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L'Absence de père

mise en scène Lorraine De Sagazan

:Note d'intention

par Lorraine De Sagazan, juin 2019

Nous aspirons tous à voir notre valeur reconnue de façon objective par les autres. Nous ne nous contentons pas d’être, nous voulons plus : la reconnaissance que cet être a de la valeur. Nous nous battons sans cesse pour la reconnaissance.
Reste à savoir ce qui apparaît de ces moments où nous ne cherchons plus rien – ni le sens de la vie, ni le regard des autres. Où nous sommes enfin capables d’être au présent de nos vies. Platonov, homme d’une trentaine d’années dresse le portrait de toute une génération qui se cherche.
La pièce, dont le titre serait plus justement traduit par « L’Ere des Enfants sans Père », inachevée immense, construite dans l’absence de regard, brute, débarrassée du savoir faire de l’auteur confirmé que Tchekhov deviendra, gigantesque brouillon dont les absences et les aspérités sont au plus proche de la vie même pose la question de l’héritage et du conditionnement.
Monter cette pièce est un moyen de réfléchir collectivement aux âges de la vie comme une question contemporaine et à ce concept un peu flou de génération. Celle qui est la nôtre.
Platonov s’élève ici comme un esprit critique. Sur quels mensonges vivons nous ? Les esprits critiques parviennent rarement à faire éclater les mensonges collectifs. Cela vaut aussi pour l’histoire intellectuelle.Qui a du boire la cigüe ? L’homme qui a été condamné pour avoir corrompu la jeunesse d’Athènes parce qu’il posait trop de questions... Pour Dostoievski « les peuples peuvent aller contre leurs intérêts rationnels juste pour le plaisir d’envoyer balader le système. » Platonov est-il ainsi ? Ce type de classe moyenne devenu instituteur mais qui se rêvait ailleurs, plus grand... Ce qui m’intéresse avec ce travail, c’est également la question de l’hospitalité et ainsi de la difficulté à faire entrer quelqu’un qui excède ses dimensions. Également la vulnérabilité et la capacité à agir.
A l’heure d’enterrer les morts et de réparer les vivants il est peut-être temps d’agir en son nom ?
Platonov est le meilleur exemple de l’incertitude de notre époque. C’est un homme qui travaille, relié au monde social, qui existe fortement par le regard des autres et de qui on attend beaucoup plus que ses capacités. Ce qui le mène à brûler volontairement et en pleine conscience une partie de son énergie vitale, sans rien attendre en échange, en pure perte. Pris dans un chaos qu’il ne peut pas prétendre ordonner, il court après sa mort comme la pièce vers sa fin. La pièce visionnaire de Tchekhov sur fond de fracture sociale annonce les prémisses de la révolution russe. Elle résonne évidemment aujourd’hui encore. Nous qui vivons avec cette certitude que « ça ne va pas pouvoir continuer comme ça » dans un monde où l’individu ne semble avoir de valeur que face au marché. Chez Tchekhov les pauvres meurent ou disparaissent jetés dehors par la nouvelle bourgeoisie souveraine.
S’il nous est imposé d’être responsables de nos vies c’est une idée qui suppose que les êtres assumeraient totalement la responsabilité de leurs propres existences. Alors que faire des inégalités sociales ? Mais malgré la profondeur politique de la pièce, dont il a été dit qu’elle aurait été censurée au temps de Tchekhov tant la charge accusatrice était présente, ce qui en fait sa grandeur c’est l’absence de paternalisme moralisateur. Tchekhov écrit dans une lettre qu’il aimerait dire au spectateurs qui assistent à ses pièces : « voyez comme vous vivez mal ».
C’est avec cette injonction qui ne sauve personne que notre travail commence, s’agissant pour nous de traiter la violence des rapports humains et les verdicts sociaux comme un surgissement dans la pièce dans une approche sensible et intime.

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