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Kroum l'ectoplasme

+ d'infos sur le texte de Hanokh Levin traduit par Laurence Sendrowicz
mise en scène François Rancillac

:A PROPOS DE KROUM L’ECTOPLASME

Un aéroport. Entre Kroum, une valise à la main. Il étreint la Mère.

KROUM : Maman, je n'ai pas réussi. Je n'ai trouvé ni la fortune ni le bonheur à l'étranger. Je n'ai pas avancé d'un pouce, je ne me suis pas amusé, pas marié, pas même fiancé. Je n'ai rencontré personne. Je n'ai rien acheté et je ne ramène rien. Dans ma valise, il n'y a que du linge sale et des affaires de toilette. Voilà, je t'ai tout dit et je te demande maintenant de me laisser tranquille.

En quelques lignes, le ton est donné : acerbe, désabusé, ironique aussi, pour cacher derrière l'humour une profonde tendresse pour cette humanité vouée à l'inaccompli. De retour au pays, Kroum l'Ectoplasme, qui se rêve romancier mais n'a jamais écrit une ligne, retrouve tels quels sa mère, son quartier, sa tribu : Tougati l'Affligé, indécrottable hypocondriaque fleur bleue ; Shkitt le Taciturne qui ne dit mot mais n'en pense pas moins ; Trouda la Bougeotte dont le cœur balance mais ne s'arrête pas ; Doupa la Godiche qui espère encore être enlevée par Bruce Willis ; Takhti le Joyau qui a tout pour lui mais part toujours perdant ; Tswitsa la Tourterelle qui fascine le monde entier excepté elle-même ; Dulcé et Félicia les parasites, qui noient dans la grande bouffe leur ennui conjugal, etc. etc.

Entre deux mariages (ratés) et deux enterrements (réussis), entre soap et tragédie, franches rigolades et grands fiascos, c'est toute une jeunesse échouée que croque à belles dents Hanokh Levin - formidable dramaturge israélien (1943-1999) qu'on découvre enfin (traductions aidant) de ce côté-ci de la Méditerranée (cf.Yacobi et Leidenthal, Marchands de caoutchouc) : un pari de taille, un plaisir de plus pour les neuf jeunes comédiens sortant tout juste de l'Ecole de la Comédie !

Cette pièce appartient à l’une des formes théâtrales de prédilection de Levin : la comédie. Elle décrit le combat quotidien des petites gens. L’action se situe dans l’espace restreint de la maison ou du quartier, microcosme de la société, toute entière. L’intrigue et le parcours des personnages reproduisent le cycle de la vie entre la naissance et la mort.

Les personnages rêvent d’un ailleurs, mais ça ne reste qu’un rêve. Même lorsque Kroum part en voyage il dit à son retour : «L’aventure, les contrées lointaines… - que dalle. Apparemment, imaginer le départ me convient mieux que de partir…. »
Les désirs et les aspirations des personnages sont primordiaux et communs à tous les hommes : rencontrer «la femme de ses rêves» et fonder avec elle un foyer, quitter son quartier et s’installer dans une banlieue chic et prospère, laisser une trace de son passage sur terre en ayant des enfants.
Le lieu est décrit dans les termes les plus généraux : une rue, une chambre, un balcon.

La situation dramatique repose en général sur une seule action, mais il s’agit d’une action vaine. Les personnages passent davantage de temps à parler, à dire leur volonté de la réaliser, à exprimer leurs hésitations, qu’à l’accomplir vraiment, si bien que ce sont eux, dans leurs relations à eux-mêmes et à autrui, qui constituent le moteur de l’intrigue.
Le nom des personnages évoque souvent un trait fondamental de leur caractère : Kroum l’Ectoplasme, Tougati l’Affligé, Trouda la Bougeotte.
Kroum, quant à lui, rêve de déménager dans un quartier résidentiel qui symbolise la réussite sociale ; il rêve de la merveilleuse Tswitsa, qui a réussi à quitter le quartier et va même s’envoler pour Los Angeles, symbole des opportunités qui ne seront jamais les siennes. Quand la maladie ronge Tougati, les autres personnages de la pièce se tournent pleins d’espoir vers les médecins, mais la médecine, comme les dieux dans la tragédie grecque, manifeste une totale absence de compassion et les condamne avec indifférence. Quand ils ne supportent plus leur train-train quotidien, ils se réfugient au cinéma qui, tant que l’écran scintille, leur offre la vraie vie, mais qui, dès que la lumière se rallume, les renvoie à leur médiocrité. Impuissants, geignards, les personnages s’enfoncent avec une certaine complaisance dans l’échec. Pourtant, loin de se décourager, ils redoublent d’effort après chaque tentative infructueuse, mais le fossé entre l’énergie dépensée et le résultat obtenu ne fait que s’accroître, et ne leur reste, au moment de vérité, que le goût amer de l’occasion manquée.
Le contraste entre cette énergie et la maigreur du résultat engendre, d’un côté, des situations comiques où Levin multiplie les répliques incisives et les effets burlesques, de l’autre, des scènes pathétiques où il met à nu la tristesse et la souffrance des personnages. Ainsi, en nous faisant passer du rire aux larmes, Levin nous invite à nous reconnaître en eux, à aimer la part d’humanité, de rêve, de faiblesse et de lâcheté qui est en eux, qui est en nous. Le décor est une sorte de boîte en matière plastique ; les murs en lamelles découpées laissent aller et venir librement les comédiens dans cet espace.
Steen Albro, scénographe et créateur des costumes, et ami de longue date de François Rancillac, affuble les comédiens de prothèses comme le faisait Hanokh Levin.
Les costumes sont comme imprégnés de l’environnement qui entourent les personnages , ils ont les mêmes motifs que les murs, les tons sont délavés, grisaillés.
Les accessoires, objets quotidiens déviés de leur fonction première, définissent les différents lieux de la pièce : la lampe chez Kroum, le lit de Trouda….

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