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Séminaire : Une invention de la langue et du théâtre / roman ?

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à propos du Drap d’Yves Ravey

avec
Muriel MAYETTE administrateur général de la Comédie-Française
Hervé PIERRE sociétaire de la Comédie-Française
Yves RAVEY auteur du Drap
Laurent FRÉCHURET metteur en scène du Drap au Théâtre du Vieux - Colombier
Wolfgang ASHOLT professeur à l’Université d’Osnabrück (Allemagne)
Bruno BLANCKEMAN professeur de Littérature XX / XXIe siècles à l'Université de la Sorbonne Nouvelle - Paris III
Joël JOUANNEAU metteur en scène (sous réserve)

Débat animé par Isabelle RÜF journaliste littéraire pour le quotidien suisse Le Temps

Séance du séminaire de recherche doctorale du Ceracc (Centre d'Études sur le Roman des Années Cinquante au Contemporain), codirigé par Marc Dambre et Bruno Blanckeman de l'Université de la Sorbonne Nouvelle Paris-III. Avec le soutien de la Maison des Écrivains et de la Littérature.


« J’ai demandé à mon père pourquoi il m’avait abandonné en lui disant mon père pourquoi me laisses-tu seul ? Personne ne répondait sinon des étrangers à l’intérieur des romans, qui parlaient à des ombres dans cet état nommé littérature. L’état littéraire, c’est ton cerveau et ton coeur qui mesurent ce qui t’éloigne de la mort de ton père. La littérature, ce n’est pas une somme, c’est une fleur, un trait de plume sur une fleur, c’est la maladie, c’est le souvenir, une mise au tombeau. C’est dans le ciel des points lumineux qui remplissent ta bibliothèque.
Il y avait ce silence dans sa chambre, des armoires pleines de linge inutile désormais, des habits d’enfant, des chemises. Les murs étaient nus ; pas de fleurs. On m’a donné l’autorisation d’écrire sur ces murs des lignes sans fin. Je ne sais qui m’a permis de remplir ce vide. Mes livres sont les murs vides de la chambre de mon père. »
Yves Ravey, Pudeur de la lecture


Une invention de la langue et du théâtre / roman ?
à propos du Drap d’Yves Ravey
par Wolfgang Asholt

Les pièces de théâtre et les romans d’Yves Ravey se situent dans un espace particulier entre le unheimlich de la poésie et celui de la vie réelle. Ces deux univers, normalement séparés, s’interpénètrent pour permettre un travail de deuil de notre (post-) modernité, de l’évocation de la Shoah dans des pièces comme La Concession Pilgrim (1999) (mise en scène au Studio-Théâtre de la Comédie-Française par Joël Jouanneau) ou le roman Alerte (1996) jusqu’au quotidien des années 1960 dans L’Épave (2006) ou d’aujourd’hui dans Bambi bar (2008), Enlèvement avec rançon (2010) et dans la pièce de 2005, Dieu est un steward de bonne composition. Cette étrangeté s’installe grâce au style minimaliste d’une implacable précision qui nous fait découvrir le monde tenu pour connu de la deuxième moitié du XXe et des débuts du XXIe siècle, comme un univers beckettien qui n’attend même plus quelque chose ou quelqu’un.
Et c’est ainsi que les textes d’Yves Ravey nous font découvrir un réel dégagé de tout recours métaphysique, idéologique ou esthétique, un réel caractérisé par une violence nue et omniprésente. En présentant ce réel tel quel, sans l’expliquer et sans embellir les illusions perdues, Yves Ravey entreprend une autopsie de notre époque dans toute son étrangeté.
Le Drap montre cette situation à l’exemple de la disparition inéluctable du père d’un jeune garçon qui renvoie avec l’histoire familiale dans sa banalité cruelle et violente à l’histoire sociale d’un monde aujourd’hui disparu et dont nous portons encore les cicatrices. La blancheur du drap qui renvoie aussi à la composition de Malévitch ne couvre pas seulement le corps du malade et du mort, ce linceul est à l’image de l’écriture d’Yves Ravey, enlevant avec les couleurs toute tentative de signification/justification. Mais avec le travail de l’écriture, comme l’exprime Yves Ravey, « le souvenir, c’est le texte » (L’acteur est dans sa bibliothèque, texte non publié, écrit à l’occasion d’une lecture publique du Drap au Théâtre de Sartrouville en 2008). La mise en parole de ce texte par Hervé Pierre fait qu’il « porte dans son souffle l’humanité en héritage ». Et est-ce qu’on peut demander plus à un écrivain d’aujourd’hui ?