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Les Chaises

+ d'infos sur le texte de Eugène Ionesco
mise en scène Jean Dautremay

:La Pièce

Par Marie Baron, chargée des relations avec le public pour le Théâtre du Vieux-Colombier

La Vieille. Alors, c’est vraiment pour ce soir ? Au moins les as-tu tous convoqués, tous les personnages, tous les propriétaires et tous les savants ?

Les Chaises
Deux vieux, âgés de 94 et 95 ans, vivent isolés dans une maison située sur une île battue par les flots. Pour égayer leur solitude et leur amour désuet, ils remâchent inlassablement les mêmes histoires. Mais le vieil homme, auteur et penseur, détient un message universel qu’il souhaite révéler à l’humanité. Il a réuni pour ce grand jour d’éminentes personnalités du monde entier. Un orateur, spécialiste dans l’art des mots, est missionné pour traduire cette pensée. Un à un, les invités invisibles se présentent à la porte de leur demeure et viennent prendre place sur les chaises préparées pour les accueillir. Bientôt la maison est encombrée de ces fantômes auxquels vient se joindre l’Empereur en personne. Cette multitude d’absences devient un piège dont ils sont prisonniers, éloignés l’un de l’autre, aux deux confins de la scène. Submergés par ce flot de chaises vides qui ne cesse de monter, ils ne peuvent se rejoindre et se jettent chacun par une fenêtre au moment où l’orateur sourd et muet trace au tableau des hiéroglyphes illisibles. Cette pièce où le drame devient cocasse confère au tragique un sens nouveau, celui de l’inaccomplissement de l’homme face à son impossibilité de communiquer.

Eugène Ionesco
Cette farce tragique, écrite en 1951, recèle en elle toute la complexité de la dramaturgie de l’auteur français d’origine roumaine Eugène Ionesco et construit sur les cendres du drame bourgeois un nouveau langage théâtral. Les Chaises mettent en scène « l’absence et le vide ontologique », l’irréalité du monde qui s’exprime dans le foisonnement obsédant de la matière. L’incompréhension du réel et son incommunicabilité se manifestent par l’angoisse inhérente à l’humanité. Ionesco réussit, par la force de ses procédés comiques, à traduire avec une concise perfection cette solitude existentielle. Son œuvre joyeusement désespérée le place en chef de file du théâtre de l’absurde au côté de Beckett et de Pinter.

Jean Dautremay
En 1952, Ionesco s’exprime ainsi : « le monde m’est incompréhensible, j’attends qu’on me l’explique ». Traduire l’inquiétante étrangeté des Chaises tout en laissant le spectateur devant ses propres questions métaphysiques, comme l’est resté Ionesco lui-même, tel est le défi lancé par Jean Dautremay. Dirigé par des artistes tels que Jacques Lassalle, Matthias Langhoff ou encore Jean-Luc Boutté, il a également signé plusieurs mises en scène dont à la Comédie-Française, Est-il bon ? Est-il méchant ? de Diderot en 1984, L’Échange de Claudel en 1995 et Cinq dramaticules de Samuel Beckett en 2006. Il est séduit ici par l’exactitude et l’humour féroce du verbe qui enferme les hommes, comme à l’intérieur de la caverne platonicienne : la réalité des choses se dérobe à leur sens. Le processus d’accumulation, poussé à son paroxysme dans cette pièce, est un levier dramatique puissant pour figurer l’absurdité du vide.

Marie Baron

01 juin 2008

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