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Les Serments Indiscrets

+ d'infos sur le texte de  Marivaux
mise en scène Christophe Rauck

:Pistes dramaturgiques

« Lucile et Damis s'aiment à la fin du premier acte, ou du moins ont déjà du penchant l'un pour l'autre. Liés tous deux par la convention de ne point s'épouser, comment feront-ils pour cacher leur amour ? Comment feront-ils pour se l'apprendre ? Car ces deux choses-là vont se trouver dans tout ce qu'ils diront. Lucile sera trop fière pour paraître sensible ; trop sensible pour n'être pas embarrassée de sa fierté. Damis, qui se croit haï, sera trop tendre pour bien contrefaire l'indifférent, et trop honnête homme pour manquer de parole à Lucile, qui n'a contre son amour que sa probité pour ressource. Ils sentent bien leur amour ; ils n'en font point de mystère avec eux-mêmes : comment s'en instruiront-ils mutuellement, après leurs conventions ? Comment feront-ils pour observer et pour trahir en même temps les mesures qu'ils doivent prendre contre leur mariage ? C'est là ce qui fait tout le sujet des quatre autres actes. »
Marivaux extraits de Avertissement aux Serments Indiscrets

Les Serments Indiscrets est une des comédies à laquelle Marivaux attachait le plus de prix et la fit figurer au nombre de ses pièces préférées, malgré un accueil public parfois mitigé lors des premières représentations. L’intrigue est simple, posée dès le premier acte et aucune péripétie ne vient en changer le cours jusqu’au dénouement final qui ne dure qu’un instant. Toute la comédie repose sur les jeux de langage. L’auteur n’est d’ailleurs jamais allé aussi loin et avec autant d’audace dans l’élaboration d’un langage dramatique qui lui appartient en propre. Une langue dense, ciselée, presque âpre et granitique que seuls des comédiens d’expérience peuvent révéler tel un diamant sous toutes ses facettes. Car il s’agit bien ici d’un joyau de l’esprit, une langue taillée avec une extrême précision et dont la rigueur devient presque cruelle, faisant progresser chaque personnage par de subtils décalages et nuances vers l’acceptation douloureuse et libératrice finale : « Je vous adore depuis le premier instant, et je n’osais vous le dire ».
Le sujet des Serments indiscrets a été rapproché de celui des deux Surprises de l’amour, mais Marivaux l’a réfuté, écrivant que dans ces dernières pièces, « il s’agit d’amants qui s’aiment sans s’en douter, et qui ne reconnaissent leur amour qu’au moment où ils se l’avouent. Dans Les Serments indiscrets, au contraire, les personnages savent fort bien qu’ils s’aiment ; mais ils ont juré de ne pas se le dire, et ils cherchent comment ils pourront s’expliquer sans se donner un démenti. »

Les amoureux de Marivaux craignent leurs propres obstacles et, pour mieux sentir leur amour, ne font qu'en édifier de nouveaux. Marivaux fait déjà, avant Laclos et Sade, la liaison intime entre l'amour et la souffrance : la garantie de la passion est la souffrance qu'on ressent ou qu'on inflige ; le sadisme, à la limite, devient preuve d'amour. La cruauté élégante du théâtre de Marivaux vient de son esthétique, qui est celle de l’épreuve. Il faut seulement observer, pour ne pas forcer les choses et que tout cela reste un jeu, car nous sommes dans la comédie, non dans le drame.

Si l’amour entre un homme et une femme – et sa difficulté à l’exprimer – reste le moteur de la pièce et le mariage arrangé le prétexte de l’intrigue, la comédie se rit de la prison invisible mais bien réelle que constitue la bienséance sociale et les affects familiaux. Le fils et la fille revendiquent leur autonomie de pensée et d’action mais craignent l’autorité paternelle. Ils étouffent dans les codes mais s’avèrent incapables de les braver. Les pères représentent l’autorité que l’on craint de principe dans une société patriarcale, mais sont les premiers à la remettre en question et à en assouplir les règles. Les enfants apparaissent conventionnels et les pères mous, comme emberlificotés dans des rôles qu’ils se croient en devoir d’endosser et de faire perdurer mais qui ne correspondent pas à ce qu’ils sont, des êtres aimants qui ne peuvent pas l’avouer. L’incapacité à dire, l’impossibilité sociale à être en accord avec ses sentiments et ses émotions, nous renvoie à un comique de l’absurde où chacun des protagonistes croit l’autre à l’endroit où il n’est pas, prisonnier de ce qu’il croit être ou de ce qu’il croit que les autres pensent qu’il est.

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