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Les Époux

+ d'infos sur le texte de David Lescot
mise en scène Anne-Laure Liégeois

:Note de l'auteur

Un homme et une femme. Des gens très ordinaires, dans la Roumanie du XXe siècle.

Ils viennent tous les deux de la campagne. Un peu de la même manière l’un et l’autre, ils en viennent à militer au Parti communiste. Rien ne semble les distinguer de leurs camarades. À part qu’ils sont peut-être un peu moins doués que la moyenne.

Ils sont des êtres sans éclat dans un monde sans horizon.

Comme le milieu des militants ouvriers à Bucarest dans les années 1930 est plutôt restreint, ils en viennent inévitablement à se rencontrer. Elle est élue reine du bal lors d’un pique-nique organisé par les Jeunesses Communistes en 1939, alors qu’elle est loin d’être la plus jolie. Mais c’est parce qu’il a su intriguer pour elle auprès de ses camarades de section.

Ils deviennent les époux que l’on sait, prennent le pouvoir, instaurent la plus implacable des tyrannies en Europe de l’Est, restaurent Byzance derrière le Rideau de Fer, et pendant plus de 20 ans font régner la peur au plus profond de chacun des Roumains, avant de finir exécutés publiquement, devant des caméras de télévision, aux yeux du monde entier.

Ce serait donc l’histoire complète, du début à la fin, des époux Ceausescu. Pourquoi revenir sur eux aujourd’hui ? Est-ce que l’histoire ne les a pas suffisamment jugés ? Est-ce que leur sort n’est pas réglé pour l’éternité ?

Je crois plutôt que, tout en appartenant à l’Histoire, ils sont devenus une sorte de mythe. Des personnages mythiques. Et je crois qu’il est bon de reprendre les mythes, pour les réinterroger, pour en délivrer des versions nouvelles, et mieux nous voir nous-mêmes à travers eux. Pour parler des événements d’aujourd’hui, des dictatures actuelles, je crois aux vertus du détour, qui est une lentille théâtrale, qui nous permet de regarder sans être pétrifiés par la proximité de notre sujet.

Ce mythe là, c’est celui de l’alliance de l’amour et du pouvoir, du couple qui prolifère sur le crime et sur l’horreur. C’est Macbeth et sa Lady, s’ils avaient tenu vingt ans. C’est le Père et la Mère Ubu. Ce serait aujourd’hui, peut-être, Bachar et Asma el- Assad.

Les époux Ceausescu, c’est donc un mythe dont le théâtre peut s’emparer. Une fable terrible, à faire frémir, mais dont il faut arriver à rire, pour s’en libérer. Car il y a du grotesque dans cette démesure, dans cette ostentation mégalomaniaque, dans ce goût du spectacle, dans ce culte de la personnalité, d’autant qu’elles n’étaient pas gâtées au départ, ces personnalités.

Ce serait donc une comédie noire, une fresque historique à la fois riche et pauvre, une ambitieuse saga, une épopée grandiose jouée par deux acteurs, une manière de faire entrer la grande histoire (celle d’un pays, celle de notre époque) dans la petite (celle d’un couple).

David Lescot

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