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Avalanche

mise en scène Isabelle Gyselinx

:La Pièce

Dans la crainte d’une avalanche, un petit village cerné de montagnes vit neuf mois sur douze figé dans le silence. Dans le but de protéger la communauté contre cette catastrophe naturelle, véritable épée de Damoclès au-dessus des têtes, un régime d’oppression règle tous les actes de la vie. Même l’intimité est strictement codifiée. Mariage, vie sexuelle et accouchements sont planifiés selon un calendrier précis. Ce n’est qu’après la fonte des neiges, lorsque le danger s’est éloigné, que les bruits de la vie sont autorisés. Le bétail est ramené au village. Cris, détonations d’armes, noces, accouchements : chacun peut alors se livrer à une débauche de bruit sans provoquer la mort collective. Mais pour trois mois seulement. Le reste de l’année ne supporte que le murmure. Et chacun suffoque, terrorisé à l’idée que le moindre bruit n’entraîne la catastrophe.

Ainsi la communauté se maintient au fil du temps, soudée dans le respect des traditions, le silence et la peur. La seule manière d’échapper à cette atmosphère étouffante, c’est de partir pour élever ses enfants sans leur faire subir la peur. Cette peur « qui aveugle et empêche de penser ». Cependant, même ceux qui partent n’échappent pas toujours à la spirale de l’éternel retour. Les jeunes reviennent chaque saison pour apporter des vivres à ceux qui restent et lorsqu’ils sentent approcher l’heure de leur fin, ils font souvent le choix de revenir mourir au pays. Pourtant, dans la communauté, on se souvient encore de cette femme qui fut enterrée vive parce qu’elle menaçait d’accoucher avant l’heure, et de cet homme tué parce qu’il était obsédé par le désir fou de hurler pour en finir une fois pour toutes avec le silence et la crainte permanente de la mort.

C’est dans ce contexte que trois couples - trois générations vivant sous le même toit - vont être confrontés au drame. La jeune femme est en effet sur le point d’accoucher avant terme. Pourtant, le couple a respecté à la lettre toutes les conditions du calendrier dicté par les Anciens. Les douleurs des contractions ne laissant plus de doute sur l’échéance, la famille est acculée à l’inévitable : appeler la sage-femme, qui se verra dans l’obligation de réunir le Conseil du village. Le verdict est formel : tant que l’abreuvoir n’est pas rempli par l’eau de la fonte des neiges, les cris de la jeune femme et ceux de son bébé risquent de provoquer l’avalanche. Pour garantir la sécurité de tous, elle doit être éliminée.

Devant la violence et l’absurdité de cette loi inhumaine, le futur père conteste les règles, et s’emparant d’un fusil, empêche les miliciens d’emmener sa femme. Cet acte de résistance, applaudi par le vieux qui partage avec son petit-fils le même sens de la révolte, permet à la femme d’accoucher. C’est alors que le cri du nouveau-né retentit comme un immense rire salvateur. L’avalanche n’a pas lieu. Les tirs de fusil se mettent à crépiter pour saluer la victoire sur la peur et les lois absurdes. Le final est une violente explosion de joie après la tension de l’attente et du procès, une sorte de cérémonie rituelle, saluant l’arrivée du printemps et celle du premier bébé né de la résistance et de la liberté.

Phénomène naturel connu dans certaines régions de l’Anatolie orientale, l’avalanche offre à l’auteur une situation symbolique, transposable dans n’importe quel contexte où le pouvoir politique opprime l’individu - Tuncer Cücenoğlu le mentionne explicitement : Avalanche peut se dérouler n’importe où-, ainsi qu’un cadre poétique pour exprimer la quête de liberté et d’une vie meilleure.

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