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Juste la fin du monde

+ d'infos sur le texte de Jean-Luc Lagarce
mise en scène François Berreur

:Princes pleins de promesses et rois décevants...

par François Berreur

« Travail sur Mes Deux Dernières Années. Travail sérieux. Dire la vérité, vraiment. Parfois, je m'éloigne, je raconte une histoire, je triche. Revenir à la difficulté. C'est épuisant. Pourquoi est-ce que je fais ça ? Si je conduis au bout cette affaire, je couperai tellement de choses, je les détruirai. J'en aurai fini. Ce sera comme mourir, disparaître. En être capable. »
Août 1987

Ce texte extrait du Journal de Jean-Luc Lagarce qui fait référence à une tentative d’écriture d’un roman, donnera deux années plus tard le synopsis de Juste la fin du monde. À cette date, il ne sait pas encore qu’il est séropositif et sans nier la part d’autobiographie dans ses textes, elle ne me paraît pas si intéressante comme clé de compréhension.

Tenter de ne plus tricher, et ne plus tricher c’est aussi écouter les autres, voir les autres comme ils sont et refuser de les juger comme il serait si facile de le faire, et les raconter comme on voudrait qu’ils soient.

C’est là l’immense force de ce texte, c’est accepter que les autres aient des vies aussi bonnes que la sienne, et même si il a le pouvoir de les écrire, ne pas tricher c’est accepter de voir leur richesse et leur pauvreté, accepter que ces vies si lointaines et que l’on n’auraient jamais voulu pour soi puissent être aussi belles, héroïques, romanesques avec, elles aussi, leurs secrètes douleurs.

Mais le paradoxe c’est que c’est bien la tricherie qui est réclamée par chacun, avec ses possibilités de rêves et de fuites.

Nous aussi nous avions cru à la reconstitution d’un week-end à la campagne dans la famille, mais c’est l’histoire d’un monde de théâtre, l’histoire d’un homme qui se rêve Prospéro mais qui n’a simplement pas le pouvoir de modifier les êtres. Il peut tout changer autour, faire voler les décors et décider d’éteindre la lumière et décider qu’ils sont là et l’instant d’après qu’ils ne le sont plus mais le cœur des êtres il ne le changera pas et la souffrance de chacun il ne peut la guérir, il ne peut qu’accepter, s’accepter soi et les autres.

N’y aurait-il que la tricherie comme ultime vérité ? Le mensonge du théâtre comme lieu de la plus sincère confession ?

En revenant au pays, un roi si longtemps absent, découvre que la succession est déjà prévu, on attend plus que la mort pour introniser le successeur, déjà l’histoire suit son cours et la vie continue. Et lui qui voulait voir et conquérir le monde va découvrir, peut-être, que les petites histoires des hommes sont aussi nos grandes histoires à tous.

François Berreur

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