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Dom Juan

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:Ecritures scéniques

LA SCÉNOGRAPHIE : UN UNIVERS FÉÉRIQUE

En pénétrant dans la salle, les spectateurs découvrent le plateau  : vaste espace brut qui signifie que le théâtre se montre. Il est fait d’artifices qui soulignent son aspect spectaculaire. Sur la scène, des comédiens, des régisseurs son, lumière et plateau circulent entre les décors et discutent. Ce sont les artisans de ce spectacle conçu par trois scénographes. Le décor est constitué de boules magiques, boules de cristal, sphères de toutes tailles qui descendent des cintres à des hauteurs diverses. Elles symbolisent la galaxie, les planètes mouvantes et les étoiles sous la voûte bleue vertigineuse de notre terre. Clin d’œil à Galilée, astronome, physicien et philosophe qui a défendu la conception suivant laquelle la Terre tourne autour du Soleil. Le sol, un plancher en bois fait de lattes qui se démontent et volent même en éclat est un rappel du théâtre de tréteaux. Sganarelle surgira « des dessous » c’est-à-dire sous le plancher de scène, par une trappe, créant un bel effet de surprise.
Dans les airs, un prompteur lumineux décline un compte à rebours  : soixante trois occurrences du terme  «  Ciel  » qui représentent le dieu réprobateur et la punition à venir de Don Juan l’impie, l’effronté irrespectueux des dogmes. Il finira précisément foudroyé par le Ciel ! Le prompteur indiquera aussi que la scène dite du « pauvre » avait été censurée en 1665, au moment de sa création.
La scène de la mer, relatant le naufrage de Don Juan n’est pas dénuée de beauté  : d’immenses toiles en plastique sont agitées et des panneaux de tissu blanc cassé sont élevés et rabaissés, plateau fortement incliné, figurant le théâtre à l’italienne et le déséquilibre dû à la tempête. Pour passer d’un tableau à l’autre le ciel s’obscurcit. Lorsque Don Juan visite le tombeau du Commandeur, représenté en gentilhomme castillan, des fumigènes sont utilisés, marquant l’irruption du spectaculaire et du merveilleux propre à l’esthétique baroque. Moment d’autant plus solennel que sur de grands socles blancs des statues antiques jalonnent son parcours.
La scénographie inventive et festive caractérise le théâtre de tréteaux, théâtre burlesque, musical, poétique et spectacle forain. Cette mise en scène tient tout à la fois du théâtre à machines, puisqu’il accorde une grande place aux effets spectaculaires, et du théâtre baroque où le monde est mouvant, reflet de l’instabilité et de l’agitation de Don Juan qui se plaît à effectuer des allées et venues du plateau à la salle. La musique du film d’Alfred Hitchcock, La mort aux trousses, accentue l’état d’urgence dans lequel vit le cynique libertin.

DU THÉÂTRE QUI DÉBORDE DE L A SCÈNE

Le jeu des comédiens traduit une volonté de  «  déborder  » de la scène pour être proche du public. Sganarelle, juché sur un tabouret blanc, fait l’éloge du tabac au cours d’une adresse faite face public, n’hésitant pas à actualiser le propos par l’injonction : « Éteignons tous nos portables ! ». Le valet bavard adopte un jeu clownesque. De plus chaque fois qu’il nomme son maître, un coup de cymbales retentit, clin d’œil au cirque. Le metteur en scène affirme sa volonté de  «  casser l’effet de quatrième mur », ce mur imaginaire qui sépare la scène des spectateurs, en faisant arriver Don Juan de la salle. Il s’arrête devant le premier rang, s’adresse à trois spectatrices en leur demandant leurs prénoms, offrant même un bouquet de fleurs à l’une pour lui reprendre aussitôt et le donner à une autre ; le débauché infidèle séduit toujours dans la cruauté ! Sans honte, il se joue de toutes les femmes.
Nicolas Bouchaud incarne Don Juan, vil séducteur, dandy qui agit en esprit libre. Il est le précurseur du Marquis de Sade, dont l’œuvre, La philosophie dans le boudoir, est inscrite sur le prompteur. Il défie la mort mais cherche toujours à séduire les femmes et le public dans son impérieuse quête. À la place de l’entracte, il propose de chanter Sexual Healing de Marvin Gaye  ! Don Juan devient même chanteur de charme. Sganarelle, lui, chantera – ironiquement - Les Passantes mises en musique par Brassens.
La troupe de Sivadier est constituée de six comédiens seulement pour incarner les treize personnages. On admire la virtuosité de tous ces comédiens, qui révèlent un plaisir dans le jeu et un plaisir à jouer avec le public. Sivadier propose un théâtre de la liber té qui retrouve l’esprit de troupe si cher à l’illustre Molière.

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