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Rodrigo García

Espagne – Né(e) en 1964

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Portrait

"Il faut que je concentre davantage et mette de la merde et du sang plutôt que l'esprit."
(Brecht, 20 août 1920)

Moraliste paradoxal, Rodrigo Garcia renoue avec les origines du rite théâtral - son rôle, ses enjeux, son impact - en ce qu'il active tous les sens du spectateur, au cours d'une expérience intime et publique à la fois. Ce théâtre attend donc - et espère - une réaction en retour: sensuelle et intellectuelle, intempestive, dubitative. On pourrait penser qu'il exagère quand il nous montre, par le menu, comment nous creusons nos tombes aveuglément et avant l'heure. Mais est-ce bien lui qui exagère, alors qu'il s'attache simplement à faire de la scène cet oeil du cyclone, espace éphémère dépositaire du bruit et de la fureur de nos société domestiques et guerrières ? Ici, l'exagération est la condition pour prendre la mesure de l'état des choses.

Rodrigo Garcia travaille à la cristallisation de nos "lieux communs", cherche le contact avec nos démons et autres mythologies contemporaines. Dans ses fables, il montre comment la publicité a infiltré tous les lieux de notre existence, se substituant à la politique et gouvernant sous son masque. Il monte et démonte ce que l'on croit connaître mais que l'on ne veut pas voir: notre implication personnelle croissante dans ce système. D'où l'étiquette de "provocateur" qu'on lui colle. A la vérité, ce sentiment de provocation n'est-il pas le signe que son travail réveille notre capacité à être des spectateurs encore vivants, capables d'émerveillement, de jugement et d'indignation ? Le jeu insolent du théâtre contre le sérieux morbide de la mascarade sociale.

Rodrigo Garcia avance sur le terrain, miné, du monde, l'éprouve, le mime, le met en jeu, l'exaspère jusqu'à le faire s'effondrer sur celui du théâtre. De cet éclaboussement périlleux surgit un art fragile et inquiet, de réflexion et de combat. En refusant la politique de l'autruche, il nous invite à ne pas à désespérer des charmes de la représentation. Comme un gage de futurs soulèvements joyeux et émancipateurs.

Depuis quelques années, il sait faire face au succès et aux sirènes de la renommée marchande. Irréductible à la mode qui l'entoure et le flatte pour mieux le dénigrer une fois la vague passée, il a su freiner la spirale d'une production exponentielle, et privilégier l'artisanat d'un processus de création en constant approfondissement.

Il n'est pas indifférent de noter que Rodrigo Garcia, à l'instar de Swift et de Brecht, qualifie ses spectacles, comme ses films et installations, de "proposition". A nous de les recevoir et d'en faire usage.

Philippe Macasdar,
Théâtre Saint-Gervais Genève, le 5 mai 2006


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