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Simon McBurney

Royaume Uni

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Présentation

À la question : « Pourquoi avez-vous choisi le théâtre ? », Simon McBurney répond que c’est le meilleur moyen qu’il ait trouvé pour se questionner sur ce qu’il ne comprend pas – que ce soit dans la vie, dans les comportements humains, dans le fonctionnement du cerveau, mais aussi dans la société, la politique, l’histoire et même la préhistoire. Sa passion jamais démentie pour le spectacle semble aussi très liée au mystère qui le régit, à l’énergie qu’il impose. Le champ artistique de ce magistral « raconteur d’histoires », comme il se définit lui-même, ne connaît pas de limites. Si Simon McBurney s’impose comme un incroyable concepteur d’images scéniques, la puissance de son théâtre réside avant tout dans la profonde humanité qui s’en dégage. Pour lui, le théâtre doit être intrinsèquement humain, vivant, en mouvement, en aucun cas muséal ou répétitif. Il doit être le point de rencontre entre un artisanat traditionnel du plateau et des techniques nouvelles et sophistiquées, afin qu’advienne une polyphonie combinant les mots, les images, la musique, les idées et les histoires, tout en offrant aux acteurs un véritable espace de liberté. Une polyphonie au service du texte et du récit qui converge vers un point ultime : la création d’une émotion que seul le théâtre peut faire naître.

Les spectacles que Simon McBurney met en scène avec sa compagnie Complicite s’appuient sur des textes qu’il écrit lui-même ou des oeuvres d’autres auteurs qu’il adapte, tels Bruno Schulz (La Rue des crocodiles, 1992), John Berger (Les Trois Vies de Lucie Cabrol, 1994), Haruki Murakami (L’Éléphant s’évapore, 2003) et Junichirô Tanizaki (Shun-Kin, 2008). Mais Simon McBurney aime également s’emparer des classiques pour les revisiter : Conte d’hiver de Shakespeare monté en 1992, Le Cercle de craie caucasien de Brecht créé au National Theatre de Londres en 1997, Les Chaises de Ionesco présenté dans le West End à Londres et sur Broadway à New York en 1998, La Résistible Ascension d’Arturo Ui de Brecht, créé en 2002 à New York avec Al Pacino dans le rôle-titre, Mesure pour mesure de Shakespeare créé au National Theater de Londres en 2004, Ils étaient tous mes fils d’Arthur Miller donné à Broadway en 2009 ou encore Fin de partie de Beckett monté en 2010.

Qu’il soit basé sur un classique, une adaptation ou un texte écrit par Simon McBurney, chaque projet nous parvient avec une étonnante clarté, résultat d’une vision personnelle et précise de l’oeuvre conjuguée à une exploration iconoclaste. Car même s’il emprunte des chemins de traverse, le travail de Simon McBurney est toujours resté passionnément fidèle à l’auteur, au texte et aux pensées qui le sous-tendent. Il ne suffit pas, selon lui, d’avoir des idées ou des questions à proposer aux spectateurs, il faut aussi de l’habileté et de l’imagination pour faire vivre sur le plateau des narrations capables de mettre tous nos sens en éveil. Quelle que soit l’histoire racontée, quel que soit le sujet abordé, il importe toujours de chercher la précision des détails, la justesse du geste et du mot, la méticulosité des enchaînements pour que l’enchevêtrement des récits ne brise pas le lien avec le spectateur. Un enchevêtrement assumé pour exprimer toute la complexité des mécanismes de la mémorisation dans Mnemonic (1999) ou pour rendre vivante et joyeuse la science mathématique dans A Disappearing Number (2007). Son ouverture et sa curiosité l’amènent naturellement à voyager, à sillonner le monde avec ses spectacles mais aussi à créer dans d’autres pays, comme au Japon où il monte deux spectacles : The Elephant Vanishes et Shun-Kin.

« Complicite ignore les frontières et les traverse sans papiers officiels », comme l’écrit John Berger, poète, romancier et critique d’art qui accompagne depuis vingt ans Simon McBurney. Le metteur en scène a monté trois de ses textes : The Three Lives of Lucie Cabrol, une nouvelle issue de La Cocadrille, présentée en 1995 au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris, To the Wedding, pièce radiophonique réalisée pour la BBC en 1997, puis en 1999 The Vertical Line, une oeuvre qui explorait l’instinct de peinture chez l’homme, de la préhistoire à nos jours, oeuvre dont ils étaient coauteurs et qui fut jouée dans une station de métro désaffectée de Londres. Cette fidélité tient sans doute au fait qu’ils partagent une certaine vision du monde. Une vision qui réunit la politique et l’art, mais qui tente aussi de révéler les multiples strates de signification qui coexistent dans tout ce qui nous entoure à chaque instant. C’est peut-être cela qui rend si unique ce grand théâtre libre, ouvert, inventif et d’une séduisante beauté que nous offrent Simon McBurney et sa compagnie, Complicite.

Ce caractère unique ne réside pas seulement dans le fait que ce théâtre porte une voix et une vision singulières, mais aussi dans le fait que, à l’instar de la musique, il opère simultanément à plusieurs niveaux. Ici, le texte et la dramaturgie, l’espace, la lumière et le son, les images, le rythme et l’action fonctionnent comme des harmonies, des contrepoints et des nuances. Et les acteurs, bien qu’uniques dans leur personnage et dans leur interprétation, tendent tous à créer un ensemble, une partition cohérente et puissante, qui peut être qualifiée d’orchestrale dans sa construction comme dans sa portée. Il n’est donc pas étonnant que Simon McBurney ait depuis longtemps noué des collaborations avec le monde de la musique. Il a travaillé avec des compositeurs et des musiciens aussi divers que Peter Maxwell Davies, Esa-Pekka Salonen, Tom Waits, The Pet Shop Boys et The Emerson Quartet, donnant naissance à des oeuvres singulières comme The Noise of Time, une étude du quinzième et dernier quatuor de Dimitri Chostakovitch présentée à l’Opéra de Paris en 2005.

Après avoir longtemps résisté aux invitations des opéras, Simon McBurney a finalement accepté de mettre en scène A Dog’s Heart, qui a connu un succès immédiat en 2010. Basé sur la nouvelle Coeur de chien de Mikhaïl Boulgakov et mis en musique par Alexander Raskatov, A Dog’s Heart a été produit par le De Nederlandse Opera d’Amsterdam, puis présenté à l’English National Opera de Londres. Il sera donné en 2013 à La Scala de Milan et plus tard au Metropolitan Opera de New York. Fort de cette première collaboration, Simon McBurney retourne cette année au De Nederlandse Opera pour y monter La Flûte enchantée. Il a également été invité par le Metropolitan Opera de New York pour mettre en scène une nouvelle pièce du compositeur argentin Osvaldo Golijov, sur un livret du cinéaste mexicain Guillermo Del Torro.

Parallèlement à ses activités d’écrivain et de metteur en scène au théâtre, Simon McBurney mène une carrière d’acteur au cinéma, en Angleterre comme aux États-Unis.