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La Femme comme champ de bataille

+ d'infos sur le texte de Matéi Visniec
mise en scène Alexandra Badea

:Présentation

Avant propos du metteur en scène


!!!Le corps intime... un sceau d’éternité

La guerre en Bosnie est un des thèmes sociaux-politiques les plus récurrents de notre dramaturgie contemporaine...

Que pouvons-nous y ajouter ? Y a-t-il encore quelque chose à dire?
Est-il nécessaire de rouvrir le débat?
Oui!
Oui, si une thématique questionne encore notre actualité.
Oui, si nous sommes capables de la traduire dans un langage ou code accessible à chaque spectateur, quelque soit son origine, sa religion ou culture.
Oui, si nous osons la dire sans masques, ni figures.
Et tel est le cas et notre ambition !

La possibilité nous est donnée par l’auteur.
Car Matei Visniec refuse de se réfugier dans des explications sommaires de la guerre, il préfèredavantage s’attacher au drame humain toujours engendré, la femme devenue champ de bataille.
Car lorsque les armes d’usage ne suffisent plus, le soldat-fanatique s’empare d’une autre arme de dissuasion vivante, la mère, la soeur, l’épouse, la fille de son ennemi. Ainsi en pénétrant la famille, en la détruisant ou en la divisant à jamais, il grignote un peu plus le territoire ennemi.
Et la femme devient ainsi l’arme absolue de l’inhumanité d’un monde civilisé.

Mais après, qu’advient t-il?
Que devient cette femme qui a été malmenée, utilisée et broyée ?
Elle est souvent, seule, livrée à elle-même et à ses maux intérieurs ; condamnée à errer telle un spectre dans les rues, dans les hôpitaux, dans les dispensaires ou foyers pour réfugiés politiques.

Nous sommes donc partis à sa recherche, avec le désir pressant de la rencontrer dans des nouveaux espaces devenus sa maison afin de heurter son regard pour mieux comprendre et saisir ce que les mots ne peuvent plus dire.

Dans notre quête nécessaire de l’autre, nous souhaitons y associer très fortement le public.
Nous voulons sortir le spectateur des salles de théâtre et l’inviter à nous suivre , le temps d’une représentation, dans des lieux insolites faits de résonances, de symétries et d’asymétries.
Telle une cantate aux voix entrelacées où culminent l’horreur, le silence et la beauté.
Il nous importe de recréer le Passé, à travers les voix et par-delà les mots. Exprimer l’indicible par les corps et les visages. Nous attacher au corps, au visage de celle qui parle ou qui se tait.
Nous attacher à ses mimiques et à ses gestes.
Avoir l’image comme support naturel et incarnation d’une intériorité résurgente.
Il s’agit pour nous, de représenter, de dire l’Intime par le corps manifeste !
Dire ce qui est dissimulé, enfoui au plus profond de l’être, là où sa singularité et son identité se jouent.
Oui, il y a encore des choses à dire et je veux les dire! Je dois les dire, nous devons les dire!
Il est de mon devoir, de notre devoir, même si l’expérience de la Barbarie en héritage nous est étrangère, de faire cet exercice sur la mémoire, ensemble.
Etre là, au plus près d’eux-mêmes pour être au plus près de nous-mêmes, de notre mémoire...
D’une mémoire non confisquée!


Présentation de la pièce


!!!Poésie d’une cantate à deux voix

Cette pièce, inspirée du drame bosniaque, reste une oeuvre de fiction. L’auteur a pourtant utilisé quelques vrais témoignages pour la scène des charniers et pour décrire «l’image» du pays de Dorra,car lorsqu’il s’agit de l’horreur, la réalité dépasse l’imagination.

C’est avec certains témoignages que Matei Visniec conclut sa pièce, nous donnant ainsi une des clés importantes de lecture.

La femme comme champ de bataille, c’est l’histoire de deux destins de femme croisées dans le tumulte de la guerre bosniaque.

