Note d’intention - H.H. - Jean-Claude Grumberg, - mise en scène Jean-Claude Grumberg, - theatre-contemporain.net
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H.H.

mise en scène Jean-Claude Grumberg

:Note d’intention

« D’ailleurs, Himmler était une sorte d’européen, à sa manière, à sa manière». On s’agite lors du conseil municipal : quel nom donner au collège ? Les initiales H.H. sont déjà gravées. Alors ? Le poète Heinrich Heine ou le nazi fanatique Heinrich Himmler ? Les arguments fusent. En rire vaut toujours mieux.

H. H. nous plonge en plein conseil municipal d’une petite ville de Bavière réuni pour baptiser le nouvel établissement scolaire. Le nom de Heinrich Heine a été retenu, mais l’opposition nouvellement élue s’y oppose. Les initiales H. H. ayant déjà été coulées dans le bronze, il convient de trouver un nom nouveau, dont les initiales seraient également H. H. , susceptible d’obtenir la majorité des suffrages. Il se trouve qu’un natif « célèbre » de cette petite ville n’a jamais eu l’honneur de voir son nom orner le fronton d’un lycée ou collège. Il s’agit d’Heinrich Himmler. Tollé, refus, scandale. Puis, peu à peu, la discussion s’engageant, le conseil décide, pour trancher, d’examiner les deux oeuvres littéraires respectives de Heine et Himmler qui, à un siècle près, ont produit le gros de leurs écrits dans les années 30-40. On fera donc entendre les poèmes de Heine et les lettres d’Himmler. Le conseil étant dans l’incapacité de choisir, le collège se nommera H. H., libre à chaque parent d’élève de choisir entre les deux noms.

Les lettres d’Himmler sont le point de départ de l’écriture de H. H. On croit tout connaître du génocide et des génocidaires, mais l’effrayant « bon sens » d’Himmler, son intérêt pour l’histoire et les traditions teutonesques, son épouvantable verbiage quand il s’agit des juifs et de leur sort, nous glacent le sang et nous rappellent qu’on peut tout faire dire aux mots, même le pire, surtout le pire.

Heine, en contrepoint nécessaire, nous permet d’envisager un autre monde. Notre monde ? L’humanisme, la clairvoyance, l’humour, accompagnent un désir de justice qui s’oppose à la barbarie. Heinrich Heine nous permet de reprendre pied.

Le conseil municipal, vous l’avez compris, n’a pas lieu aujourd’hui, ne peut avoir lieu. Mais demain, après demain, qu’en sera-t-il de notre mémoire qui, déjà, semble indisposer un si grand nombre de belles âmes ? Où en sera la connaissance de la Shoah dans cinquante ans en Europe et ailleurs ?

Cependant, H. H. , malgré tout, est un jeu. Un jeu sinistre si on veut, mais un jeu théâtral. Le conseil devra être animé, contradictoire, effrayant. Le traitement sera simple. Les spectateurs seront invités à visiter notre passé et à jeter un oeil effaré sur ce que pourrait être notre avenir. Le rire pour cacher la colère et la honte - la honte de faire partie de la même espèce que le H. H. auteur de ces lettres immondes - , la poésie pour nous rappeler que notre espèce n’est pas vouée à l’ignoble, la comédie enfin parce que nous sommes au théâtre, seront les trois axes qui conduiront notre travail.

Jean-Claude Grumberg

février 2011