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I am Europe

+ d'infos sur le texte de Falk Richter
mise en scène Falk Richter

:1/2 - Discussion entre Falk Richter et Nils Haarmann

Nils Haarmann : Ton nouveau projet de création au TNS porte le titre I am Europe. Nous parlons au printemps 2018, bien avant le début des répétitions. Encore plus de temps s’est écoulé depuis 2014, quand on a commencé une série de workshops – avec des jeunes interprètes venus d’une quinzaine de pays européens et internationaux – sur l’identité, l’héritage et comment l’Europe se reflète dans nos vies personnelles. Depuis, l’Europe change à un rythme de plus en plus accéléré. Quel est le point de vue développé sur cette Europe dans ce projet ? Quelle est ta vision actuelle de l’Europe et quelles perspectives souhaites-tu adopter ?

Falk Richter : L’Europe se trouve dans une situation particulière – on dirait qu’elle est sur le point de se désagréger. L’Union européenne vit, en tous cas, une période de transition. Dans quelques années, elle aura peut-être complètement changé, avec encore plus de pays qui décident de quitter l’Union ou qui boycottent ses décisions. Autour de l’Europe, il y a de plus en plus de pays dont les gouvernements sont anti-européens. Nous assistons, partout dans le monde – en Europe aussi –, à une montée du nationalisme, à une montée de l’extrême droite. Dans de nombreux pays, cela se traduit même par une sorte de fascisme.

(...)

Dans ce projet, l’Europe est vue de manière très personnelle par les interprètes, qu’ils soient performeurs, comédiens ou danseurs. Au départ, je me suis posé la question suivante : que signifie l’Europe sur le plan individuel  ? Dans quelle mesure l’idée européenne et transnationale est- elle présente dans la vie de certaines personnes ? De quelle manière l’expérimentent-elles et qu’est- ce qui changerait dans la vie de ces personnes si l’Europe, telle que nous la connaissons aujourd’hui, n’existait plus ?

Je pense que nos vies – dont la mienne – ont beaucoup à voir avec le fait que nous pouvons franchir certaines frontières. Je me considère davantage comme un Européen que comme un Allemand, même si j’ai grandi en Allemagne ; si je me sens en quelque sorte chez moi dans le nord de l’Allemagne, c’est en tant qu’Européen.

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Sur scène, il y a une troupe particulière, constituée sur plusieurs années. Le projet a été précédé de plusieurs ateliers dans de nombreuses villes d’Europe – à chaque fois dans ses langues différentes, avec des personnes et des formes d’expression artistique différentes qui vont maintenant toutes être réunies pour la première fois dans le cadre de ce projet. Peux-tu nous en dire un peu plus sur celles et ceux qui sont sur scène : par rapport aux distributions habituelles, en quoi ces performeuses et ces performeurs sont-ils particuliers ?

Leur particularité est qu’ils viennent tous de pays européens différents ou de contextes européens différents.

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Ce qui est particulier, c’est que ce projet a débuté en 2014 lors de la Biennale de Venise, où Nir de Volff (chorégraphe), toi, Nils Haarmann et moi- même, avons travaillé avec vingt danseurs et comédiens européens – internationaux –, venant de quatorze pays différents. Et nous avons travaillé sur ces questions  : quelle est leur vision de l’Europe  ? Quel type de famille veulent-ils fonder  ? Quelle importance a pour eux la religion  ? Que pensent-ils du mariage ou comment vivent-ils leurs relations ? Quel rapport ont-ils à leur propre nation, dans la mesure où beaucoup d’entre eux ne vivent plus dans leur pays d’origine ? Ce sont des questions que nous avons abordées à l’époque et sur lesquelles nous avons travaillé. Au fil du temps, une sorte de troupe a émergé, composée de cinquante à soixante performeurs, qui peuvent se retrouver selon différentes constellations. Ensuite, il y a eu un atelier à Madrid, nous avons travaillé une deuxième fois à Venise lors de la Biennale, nous avons fait un atelier à Paris, nous avons travaillé à Berlin, puis il y a eu une mise en scène à Vienne, coproduite par le Maxim Gorki Theater, le Festival des Wiener Festwochen et le Schauspielhaus de Vienne (Città del Vaticano , créé en 2016).

Nous nous sommes donc posés cette question à intervalles irréguliers : dans quel état émotionnel se trouve aujourd’hui l’Europe  ? Et je trouve particulièrement intéressant qu’il s’agisse d’un groupe de personnes issues d’un vaste réseau de performeurs, dispersées sur le continent, et qui forment une troupe durant un certain temps.

Dans quelle mesure les points de vue personnels, les histoires des interprètes font-ils partie intégrante du processus de répétition ? Et de quelle manière cela peut-il se transformer en texte ? Et en mise en scène ?

Au début, on commence par s’asseoir tous ensemble et par parler tous les jours. Je pose des questions, les comédiens et les danseurs répondent à ces questions, parfois je leur demande aussi d’écrire leurs propres textes. En tant que groupe, on peut dire que nous produisons en permanence un échange, un discours et des matériaux. Et de mon côté, j’écris également certains textes à l’avance, à propos de la situation politique dans différents pays européens.

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J’arrive aussi avec beaucoup de questions et les comédiens répondent ou écrivent des textes. Cela varie également d’une personne à l’autre. Certains interprètes ont très envie d’écrire et de s’impliquer à ce niveau-là. Mon rôle, c’est d’être à la fois auteur, relecteur et de rassembler ces différentes histoires. À la fin, il y aura des parties documentaires, réelles, autobiographiques, qui se mêleront à de la fiction. Mais dans l’ensemble, ce sont plutôt des textes fictifs qui seront dits sur scène.

Peux-tu nous en dire plus ? Tu as déjà une idée de ce à quoi cela va ressembler ?

Oui, je pense que nous allons commencer par avoir des discussions entre nous, en anglais et en français surtout. Ensuite, je voudrais que les comédiens disent quelques textes dans leur propre langue. Pour certains, ce n’est pas si simple car elles ou ils n’ont pas qu’une seule langue, mais deux. Peut-être qu’il s’agira de celle qu’ils parlaient jusqu’à l’âge de douze ans, avant de changer de pays et de découvrir une nouvelle langue. Selon l’endroit où sera joué le spectacle, nous parlerons davantage dans la langue du pays.

(...)

Nous formerons une sorte de  «  délégation européenne  » qui essaiera à chaque fois de parler dans la langue du pays. Je trouve cette question vraiment intéressante  : comment pouvons-nous communiquer entre nous en Europe  ? Il y a vingt-trois langues officielles  : comment communiquer pour ne pas toujours parler anglais et comment se faire comprendre ? Que se passe-t-il si chacun parle sa propre langue sur scène, avec éventuellement un surtitrage  ? Voilà une forme d’expérimentation. Mais il y aura aussi des moments où tout le monde essaiera de se parler dans la même langue, comme le français ou l’anglais, même si certains y arrivent mieux que d’autres. Il faut bien essayer de se faire comprendre.

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