Présentation - La Ménagerie de verre - Tennessee Williams, - mise en scène Olivier Lopez, - theatre-contemporain.net
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La Ménagerie de verre

mise en scène Olivier Lopez

:Présentation

L’argument

Dans un deux pièces de Saint Louis, Amanda, une femme abandonnée par son mari, vit dans un monde fantasque d’anciens galants, entourée de ses deux grands enfants Tom et Laura.

Tom rêve de quitter son travail d’employé dans une usine de chaussures ainsi que l’étouffant cocon familial. Laura, quant à elle, jeune fille d’une timidité maladive, tourmentée par sa jambe infirme, ne vit que pour s’occuper de sa ménagerie de verre, de fragiles petits animaux miniatures.

Sur la demande d’Amanda, Tom invite un galant pour Laura : un employé de l’entrepôt, Jim O’Connor…


Notes d’intention

La Ménagerie de verre est une pièce américaine d'après guerre, contemporaine de la fondation de L'Actors Studio. Comme l'ensemble de l'oeuvre de Williams, la pièce est liée aux pratiques d'acteur développées par cette école : la notion de construction du personnage y est prépondérante. L'auteur décrit avec précision l'environnement, l'âge, le milieu social, la profession, et les habitudes de ses protagonistes, revendiquant ainsi une juste analyse du comportement humain. Il commente son travail d'auteur, soit par l'intermédiaire du narrateur soit par le biais de projections d'images.

L'oeuvre de Williams est traitée par le biais du décalage qu’autorise la mémoire. Trois petites phrases dans les didascalies y invitent :
« La pièce se passe dans la mémoire et n'est donc pas réaliste. La mémoire se permet beaucoup de licences poétiques. Elle omet certains détails; d'autres sont exagérés, selon la valeur émotionnelle des souvenirs, car la mémoire a son siège essentiellement dans le coeur ».

Qu'en est-il de notre mémoire de ce théâtre là ? Comment raconterions nous cette histoire, comment investir ces personnages sans tomber dans le stéréotype ?

Amanda est plus qu'une mère, elle est notre mère à tous. Protectrice, dictatoriale, une louve qui suit son instinct et protège ses petits y compris contre eux-même. Laura est plus qu'une femme d'intérieur des années 30, elle est le symbole de ce passage impossible de l'enfance à la féminité. Elle est la boulimique, l'anorexique, l'introvertie, la complexée, celle qui continue d'espérer l'amour d'un père absent. Tom est le fils qui ne veut pas faire souffrir sa mère. Il ne veut pas l'abandonner comme son père et rêve d'être différent : moins égoïste, moins lâche. Malgré sa culpabilité, il répondra pourtant à ce qui pourrait s'apparenter à l'instinct du départ. Il y a dans Tom l'expression d'une logique implacable d'oppression des hommes sur les femmes. Enfin le Galant, étrange figure masculine qui vient à la fin séduire les femmes et libérer le fils. Il est la figure rêvée du père. Une trace de surréalisme totale dans la pièce. Ce rôle sera d'ailleurs interprété par un acteur beaucoup plus âgé que les autres pour mieux souligner l'ambiguïté de ce personnage.

Esthétiquement, je travaille sur un rythme et une couleur qui me rapproche des mises en scène de Joël Pommerat : ces dernières captent avec une profonde justesse le quotidien dans une forme d'hyper réalisme et ont bouleversé mes attente vis à vis du récit…

Enfin, La Ménagerie de verre est aussi une pièce profondément absurde. On attend durant toute la première partie un hypothétique galant qui ne viendra semble t-il jamais : à la manière de Beckett, Tennessee Williams compose des dialogues irrationnels : « Amanda : Combien allons nous en recevoir cet après-midi, dis-moi?
Laura : Je crois que nous n'en recevrons pas un seul, maman.
Amanda : Comment ? Pas un… pas un seul? Tu plaisantes ! Pas un seul galant? Ce n'est pas possible ! il doit y avoir des inondations, il a dû y avoir une tornade ! »

La folie nous guette. Cette folie qui nous éloigne tant de la raison et du devoir de cette Amérique d'après guerre.
La Ménagerie de verre est une oeuvre complexe qui dépasse son époque car elle est polysémique, multiple et demande encore à être inventée.


Scénographie

L'appartement familial est figuré par un long couloir blanc exigu, une pièce qui relie l'intérieur à l'extérieur.

Seuls les objets indispensables à la compréhension de la scène sont conservés. Des meubles de petites tailles donnent la sensation que les personnages sont trop grands pour vivre dans une pièce trop petite.

L'évolution scénique des personnages est déterminée par l'entrée à jardin (intérieur de l'appartement, chambres) et la sortie à cours (vers l'extérieur) : une seule et même trajectoire tout au long du spectacle soulignant ainsi le caractère obsessionnel du départ. Pour Tom, il est impossible de sortir sans passer devant les autres, sans les regarder, sans avoir le sentiment de les abandonner. Le seuil du départ doit être en définitif impossible à franchir.