Il y a Dorra, la victime violée, pendant la guerre en Bosnie, par celui qui a peut-être été son voisin, son camarade de classe ou l’ami de son frère...
Et Kate, l’américaine, la scientifique, la psychologue qui, venue en Bosnie pour identifier les morts dans les charniers, se retrouve dans un centre médical de l’OTAN en Allemagne.
La pièce est un puzzle constitué de fiches d’observation rédigées par Kate sur sa patiente Dorra.
Kate tente d’analyser l’horreur et de donner un sens à l’insensé en se référant aux concepts de la psychanalyse, aux témoignages sur les charniers de Bosnie, à la violence de rapports humains et aux litanies de Dorra.

Mais ici et maintenant, l’événement historique n’est que le prétexte pour analyser la cruauté humaine, la violence et la folie engendrées par le nationalisme.
Et plus que la guerre, La femme comme champ de bataille évoque la rencontre improbable de deux femmes, qui, malgré leur origine et leur culture se ressemblent.. Et qui vont parcourir ensemble le chemin nécessaire pour assumer leur terreur et retrouver leurs racines.

Ainsi dans le chaos d’un monde agonisant déchiré par la haine, c’est davantage l’histoire de deux femmes qui se tendent l’une à l’autre le miroir qui reflète l’image troublée de leur visage tourmenté.
Visage dont les traits tirés vont peu à peu gagner en sérénité...


Scénographie


!!!Au coeur de L’intime... dans les plis et replis de l’espace

Au gré de nouveaux lieux de représentation improvisés devenus de nouvelles maisons pour ces femmes brisées, il nous importe de créer un seul et nouvel espace scénique.
En effet, scène et salle seront réunies en un lieu unique.
Les spectateurs seront ainsi au coeur du dispositif scénique, au coeur de l’action qui les enveloppera et les traversera pour faire du théâtre une réalité.
Néanmoins un espace central vide permettra à l’action de se nouer au gré de la nécessité et du drame.
L’espace sera constitué d’un ensemble de matelas posés à même le sol de manière désordonnée rappelant ainsi un hôpital militaire improvisé sur le front.
Tout sera blanc créant ainsi la sensation d’un espace propre, stérile et paisible, peut-être, pour mieux dissimuler les drames et les horreurs vécus par les patients.
La disposition des matelas rappellera aussi la figure emblématique du labyrinthe dont on ne peut s’échapper.

Les spectateurs entreront dans cet espace semblables à des témoins clandestins qui veulent comprendre comment tout cela a été possible.
Kate les accueillera à l’entrée de la salle. Elle leur mettra un badge visiteur et leur indiquera à chacun leur place sur un des matelas.
Dorra sera déjà assise sur un matelas, son lit, qu’elle ne quittera pratiquement plus tout au long de la pièce.
A quelques mètres d’elle, nous découvrirons l’espace de Kate, identique à celui de Dorra.
Chaque femme aura près de son matelas une chaise qui se transformera au gré de l’action en n’importe quel autre objet : table, mitrailleuse, autel, baignoire...

Les accessoires seront réduits à l’essentiel, ainsi que le décor pour donner la liberté totale au corps de se mouvoir et de s’insinuer dans les plis et replis de l’espace.
Ainsi le regard du spectateur sera libéré de tout détail parasite.

Les costumes seront blancs, immaculés et cliniques.
Kate portera une blouse de médecin et Dorra, une chemise blanc.
Parfois elles porteront le même genre de peignoir, estompant ainsi le clivage patient – médecin.


Note de Mise en scène


!!!De l’indicible....

Dans les guerres inter ethniques, le sexe de la femme devient un champ de bataille.
C’est ainsi que Kate projette les spectateurs dans le monde sombre de l’après-guerre.
Le sexe de la femme comme arme vivante absolue manipulée avec violence et haine.
Le corps de la femme comme champ de bataille martelé, déformé, mutilé, déchiré, amputé de lui-même sera notre fil d’Ariane.
Le corps exsangue et nu sera au coeur de notre mise en scène de l’écriture du désastre.
Presque rien d’autre autour.
Excepté un téléviseur, tel un monitoring auquel l’inconscient de Dorra semblera être relié.
Résurgence de visions arrachées à l’intime sanctuaire..
Ainsi, des images joueront du temps et du souvenir mêlés au présent psychique et au réel comme révélation de l’indicible...

