Ne plus afficher cette publicité - Je m'abonne - Je suis abonné(e)
Accueil de « Détails »

Détails


:Entretien avec Frederic Bélier-Garcia

Propos recueillis par Pierre Notte

« Le diable se cache dans les détails »... Détails, est-ce une pièce diabolique ?

Oui, Détails est pièce diabolique, comme un tour de magie, ou comme une anamorphose  : plein de petits riens finissent par dessiner la vie, selon l’angle sous lequel on les observe. Norèn le dit, Détails est une pièce faite de détails réalistes qui finissent par composer une fresque fantastique. C’est une pièce sur les détails, les petites choses de la vie dont on se souvient. De quelle mémoire viennent ils ? Qui s’en souvient ? L’auteur de la pièce  ? Nous  ? Les personnages  ? L’auteur qui figure dans la pièce  ? La pièce se joue de nous. Comme toute mémoire, elle est pleine de fictions, de fantaisie, et de rêves. De quoi parle-t-elle  ? Bien sûr, elle raconte des années 90. En Europe de l’Ouest. Quelque part, dans le monde occidental. Une période où l’on s’est aimé, où l’on s’est séparé, peut-être plus, peut-être différemment que jamais ailleurs.

Est-ce une épopée, un drame intime, une comédie féroce ? Une mosaïque ?

Les trente scènes,  «  scénettes  » qui la composent, sont comme les détails d’une grande photo, d’un grand tableau, trop grand, comme notre vie, pour qu’on l’envisage globalement. On se raconte notre propre vie ainsi, sautant d’un détail à l’autre, certains joyeux, d’autres malheureux que l’on colle maladroitement pour essayer de donner une trame ou un visage à tout ça. C’est pourquoi dans la pièce, chaque scène débute par la dernière phrase de la scène précédente. Et ces différents éléments finissent par s’assembler en une seule et même image. Cette grande image, quand on est honnête, ressemble ni à une joie ni à une douleur, mais plutôt, comme le dit Norén à un sourire triste, curieux mélange de rire et de douleur.

Qui sont ces jeunes gens des années quatre-vingt-dix ?

Parlent-ils aussi d’aujourd’hui ?C’est un quatuor d’hommes et femmes entre Stockholm, New York, Florence. Des hommes et des femmes qui tentent de s’unir ou/et de se séparer. Ils sont tous occupés par la recherche d’un bonheur, qu’ils n’ont pas su trouver ou n’ont pas su conserver. Comme dit Norén, « Après les grands desseins viendrait le temps des détails. » Une fois le grand destin commun perdu, il ne nous reste que des moments de vie éphémères, terriblement fragiles et périlleux. Chacune de ces scènes est universelle : quelle femme n’a pas essayé à un moment fébrilement d’avoir un enfant ? Combien d’hommes aussi ? Tomber amoureux, beaucoup d’entre nous ont quitté des gens qu’ils n’auraient pas dû, se sentir coupable ou regretter  ;  et finir par vivre dans un petit monde, culturel ou autre, où vous pouvez retrouver votre ancien amour au bras de votre meilleur ami. Le monde occidental est devenu cela dans les années 90, au tournant du siècle. Norén chronique un curieux cataclysme. Car il y a bien eu une apocalypse, mais pas celle que l’on attendait pleine d’effroi et de flammes. Ce fût une apocalypse sourde où (le) tout s’est diffracté, tout a implosé. Tout le monde s’est perdu dans l’intime. Ça a été notre guerre à nous, notre combat. Le monde est devenu plus petit, plus fragmentaire, plus rapide, plus incompréhensible. Chacun s’y est usé, fatigué, certains y ont succombé, d’autres ont survécu...

Mettez-vous en scène une comédie ? La satire sociale d’un milieu cultivé ? Un mélo ?

Une comédie. Quel est le genre d’un  «  sourire triste  »  ? La comédie. Bien sûr, la pièce raconte les années 90 avec en fond d’écran la guerre en Yougoslavie, l’arrivée de la mondialisation, le Sida... Mais Norén n’est pas un historien, plutôt un sismographe du moment. Comme Houellebecq, il radiographie le mouvement du temps dans le passage du café crème au Caffé Late, ou le développement du vélo d’appartement, ou les joies de la pornographie... C’est dans ce changement de point de vue, de focale, entre le grand monde et l’intime, qu’on passe avec lui pêle-mêle de la tragédie à la comédie. Le tout est tragique, le détail est comique.

imprimer en PDF - Télécharger en PDF

Ces fonctionnalités sont réservées aux abonnés
Déjà abonné, Je suis abonné(e) Voir un exemple Je m'abonne

Ces documents sont à votre disposition pour un usage privé.
Si vous souhaitez utiliser des contenus, vous devez prendre contact avec la structure ou l'auteur qui a mis à disposition le document pour en vérifier les conditions d'utilisation.