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J'ai bien fait ?

+ d'infos sur le texte de Pauline Sales
mise en scène Pauline Sales

:Note d'intention de l'auteure

Quel est le monde dans lequel nous vivons ? On n’a pas tout suivi, on n’a pas tout compris, on n’était pas vraiment d'accord, mais bon pas le choix, on se dit qu'on va quand même pas rester les bras ballants. On va s'en occuper. À notre échelle bien sûr, modeste. Ah oui on a voté mais on s'est bien rendu compte que ça n'allait pas être suffisant. Nous aussi, on allait devoir agir et avec discernement, car chaque geste semble compter pour accélérer ou ralentir la catastrophe écologique humanitaire économique et on aimerait pas être tenu pour responsable. Alors on fait attention à tout, comment on s'habille, mange, travaille, aime, pour le faire bien, comme on aimerait que ce soit fait et on y arrive pas toujours, non, c'est clair.

Qu'est-ce que ça voudrait dire agir justement? Être responsable de ses actes, penser en femme et en homme à peu près conscients des enjeux du monde?

J'aimerais parvenir à travailler sur des personnages qui tentent ça, oui, là où ils en sont, d'être justes vis-à-vis d'eux-mêmes et du monde, dans leur vie professionnelle et privée et comme citoyen, mais qui n'y parviennent pas bien sûr, ou pas toujours, et pas seulement du fait de leur humanité, de ce qui fait que nous sommes tous complexes, imparfaits et contradictoires, mais par la société même qui ne cesse de nous placer devant des abîmes de contradictions et de paradoxes, qui joue avec nos peurs et nos désirs les plus infantiles, qui ne tire pas notre humanité vers le haut et qui sape parfois notre capacité d'action, pris en sandwich entre une trop grande complexité et une trop grande simplification.

Alors, oui, voilà, le point de départ serait le souci pour chacun des personnages à des endroits très différents de faire au mieux, de faire du mieux qu'on peut, ce qui empêche ou n'empêche pas des catastrophes en tout genre, des petites et des grandes, et quelques victoires.

Il y aura une professeur qui y a cru - à quoi - à ce qu'elle fait, enseigner le français à des collégiens, elle y croit encore mais c'est pas facile, elle vieillit ça n'aide pas, elle ne se déclare pas vaincue, elle reprend un mémoire qu'elle va finir cette fois sur un penseur des années soixante dix qui préconise une société sans école. Il y aura un artiste plasticien, plus personne ne croit que l'art change le monde, lui non plus, enfin si il y croit, disons que c'est par phases, ça dépend des élèves qu'il croise quand il fait de la sensibilisation, c'est bien non de rendre les gens sensibles, il ne sait plus.
Il y aura cette fille entre vingt et trente, est-elle encore jeune ou commence-t-elle à être vieille, elle est pas con, elle est pas moche, un pied dehors un pied dedans, elle est à l'heure où les petits boulots pourraient finir par devenir des choix imposés. Il y aura un mec bien, un biologiste moléculaire de l'ADN ancien, on n'imagine pas les conséquences que ça peut avoir sur la vision du monde l'analyse de l'ADN de nos ancêtres, il reste amoureux de sa femme alors qu'elle est en train de perdre goût à elle-même.
Il y aura ceux-là et tous ceux qu'ils côtoient, ces gens qui continuent de se former, ces gens qui passent d'un métier à l'autre, ces gens qui veulent changer de vie, tous ceux-là qui tentent de faire correspondre l'intérieur avec l'extérieur, des jeunes qui ne savent pas quoi faire de l'impuissance des vieux et en plus si c'était contagieux, des vieux qui se demandent s'ils vieillissent bien avec des enfants déjà grands et ils observent les adultes en devenir auxquels ils ont donné naissance, il y en aura des enfants, de tous les âges, ceux qu'on fait et ceux qu'on croise. Il y aura l'homme de Néandertal beaucoup moins bestial qu'il n'y paraît, il y aura des frères et soeurs à l'âge adulte, il y aura nos parents et nos grands-parents qui vieillissent jusqu'à mourir forcément quand on ne veut pas s'y attendre, il y aura de moins en moins de pluie, il y aura cette part, là, infantile, intangible, qui nous habite, il y aura des étrangers qui aimeraient être sur scène, qui se débrouilleront pour être sur scène, il y aura des travailleurs sociaux qui se reconvertissent, le nombre de travailleurs sociaux qui cherchent à se reconvertir, il n'y aura plus de saison, il y aura ceux qui ne se découragent pas, il y aura des cons, un petit peu, ben oui, même si on voudrait les appeler autrement et qu'on leur cherche des excuses, mais des fois, vraiment, ils ne nous aident pas, il y aura cette absence de considération qui parfois nous étouffe, il y aura des végétariens forcément, des bouffeurs de viande rouge qui ne veulent pas qu'on les emmerde avec le cancer du colon, il y aura des buveurs d'eau et des buveurs de vin, des sportifs et des chirchilliens, il y aura des flux d'argent, il y aura la recherche des tenants et des aboutissants, il y aura bien un biocoop quelque part, il y aura des sexes en repos et des sexes en rut, il y aura des adolescents qui prennent l'avion pour s'engager en Syrie, il y aura la province et les ronds-points des zones périurbaines, il y aura ceux pour qui la France se provincialise et qui habitent Londres ou New-York, il y aura les guerres au loin, il y aura toutes les manières de se soigner, il y aura eu des attentats, il y aura ce qu'on ne sait pas transmettre et ce qu'on transmet malgré nous, il y aura de gros doutes, il y aura ce nouveau pape dis-donc et chacun se demandera s'il a bien fait?

Après une première expérience de mise en scène d'un de mes propres textes En travaux, nous avons eu le souhait avec une partie de l'équipe, les acteurs principalement, Anthony Poupard et Hélène Viviès, de poursuivre cette aventure et de creuser ce sillon : Faire un théâtre qui parle d'aujourd'hui à des gens d'aujourd'hui dont tous ne passent pas leur vie dans un théâtre, avec le désir d'une interaction immédiate. Qu'on puisse tout de suite se dire : et moi je ferais quoi, ça me ramène à quoi... un théâtre comme un outil immédiat de confrontation à soi-même.
Il y a le Préau, son équipe, cette ville, Vire, cette région normande. Chaque pièce écrite et créée ici porte l'empreinte de ce lieu, la manière de faire et de porter des créations qui peuvent voyager loin et longtemps, nées ici dans une ville de 12500 habitants où le théâtre continue à être une vraie question. Pas une habitude. Loin d'une évidence.

Pauline Sales

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