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:Présentation

Voilà des années que j’avais envie de ce Faust, des années que je lui tournais autour, revenais, m’en détachais, j’attendais… un déclic probablement. Après les événements de janvier 2015, j’ai eu besoin viscéralement de porter une voix, en tant qu’artiste, mais surtout en tant qu’individu.

Il n’était pas question ici de transposer quoi que ce soit, de parler du drame en lui-même ou des manifestations de l’horreur, c’étaient aux origines mêmes auxquelles je voulais remonter: l’âme humaine et sa troublante dualité.

Je cherchais pendant des heures les mots qui porteraient la souffrance et l’incompréhension, qui soutiendraient ma quête de sens, qui seraient assez puissants pour décrire la blessure profonde, des mots qui raconteraient l’histoire sans être l’histoire, sans complaisance, sans trahison. Il me fallait des mots dignes et universels parce que cette blessure-là est universelle et éternelle. Faust a émergé doucement pour se poser là, tout contre un cri muet.

C’est sans doute l’impulsion créatrice la plus intime de tous nos projets, elle ne vient pas d’une envie de dire mais d’une incapacité à exprimer l’indicible. Je ne voulais pas de gravité. La gravité dans le drame me semblait indigne et Faust me révélait alors tout l’humour, tout le décalage de son génie. Je voyais l’extraordinaire capacité à raconter le monde dans son obscurité la plus effrayante à travers une lumineuse écriture, un sens aigu de l’immersion dans ses profondeurs, une finesse d’analyse de ses rouages obstinément humains.

Raconter le monde, raconter notre monde encore, parce que chacun de nos spectacles est une partie du puzzle. Reconstituer l’image un jour peut-être. Il me fallait explorer à grande échelle ce Bien et ce Mal, ce duel finalement tellement intime qu’il nécessite une loupe pour le décrypter.

Dieu, le Diable, l’Homme en somme. L’Homme qui cherche des excuses à ses forfaits, des explications à sa complexité et des regrets à son bonheur.

Ma perspective sera donc de focaliser le propos, d’une part, sur la somptueuse histoire d’amour entre Faust et Marguerite et, d‘autre part, sur la quête éternelle d’un Faust à travers son Méphisto, ces deux versants se reflétant dans l’œil d’un incroyable pari entre le Bien et le Mal.

Dans cette voix qui s’élevait enfin, dans cette structure qui se dessinait, j’avais besoin de fureur. Encore une fois Faust me la donnait comme une évidence : ses passages lyriques associés aux personnages célestes ou démoniaques - difficilement transposables au plateau – sonnaient à mon oreille comme un opéra, un opéra romantiquement endiablé avec ses accès puissants d’émotion qui porteraient nos personnages dans ce tourbillon.

Un chœur des puissances surnaturelles venait de naître et serait porté par un musicien compositeur, présent sur le plateau, homme orchestre d’une symphonie occulte. L’univers vidéo est venu compléter mon instinct, jouant sur les codes et les symboles d’un mythe riche en échos picturaux dans l’Histoire de notre civilisation.

L’immersion totale est à présent possible et cette descente vertigineuse dans les profondeurs de l’âme humaine peut convoquer l’imaginaire avec fantaisie, irrévérence, humour et émotion.

Gaële Boghossian

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