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Le Globe

+ d'infos sur le texte de Thierry Bedard
mise en scène Thierry Bedard

:Lettre

Les cartes, les atlas, les planisphères.

Je suis un collectionneur de cartes diverses et variées avec un fort intérêt pour les cartes géologiques - intérêt lié à mon ancien métier -, bien plus que pour les cartes d’états major, même si les cartes stratégiques des déserts nous font vite oublier l’étrange désir des hommes de quadriller des tas de cailloux. Je possède nombres d’atlas souvent chargés d’une vision toute occidentale, et je préfère donc la “projection de Peters” qui à la fois a déformé les continents, mais montré toutes les terres à la même échelle, et ainsi redonné espoir aux tiers-mondistes, en nous faisant prendre conscience de l’importance des pays du Sud. Et ce qui permet de se moquer de Mercator, géographe et cartographe flamand, comme son nom ne l’indique pas, créateur d’un planisphère qui propose “une taille du Groenland plus grande que le continent sud-américain, alors que dans les faits, ce territoire est plus petit que l’Arabie Saoudite”. Mercator s’était trompé, mais il devait certainement beaucoup rêver … au 16ème siècle. Mais chacun sait que c’est Eckert - quel drôle de nom -, qui donnera au monde une projection “neutre“ (projection retenue d’ailleurs par notoire au verso des journaux du cycle de l’étranger(s)). Au-delà de ma passion, ce que je sais, c’est qu’en observant ces cartes et atlas et planisphères, on oublie assez vite nos visions hexagonales - l’hexagone est vraiment une forme géométrique fatigante -, et à part en rester à des cartes isothermes ou de précipitations annuelles sur notre pays, c’est vite l’ensemble du monde qui devient un monde extraordinaire. Et un monde de toutes les couleurs …

La géographie ?

Le cycle de l’étranger(s) a la prétention de raconter l’ordre, et le désordre du monde. Et en particulier aux enfants. C’est donc une noble prétention que de vouloir - pour ne pas en rester à la simple question géographique -, que d’imaginer raconter le monde du point de vue de la Géopolitique, une science moderne, assez bavarde et tout à fait critiquable, pratiquement pas encore enseignée à l’école. Il est vrai que certains opposent - déjà des conflits - la Géographie physique à la Géographie humaine, mais personnellement je préfère le terme moderne, plus politique, de Géopolitique. Ce qui permet de raconter franchement, entre autres, comment les autres voient le monde, possèdent le monde ou l’imaginent à leur manière, différents des autres, comment les conflits naissent, comment les terreurs s’installent, comment la crainte de l’autre peut déclancher des guerres implacables. Mais aussi comment les hommes vivent en paix, et grâce à quelle stratégie …
Et la première stratégie, c’est se mettre d’accord sur la représentation du monde ! Toute personne qui a voyagé loin, dans un autre hémisphère, sait que les planisphères vus de Chine ou d’Australie nous mettent … la tête à l’envers et que le globe peut prendre une tout autre orientation …

Le Globe

Ce terme, énigmatique sans son adjectif terrestre, est parfait comme titre de spectacle, et pratique s’il est un objet énorme sur une scène de théâtre … car l’on peut certainement le retourner ! En effet, j’ai imaginé travailler avec un énorme globe de plusieurs mètres de diamètre, sur lequel seraient noté les pays au sein de continents très colorés : mais sans respect particulier pour l’imaginaire auquel cela nous renvoie, ainsi l’Afrique ne serait pas un continent noir, et la Chine ne serait pas représentée en rouge, le libéralisme chinois l’ayant teinté de couleur plus inquiétantes. Et le monde Arabe ne serait pas d’une couleur beige sinistre. Je préfèrerais des couleurs au jugé sans juger.

Cet énorme globe, au bord des plateaux, serait décrit et commenté par un spécialiste, partisan d’une explication rationnelle du monde, mais qui néanmoins assumerait un pessimisme très français - et de nombreuses contradictions -, de manière à ne pas inquiéter les enfants. Le globe serait manipulé par un assistant, moins impliqué dans les problèmes de géopolitique, et préférant de loin les cartes du monde animalières, présentes dans chaque chambre des petits enfants en Europe, des cartes où même des baleines plus grosses que des îles se reproduisent dans le bleu des Océans. Un assistant, maladroit et plein de poésie, comme on dit, à l’écoute des musiques du monde, et toujours prêt à fredonner un air de l’Opéra de Pékin, tout à fait insupportable, ou de s’essayer aux langues claquées (une problématique qui n’a pas été traitée, à regret, au sein du célèbre Musée des Langues).

Le rire

Enfin, je dois dire que ce spectacle, intitulé Le Globe, me semble tout à fait nécessaire – j’ai bien conscience de ma vanité -, car nos enfants vont avoir besoin assez vite de comprendre un certain état du monde, et un certain désastre dans nos relations avec le monde … Mais, une fois passée ces considérations qui n’intéressent personne, je dois avouer surtout que ce terme, “le globe”, un peu obscène, me fait rire, et ce qui me fait plus rire encore, c’est d’expliquer la géopolitique aux enfants !

Thierry Bedard

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