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Les Larmes amères de Petra von Kant

mise en scène Philippe Calvario

:Note d’intention

Propos recueillis par Karima El Kharraze

Avec Les Larmes amères de Petra von Kant, je continue un travail autour du couple, du vivre à deux, commencé avec Parasites de Marius von Mayenburg et Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux. Cette fois-ci, je m’intéresse { une passion dévorante entre deux femmes. C’est cela que je veux mettre en scène : une pièce sur les ravages d’une passion, et absolument pas une pièce sur l’homosexualité féminine. Dans cette pièce, un peu comme dans Roberto Zucco, les autres personnages sont des figures rassemblées autour de Petra : la meilleure amie, la mère, la fille... J’ai surtout travaillé jusqu’ici sur des personnages mythiques comme Electre ou Médée, je me suis peu confronté à des portraits féminins contemporains. Pour moi, même s’il n’y a rien de subversif dans cette histoire d’amour entre femmes, j’ai cependant très envie que les scènes de séduction et d’amour entre Petra et Karine soient traitées de manière charnelle et sensuelle voire presque carnassière.

La concision de la langue de Fassbinder permet de rendre encore plus forte la rapidité des violents émois qui secouent les personnages et en particulier Petra. Il y aura un travail de retraduction avec Sylvie Müller pour rendre le texte français encore plus concis, pour rendre compte des ellipses qui existent dans le texte allemand et le rendent très cinématographique. Tout va très vite. La pièce est divisée en cinq actes. Le premier est lié au passé de Petra et à sa relation avec son ex-mari. Le deuxième et le troisième actes donnent à voir la rencontre et la passion de Petra pour Karine. Dans les deux derniers actes, on assiste à la destruction de Petra consumée par sa passion pour Karine.

Suite { une première lecture du texte avec les actrices, l’une d’entre elle m’a dit qu’il y avait pour elle de l’Almodovar dans cette pièce. Ca m’a beaucoup parlé car j’aimerais vraiment que la mise en scène soit empreinte d’une certaine ironie qu’il y a peu dans le film de Fassbinder (qui d’ailleurs ne me plait pas particulièrement). Je le trouve trop réaliste, avec une pesanteur qui manque de décalage et d’une certaine folie que l’on peut trouver dans des films comme Femmes au bord de la crise de nerfs. Les personnages s’emportent tellement, les émois amoureux sont pris dans un tel tourbillon qu’ils prêtent parfois { rire. Ils sont drôles malgré eux. Et cela les rend profondément touchant.

Ce qui est important pour moi aussi dans ce texte, c’est le rapport { la transmission. Le fait que Petra et Karine n’aient pas le même âge a plus d’incidence sur leur relation que le fait qu’elles ne soient pas de la même classe sociale. Je veux mettre en scène le rapport entre un mentor et une muse, ce qui correspond d’une certaine manière { ma propre sensibilité puisque j’ai moi-même vécu aux côtés d’un mentor avec qui j’ai travaillé. Petra veut transmettre { Karine ce qu’elle n’a pas réussi à transmettre à sa fille. Petra est faite de la même étoffe qu’une Arkadina, une Médée ou une Phèdre : c’est une amoureuse tragique avant d’être une mère, avant presque d’être une femme ; elle est toute { sa passion. Il y a un côté démesuré chez Petra, elle est hantée par l’hybris des héros tragiques. La manière dont Fassbinder raconte l’enfermement, la folie { laquelle conduit une dévastation amoureuse peut parler à tout un chacun. En tant que metteur en scène, essayer de bien raconter cette folie est très intéressant. Petra est aussi une femme indépendante qui revendique le fait de se consacrer à sa carrière. Elle a un côté Coco Chanel qui a libéré le corps féminin en jouant des codes féminins/masculins dans ses créations de mode.

Le spectacle commencera dans un décor assez réaliste qui se transformera petit à petit en labyrinthe. Nous passerons du réalisme { l’abstraction. Petra finira dans une sorte de galerie des glaces. L’idée est celle d’un cauchemar déclenché par l’aveuglement amoureux. Petit-à-petit tous les personnages deviennent des doubles de Karine….jusqu’au blackout, jusqu’ au choc final…

Philippe Calvario

25 octobre 2010

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