caresser le texte, laisser entendre ses sonorités, sa poésie, ses accents graves et aigus. Et si l’enjeu de ce texte c’était cela, la restitution de cela ? Si son âme était là, tapie, secrète ? Nous aurions tort alors de ne pas le nommer, le poème d’amour de l’humanité, sans artifices inconsidérés, sans éclats de voix. Les voyages dans des espaces neutres et dans les temps donneront corps à cette histoire.