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Au Bois dormant

+ d'infos sur le texte de Marie Desplechin

:Le regard extérieur

Marie Desplechin et Thierry Niang vont travailler ensemble et m’ont demandé d’être pour eux un regard extérieur.
C’est quoi un regard extérieur ?
Comme son nom l’indique, c’est quelqu’un qui regarde de l’extérieur. De l’extérieur du travail, de l’extérieur des choses, quelqu’un qui, délivré du fardeau du travail et du « que faire » et « comment le fabriquer », se met simplement à dire : voici ce que je vois, voici ce que je ne comprends pas, peut-être qu’il faudrait mettre les morceaux que vous avez assemblés dans un autre ordre, autrement, peut-être dans un autre espace, une autre lumière. Quelqu’un d’agaçant, qu’on a parfois envie de ne pas écouter mais dont nous savons tous qu’il est nécessaire. Regarder, écouter, juste dire ce qu’on voit et qu’on comprend, proposer à l’occasion une idée, un parcours, des questions. Thierry Niang, m’a fait donc cette proposition inhabituelle pour moi et stimulante : être cette personne qui regarde et qui s’étonne – ce qu’il a été, lui, tant de fois pour moi – celui qui ne sait pas mais qui peut aider ceux qui sont sur scène et ne se voient pas.

Donc deux personnes que je connais et que j’admire et que j’aime voir ensemble.
Marie Desplechin, dont je connais l’écriture, dont j’admire les livres et, plus encore si c’est possible, la personne qu’elle est, son regard sur les gens, son aptitude à raconter le réel avec son humour et sa vitalité. Une amie avec qui j’espérais pouvoir travailler un jour, avec elle, autour d’elle, sans savoir comment.
Et Thierry Niang, dont je connais le travail depuis quelques années maintenant et qui m’a accompagné dans les trois derniers spectacles que j’ai faits, Così fan tutte, De la Maison des Morts et Tristan et Isolde. Trois opéras où il s’agissait toujours pour nous de faire parler les corps. Ma découverte de son travail : la particularité de son trajet, sa connaissance du plateau, l’acuité de sa pratique - stupéfiante quand on le voit travailler avec les enfants autistes qu’il amène à la danse, à une forme de langage et de réponse rien qu’en dansant avec eux. La beauté tranquille de son langage chorégraphique, sa capacité à faire improviser des acteurs, à savoir regarder les gens – acteurs, chanteurs, tous. Gratitude pour ce travail commun que nous avons fait cette année à Vienne et Aix-en-Provence, cette Maison des Morts de Janacek avec Pierre Boulez dont nous avons fait la mise en scène ensemble, attentifs, je crois, l’un à l’autre, prenant soin toujours de regarder ce que faisait l’autre, ce qu’il aimait et ce qui le dérangeait.

Et ces deux personnes-là vont travailler ensemble aujourd’hui, et voici qu’elles m’ont demandé de les regarder, simplement de dire ce que je vois, ce que j’imagine, non pas pour me substituer à eux, mais juste proposer des pistes, une dramaturgie peut-être, imaginer un espace avec eux, des lumières. C’est un travail désintéressé et nouveau, je ne l’ai jamais fait pour personne et j’ai eu envie ici d’accepter. C’est la compagnie de Thierry Niang qui fait tout, Marie et Thierry parlent, se parlent, les enfants autistes les réunissent, l’une écrit, l’autre danse, et moi, je me rajoute.

Et je les regarde.

Patrice Chéreau

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