-Faire du Théâtre une réalité ...le corps spectateur sur la scène

La scène et la salle seront réunies en un lieu unique sans cloisonnement. Le corps spectateur, tout près du corps acteur, sera au coeur même de l’action qui l’enveloppera matériellement et le traversera.
Nous voulons faire du Théâtre une réalité, une sensation vraie.
Un Théâtre même de l’action qui se déploie dans tout l’espace pour mieux répandre les éclats d’une parole organique, visuelle et sonore sur tous les spectateurs.
Vivre la représentation comme poursuite infinie d’une action immédiate et violente qui réveille et saisisse le spectateur, dans sa tête, son coeur et son corps, sur toutes les scènes et quelque soit l’espace de représentation.

-Dire l’intime...des corps et des visages... manifeste de l’ acteur

Les deux comédiennes seront présentes tout au long de la pièce sur le plateau, le corps manifeste toujours en alerte.
Lorsque Kate expliquera aux spectateurs ses théories sur la ressemblance entre les concepts nationalistes et le langage freudien, le corps de Dorra sera présent en arrière plan, inscrit dans sa plus profonde singularité et intimité.
Dans la solitude de leurs chambres, les deux corps se confronteront à leur matérialité.
Le corps comme seul interlocuteur et adversaire possible.
Son propre corps vécu comme ennemi et allié.
Il nous importe de faire surgir les forces vives des deux corps qui s’attirent et se repoussent tels des aimants.

Au début du spectacle, nous verrons deux corps qui, tout en étant physiquement proches, seront éloignés l’un de l’autre.
Au gré de l’action, le rapport s’inversera.
Le travail sur le corps aura pour enjeu de découvrir et de rendre visible les énergies contradictoires qui résident en lui et qui le divisent.
Le corps doit raconter l’Histoire à travers sa propre histoire qu’il cherche désespérément à édifier et à tisser.
La promiscuité du public impose un travail laborieux sur le visage et le regard.
Le visage marqué reflète tout le parcours de la chair écorchée et du corps martyr.
Car si le corps a sauvé son intégrité, le visage-témoin touche à l’humanité toute entière et à la vulnérabilité de tous.
Il est composé d’une superposition des masques qui tomberont l’un après l’autre, au fur et à mesure, pour laisser place à un visage pur, serein presque enfantin.
Le regard nu, arraché à la parole, dira l’intime, ce qui nous appelle, ce qui nous brûle dans l’abîme du soi. Bien au-delà des larmes, les yeux seront secs. Ils en ont trop vu.

La Représentation comme Théâtre même de l’Action

Les spectateurs, au coeur du dispositif scénique, éparpillés dans l’espace seront partie prenante au spectacle. Ainsi une communication continue s’instaurera entre spectateurs et spectacle, entre acteurs et spectateurs.
Kate leur adressera directement toutes ses opinions sur les guerres inter ethniques. Droit dans les yeux. Sans vouloir les manipuler ou les ménager. Parfois, elle prendra place à leurs cotés pour regarder et observer ensemble Dorra. Car, dans une moindre mesure, ils sont tous étrangers à son drame.

Certains monologues de Kate (les fiches d’observation) seront pré-enregistrés. En les écoutant, nous verrons les deux femmes, chacune dans leur chambre, dialoguant, seules, sans paroles.
C’est un dialogue muet, qui traversera les murs, car il a ses origines dans le même mal, celui de la perte de l’identité.
Nous verrons deux corps qui souffrent isolés, murés dans leur solitude. Deux corps qui expriment tout ce que les mots ne peuvent plus dire.

De cette manière, l’action sera le nerf de notre recherche.
L’action même, épurée, s’étendra à la pièce entière de théâtre, enveloppera le spectateur et le maintiendra dans un flot constant de lumières, de sons et de mouvements.
Elle ne laissera aucun répit au spectateur. Les sensations ainsi éprouvées seront vraies.
L’action pourra être répétitive, amplifiée et prise dans un rythme accéléré jusqu’à l’extrême, la folie. Le son sera un élément déterminant, il sera la voix, celle du monologue intérieur de Dorra la voix du passé, les cris, les souvenirs, les cauchemars, les rêves.
Il ne sera jamais illustratif, mais lié à la nécessité de la dramaturgie.

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