Ne plus afficher cette publicité - Je m'abonne - Je suis abonné(e)
Accueil de « Hedda »

Hedda

mise en scène Léna Paugam

:Entretien avec Léna Paugam

Quelle place le silence occupe-t-il dans votre création ?

Léna Paugam : Dans le texte d’Hedda, Sigrid Carré-Lecoindre parle du « vacarme ahurissant » du silence. Elle écrit : « Le silence, c’est plein du son raté de tout ce qui tombe, de tout ce qui est tombé. On n’entend plus rien. ». Cette idée a constitué l’un de nos points de départ pour l’écriture de la pièce. Nous voulions parler de la vie tue, des détresses dissimulées et étouffées par le bonheur de façade des couples à priori solides, de la peur malade de ne pas savoir dire ou rendre réellement compte de la réalité des situations nouées. Nous voulions mettre des mots sur le temps qui passe et dégrade sourdement les corps et les esprits violentés. Hedda témoigne de notre tentative de raconter l’incommunicabilité de la souffrance intime des couples. La langue musicale de Sigrid Carré Lecoindre agit pour affronter la surdité qui gagne ceux qui vivent dans la peur.

Comment trouvez-vous votre équilibre dans cet exercice périlleux qu’est le seul-en-scène ?

L.P : L’écriture de Sigrid Carré Lecoindre est très précise. Elle fait notamment un usage très scrupuleux de la ponctuation et de la typographie. Je travaille le texte comme une partition musicale. Le rythme y est très finement travaillé ; certains mots sont inscrits en majuscules, les phrases sont souvent coupées par des tirets, des barres obliques ou des passages à la ligne. Les mouvements de la parole – et donc de la pensée - sont indissociablement liés à une réflexion sur le souffle de l’acteur. Je m’attache à interpréter physiquement ce qui est écrit. C’est l’admiration et le respect que j’ai pour les qualités littéraires de ce texte qui me permettent de trouver l’équilibre dont vous parlez. D’autre part, au cours de la représentation, je ne suis pas seule. Je joue avec les deux personnes qui sont en régie et qui ont en charge la création sonore de Lucas Lelièvre et la création lumière de Jennifer Montesantos. L’écriture du texte du spectacle s’est finalisée au plateau avec la création du son et de la lumière, c’est très important pour moi. Tous ces éléments constituent l’ensemble rythmique qu’est le spectacle.

Pourquoi avoir décidé d’interpréter tous les personnages dans la pièce - le narrateur, la femme, l’homme et l’enfant ?

L.P : Dès le début du travail, nous avions décidé de composer un spectacle pour un seul interprète. Nous pensions écrire le témoignage d’une femme bègue sur une tragique histoire d’amour. Au cours de l’écriture du texte, dans le cadre d’une résidence d’écriture au plateau, nous avons travaillé sur le récit de la pièce. Je faisais des improvisations où je racontais l’histoire simplement, scène par scène, comme un souvenir. J’y mêlais des détails de la vie d’Hedda Nussbaum, des motifs inventés sur le moment et des faits divers de ma vie personnelle. Il nous a paru intéressant d’apporter de la distance aux propos de Hedda, à son témoignage. La figure du narrateur est née du désir de laisser planer un doute sur la véracité des propos tenus, sur la réalité des souvenirs racontés. Le narrateur dit plusieurs fois qu’il faut prendre garde à l’oubli, que le détail des souvenirs disparaît. J’ai commencé à proposer des improvisations où l’homme prenait la parole. Nous avons beaucoup parlé de la série The Affair qui propose un procédé dramaturgique intéressant : chaque épisode est séparé en deux parties distinctes dans lesquelles on voit successivement les mêmes évènements vécus et ressentis par un personnage différent. Dans un couple, chacun écrit sa propre histoire à partir des mêmes faits. Les disputes sont souvent relatives à des interprétations discordantes. Dans Hedda, des fragments de paroles rapportées jaillissent de façon surprenante comme des certitudes, on pourrait se dire « ces mots-là ont été prononcés, on pourrait douter de tout sauf de cela ». Le narrateur raconte le souvenir de certains faits, il prend des précautions, mais n’affirme rien, il ne fait que proposer des interprétations possibles de l’histoire racontée. Cette distance nous a paru intéressante.

imprimer en PDF - Télécharger en PDF

Ces fonctionnalités sont réservées aux abonnés
Déjà abonné, Je suis abonné(e) Voir un exemple Je m'abonne

Ces documents sont à votre disposition pour un usage privé.
Si vous souhaitez utiliser des contenus, vous devez prendre contact avec la structure ou l'auteur qui a mis à disposition le document pour en vérifier les conditions d'utilisation.