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Ekatérina Ivanovna

mise en scène David Gauchard

:Note du metteur en scène

Ekatérina Ivanovna
Quand le sol se dérobe.

Décaler, mettre à mal notre logique, ne pas donner d’explication, nous entraîner dans un monde qui vacille. Un couple tombe et une âme humaine est en train de sombrer dans la boue, mais la boue d’Andreïev sera toujours plus noire que celle des autres (Strindberg, Tchekhov, Ibsen).
Ekatérina Ivanovna, accusée à tort d’adultère par son mari Guéorgui Dmitrievitch, va glisser doucement vers une débauche sans limites et sans fin. Le couple explose, c’est une onde de choc qui grandira d’acte en acte. Enfants, mères, frère et soeur, ami, témoins et les profiteurs, tous seront irradiés.

Andreïev est une personnalité dérangeante et provocante.
Ses nouvelles sont terribles (La pensée, Le Gouffre, Dies Irae…).
Il nous pousse dans nos retranchements, souvent avec arrogance, il nous amène au bord du précipice et nous laisse alors entrevoir le chaos, l’apocalypse.

L’acte I sera direct, frontal, au premier plan, droit dans les yeux du public.
Eviter à tout prix une situation vaudevillesque.
Rien que les mots et la situation : une maison qui s’écroule, et des enfants que l’on réveille en pleine nuit pour partir.
J’ai connu moi-même une situation d’enfance terrible, un soir où tout bascule, où le sol se dérobe :
Une nuit, une querelle conjugale à la maison tourne mal. Ma mère prend peur, elle nous réveille dans la nuit, mon frère, ma soeur et moi, et nous invite à fuir la maison en courant. Nous nous cachons dans le village sans tout comprendre. Maman nous protège de toutes ses forces, on dirait qu’elle a vu le diable. Deux phares de voiture traversent avec fureur le village sombre et désert, c’est mon père qui nous cherche. Nous finissons, rasant les murs, par échouer chez une amie de la famille. Nous dormons sur place.

L’acte II sera du point de vue des enfants. Je souhaite avoir deux enfants sur le plateau. En tant qu’”enfant du divorce”, j’ai l’intuition que leur présence innocente va accentuer encore le malaise qui commence à apparaître. La découverte de cette relation improbable entre Ekatérina Ivanovna et Mentikov et surtout cette réconciliation avec le mari que l’on sent si fausse.
J’ai choisi une photo du fils ainé de Léonid Andreïev, Vadim, pour visuel de notre affiche. Cette photo trahit un peu l’angoisse du fils lorsque le remariage du père dressa une barrière entre eux.

L’acte III, c’est l’atelier du peintre Koromyslov, l’ami de la famille qui tient salon chez lui. Là où se trouve la fenêtre, cette fameuse fenêtre d’où l’on peut se jeter pour mettre fin à l’Insupportable ; cette fenêtre chère à Dostoïevski dans La douce… Cette « sortie » qui aurait suffi à Strindberg ou Ibsen pour clôturer une de leurs pièces, elle existe : c’est celle de la tour Ivanov à St Petersbourg. J’ai eu la chance en 2001 de voir cet endroit qui autrefois abritait les chaudes soirées poésie de l’époque et qui aujourd’hui appartient à la mafia…
Andreïev nous emmène à présent dans le petit monde des «artistes» ; un monde où la morale et les moeurs sont a priori si différents des gens normaux. Là, nous comprendrons peut-être pourquoi un si beau couple a déraillé.
Koromyslov questionne Lisa sur sa soeur, Ekatérina, sur son couple avec Guéorgui. Mais Lisa ne sait rien. On la presse d’aller au théâtre, pour mieux lui masquer la grande désillusion qu’est «la vraie vie». Puis arrive Ekatérina, Katia, qui veut l’amour du peintre. On apprend au fur et à mesure qu’elle va de bras en bras, même Alexeï le frère de son mari semble avoir été sa cible. Elle rebondit aveuglément d’homme en homme comme quelqu’un de camé. Koromyslov, sensé être l’homme le plus perverti au monde, semble en avoir des nausées. Arrive dans un troisième
temps Guéorgui, le mari. Il vient lamentablement se plaindre à son ami. Si seulement nous avions le courage des oiseaux… C’est trop insupportable pour tout le monde. Alors on ment. On regarde la fenêtre. Un gouffre.

Dans l’acte IV, Andreïev nous embarque de manière abrupte dans une véritable bacchanale. Nous sommes en enfer chez Jérôme Bosch. Tous les protagonistes de la pièce sont là. Impuissants. Ekatérina pose quasi nue devant tout un parterre de petits peintres, musiciens et politiciens à la mode. Elle est là en pâture devant une meute de hyènes alcoolisées et affamées, qui l’emmènent dans une nuit que l’on imagine sans peine pleine d’ivresse et de débauche pour la dévorer…

et personne n’y fait plus rien, car le monde est ravagé.

Je souhaite travailler ici avec les acteurs sur la vérité des situations, chercher au plus profond de chacun la sincérité. C’est une situation d’urgence, le monde vacille, comme chez Ophélie : c’est l’inversion des pôles, rien n’est stable ou normal sous le vernis. Nos vies sont fragiles et nos couples si instables. Il faut jouer vite ce texte, ne pas tomber dans le piège d’une lenteur psychologique à la russe. Non, nous n’avons pas le temps. Les trois coups de feu du début ont lancé le compte à rebours, la terre va exploser sous peu.

Je veux des corps conscients de cette urgence à vivre. Pleurer, rire, courir, crier, danser encore une dernière fois avec grâce ou laideur, sans jugement car comme dans Melancholia de Lars Von Trier, il est déjà trop tard.

David Gauchard

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