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Catoblépas

+ d'infos sur le texte de Gaétan Soucy
mise en scène Denis Marleau

: Mot du metteur en scène

" (…) Honorable cour de justice ! Les liens de sang sont les plus forts de tous. Mère et enfant, existe-t-il une relation plus intime ? Peut-on arracher un enfant à sa mère ? Honorable cour de justice ! Elle l'a conçu dans les saintes extases de l'amour, nourri de son sang, mis au monde dans la douleur. Honorable cour de justice ! On a vu comment même la sauvage tigresse à qui on a ravi ses petits, erre sans repos de par les montagnes, amaigrie au point de n'être plus qu'une ombre. La Nature elle-même… "
Le premier avocat
Bertolt Brecht, Le Cercle de craie caucasien


Et le juge Azdak de dessiner un cercle de craie au sol, de placer l'enfant au centre et de déterminer laquelle entre deux femmes est la mère selon celle qui pourra tirer l'enfant hors du cercle. Comme dans le jugement de Salomon, la vraie mère renoncera à ce duel et à l'enfant de peur de déchirer celui-ci… Catoblépas pourrait se ramifier à cette même source biblique car il porte précisément sur deux femmes qui se disputent la maternité d'un enfant mais il n'y aura pas de tierce sagesse pour trancher et déterminer la vérité. Dès lors, tout est possible et peut aller jusqu'au sacrifice ultime… Les prémisses de la tragédie se campent simplement. Alice cherche son enfant depuis plus de vingt ans. Sur son chemin, elle croise une femme qui s'est occupée de l'enfant retrouvé pendant toutes ces années. Cette femme, une religieuse, doit demander une faveur à Alice. C'est tout. Mais cette rencontre fera éclater des histoires anciennes, trop longtemps réprimées. Histoires parallèles qui se déroulent sur toute la longueur de ce passage étroit de la rencontre / duel entre les deux femmes et qui révéleront les béances de leur vie et les sursauts de leur mémoire. Personnages écartés du monde, elles n'ont plus que les mots pour survivre et faire exister ce fils étrange, difforme et monstrueux. A l'image de leur amour pour lui…


Pour rendre compte de cette première prise de parole théâtrale d'un auteur dont les romans m'ont fasciné, j'ai voulu qu'elle se déroule et se déploie le plus simplement possible, par la voix et la seule présence des actrices Annick Bergeron et Ginette Morin, au plus près de nous. Il n'y a rien à ajouter à ces récits foisonnants qui nous donnent tout à imaginer. Soucy nous offre un texte-parcours qui nous entraîne dans les sinuosités profondes, obscures et mythologiques des êtres. Une œuvre tendue comme un arc, entre le romanesque et le théâtre, entre les fols espoirs et la mort des illusions, entre l'exclusion et l'appel de l'autre…

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