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Escurial

mise en scène Baptiste Febvre

:Présentation

Escurial est le texte d'un dramaturge que le public français a porté aux nues puis complètement oublié pour les mêmes raisons : il a été reçu comme un auteur barbare, d'un autre temps.
Un roi fasciné par la mort et un bouffon victime d'insomnies, amoureux d'une reine à l'agonie. Tel est l'univers de Ghelderode, écrivain obsessionnel.
Hanté par les présences d'une reine et d'un bouffon « taciturne(s) et vindicatif.ve(s)» , un roi veut rire malgré les circonstances. Il joue avec la mort et les morts reprennent vie, marionnettes animées par la reine, pour une farce profonde et brève aux accents tragiques.
Escurial est une hallucination cauchemardesque où la marionnette portée et la marionnette à gaine se retrouvent confrontées à l'acteur de chair.


Des cloches- des chiens – la Mort – Cauchemar. Ces quatre mots lancés par le roi comme une incantation et répétés inlassablement par lui sont pour moi la clef du texte de Michel de Ghelderode. Nous vivons le cauchemar d'un homme hanté par la mort, qui en note partout les signes. Les cloches et les chiens sont ses messagers, les vecteurs de la parole d'un Dieu muet, probablement assassiné et d'un peuple moribond et muselé.
Escurial est un texte plein de symboles, qui fait des allers retours incessants entre le trivial et le métaphysique. Il m'a poursuivi pendant plusieurs années et j'avais du mal à comprendre comment une écriture aussi connotée, enflée et ressassante ainsi qu'un univers macabre et daté pouvaient ouvrir chez moi un tel imaginaire et m'inspirer autant de beauté, de colère et de pitié. Je crois que c'est parce que, malgré les apparences, Escurial ne parle d'aucune époque, que ses figures sont plus qu'humaines. Ce sont des monstres, des démons, des fantômes.
Ghelderode a plongé son œuvre dans la peinture flamande. Il fallait que le plateau porte cette plasticité et cette étrangeté si présentes dans son univers. La marionnette portée est alors apparue comme un outil pertinent. Elle est cette matière concentrée de l'homme, qui possède son propre corps et qui par son essence est à la fois matériau concret et apparition fantastique. La présence de la manipulatrice, liée intensément à son objet était pour moi la meilleure façon de rendre compte du seul amour présent, de cette vie donnée pour un autre, de cette impossibilité pour le bouffon d'Escurial de vivre sans la reine. Folial, maître des bêtes, devait par son statut, être autre chose qu'un humain, il est homme autant que chien.
La présence de marionnette à gaine devait à la fois aborder la violence de certains passages, la rendre comique et en même temps donner à voir ce que le roi refuse d'abord de montrer. Raconter une autre version des faits, rendre à cette forme plus populaire sa dimension subversive.
Pour moi, Escurial est la tragédie d'un amour inavouable, d'un tabou qui mène à la mort et à la solitude. En cherchant toujours la farce qui existe dans le texte, j'ai voulu saisir ces tentatives maladroites de déclarations d'amour que le roi s'interdit. La reine, fantôme agitant une dépouille, va finalement infliger dans une dernière image la sentence à celui qui s'interdit d'aimer. Elle va mettre le roi face au temps qui, ajouté à la comédie, devient tragédie.

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