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Le Crépuscule

mise en scène Lionel Courtot

:Présentation

Le 11 décembre 1969, André Malraux retrouve le général de Gaulle au crépuscule de sa vie, dans la solitude de sa demeure, à Colombey-les-deux-Églises. Un dialogue extraordinaire débute alors, où se révèlent deux hommes… Le destin s’accomplit.

Le Crépuscule met en scène l’ultime rencontre entre de Gaulle et Malraux, peu avant la mort du général. La langue est superbe, émouvante et témoigne de la force dramatique des deux personnages à travers une passionnante leçon d’Histoire et de politique. Sous la plume d’André Malraux, humour et panache, lyrisme et solennité, sont au rendez-vous d’une sublime joute verbale, dans laquelle deux comédiens d’exception relèvent le défi de l’interprétation : Philippe Girard et John Arnold.

Le Crépuscule est un pont entre les époques, il est autant le chant du cygne que le chant d’espoir d’un renouveau politique, humain. La pièce, tant hommage funèbre que morceau d’Histoire, offre au public de comprendre plus avant le monde dans lequel nous sommes et suggère des pistes de réflexion sur nos sociétés modernes, en mettant en scène un de Gaulle à l’élan visionnaire, tant sur l’Europe que sur la place de la France dans le monde contemporain, un personnage crépusculaire annonçant le rapide déclin d’une civilisation. Le texte de Malraux, à la fois testamentaire et d’une brûlante actualité, demeure en tous points bouleversant et d’une intelligence rare ; il défile lentement, sans accroc, magnifique opportunité d’appréhender le XXe siècle. Son adaptation à la scène fut une succession de profonds questionnements, le premier ayant bien entendu trait à la réception du public. Le jeu exceptionnel des comédiens permet une véritable incarnation : très vite, ils sont sur le plateau de Gaulle et Malraux, dans une œuvre difficile et ambitieuse offrant de saisir ce que fut le gaullisme. Le spectacle aspire à rendre son désir d’élévation des consciences à l’auteur des ''Voix du silence''. Une sublime joute verbale se déploie dans un texte dramatique intense, digne des grands classiques. Avec humour et panache, lyrisme et solennité, la plume de Malraux met en lumière les traits les plus profonds d’un visage que l’on croyait connaître dans un dialogue socratique. Autour de cette discussion « métapolitique » se développe une véritable pensée philosophique, spirituelle et sociale, où se révèle un homme : « Mais au milieu de tout ce joli monde, mon seul adversaire, celui de la France, n’a aucunement cessé d’être l’argent ! » La langue est superbe, émouvante, et témoigne de la force dramatique des deux personnages à travers une passionnante leçon d’Histoire et de politique.

Pour André Malraux, le roman est « un moyen d’expression privilégiée du tragique de l’homme », de la condition humaine vouée à la mort mais que peuvent racheter le courage et la fraternité nés de la lutte pour un idéal. Une telle approche de la littérature ne peut qu’être transcendée sur un plateau de théâtre. Et même si Malraux ne fut en aucun cas un homme de théâtre, force est de constater que la ferveur de ses textes, leur lyrisme, sont un terreau fertile à l’élan dramaturgique. Pour lui, le romanesque historique est devenu un des éléments fondamentaux de notre civilisation, et dans une perspective dramatique, il transforme le général en un personnage romanesque, épique.

L’innée propension dramaturgique de Malraux et l’adaptation qui découle des chênes qu’on abat..., à laquelle ont très largement participé les comédiens eux-mêmes, dans un souci d’efficacité de la transmission du message au public, aboutissent à un dialogue étourdissant où le courage de la pensée se mêle à une sublime envolée lyrique. L’absolue solitude du « menhir » contraste avec l’écho de mai 68 qui résonne au loin. Malraux érige la statue du Commandeur et dessine les traits d’un héros romantique en butte au destin, rattrapé par le temps et en proie à une souffrance morale et physique.

Pour traduire au plateau l’essence même de l’œuvre malrucienne, il faut inventer une grammaire de l’espace scénique. Il importe dès lors de miser sur la charge poétique des éléments de décor, sur les gestes des comédiens et sur la magie de la technique. L’espace doit devenir un acteur et traduire dans la scénographie l’abandon du pouvoir du général : tout un travail collectif auquel participe Alexandre Fruh, l’avisé scénographe et Xavier Martayan, l’ingénieux régisseur lumière, dans l’objectif commun de transformer et de sublimer la réalité, de créer pour la scène, pour que l’œuvre de Malraux puisse aussi être entendue et vue. La pièce signe la fin de l’espoir et le commencement de la mort. Le public assiste à l’agonie d’un monde, aux chimères de l’esprit. Il importe de raconter comment le gaullisme, le vrai, est devenu un mythe politique ; comment une réalité politique est devenue une légende.

En écho à l’éternité, la conclusion du spectacle, dans un ultime hommage, reprend les derniers mots, magnifiques, des Mémoires de guerre. A l’issue de la journée — cette fin du jour métaphore de la fin de l’Histoire —, Malraux quitte le général, le laissant seul à Colombey, entre le souvenir et la mort. Le mythe demeure énigmatique dans sa grandeur : « Maintenant, le dernier grand homme qu’ait hanté la France est seul avec elle : agonie, transfiguration ou chimère. La nuit tombe – la nuit qui ne connaît pas l’Histoire. » Le gaullisme vient de trouver une superbe incarnation littéraire dans une sorte de tragédie grecque, lui conférant un « romanesque historique » sans équivalent ; Le Crépuscule, un dialogue stupéfiant, comme seul André Malraux pouvait l’écrire…

Le Crépuscule

Lionel Courtot

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