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: Le texte

par Samuel Valensi et Paul-Eloi Forget

Ce projet est né de deux interrogations : la première sur ce qui fait théâtre, la deuxième sur ce qui fait démocratie.


Avec Coupures, nous souhaitions obtenir un objet purement théâtral, impossible à transposer à tout autre format qu’il soit cinématographique ou littéraire. Nous voulions retourner à l’essence de ce qui fait qu’une œuvre et une salle font corps : unité de lieu, de temps, absence totale de quatrième mur. Nous imaginions aussi ce texte à trames multiples, où le public serait amené à voter pour influer sur le cours de l’histoire. Tout ceci nous paraissait pertinent pour donner aux spectateurs et aux spectatrices l’occasion de se positionner quant au progrès qu’ils désirent, nous voulions permettre aux citoyens de prendre part, différemment, au débat public. Mais il fallait traduire tout cela en enjeux personnels, l’incarner.


Voilà comment est née cette idée de conflit entre un maire et une assemblée citoyenne. Un maire qui aurait imposé une certaine vision du progrès à ses concitoyen•ne•s ; un maire qui, pris dans un dilemme moral, devrait arbitrer entre les priorités de son temps : intérêts personnels ou intérêts communs, économie ou écologie. Le conflit était alors évident : face à lui, un groupe en colère, demandant, le temps d’un soir, à infléchir le cours de sa décision. Un public acteur. C’était une idée intéressante mais qui avait un défaut, un défaut de taille : elle ne traduisait rien de notre temps. Car le grand public ne se prononce presque jamais sur le progrès qui s’impose à lui.


La controverse actuelle autour de la 5G nous a alors semblé passionnante. Jusqu’ici les tensions sur cette technologie se cristallisent sur des enjeux techniques, sociaux ou sanitaires. Pour chacun de ces enjeux s’opposeraient deux visions de la société : la première serait celle des « conservateurs » réfractaires à toute idée de changement (« Amish », pour certains), la seconde serait celle des « libéraux », persuadés que le progrès technique serait un bienfait en soit.


La réalité est certainement beaucoup plus complexe, mais surtout, il nous apparaissait que la question la plus sensible n’avait tout simplement jamais posée : celle du débat démocratique. Car le progrès promis n’a jamais fait l’objet d’une consultation éclairée ni d’un vote des citoyen•ne•s qui sont les premier•e•s touché•e•s. Car que pourrait-on bouleverser de plus intimes que nos moyens de communiquer les un•e•s avec les autres ? Il nous fallait donc raconter deux histoires : une au présent, une au passé.


Au présent, l’histoire de ces citoyen•ne•s qui veulent être entendu•e•s : unité de lieu, de temps, absence de quatrième mur et une œuvre participative.


Au passé, l’histoire d’une décision prise sans eux : le drame de ce maire dont le pouvoir peut sauver ses proches, la difficulté de représenter le peuple dans la solitude, un dilemme moral entre pouvoir et devoir. Là, le quatrième mur existe et le dialogue est impossible. Ce texte est une interrogation sur la place que nous occupons, et celle que nous n’occupons pas, dans le débat démocratique.


C’est l’histoire de ces Coupures entre les citoyen•ne•s et leurs représentant•e•s, Coupures dont nous souffrons tou•te•s.

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