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Photo de Pippo Delbono

Pippo Delbono

Italie – Né(e) en 1959

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Présentation

« La vérité n'est pas dans un seul rêve, mais dans beaucoup de rêves » Pier Paolo Pasolini

COMPAGNIA PIPPO DELBONO

La collaboration artistique entre Pippo Delbono et Pepe Robledo, un argentin provenant du « Libre Teatro Libre » commence en 1983 au Danemark, dans le groupe Farfa, dirigé par Iben Nagel Rasmussen de L'Odin Théâtre..

Leur expérience commune s'oriente vers la recherche d'un langage qui traduit le langage de l'acteur danseur en une expérience de vie.

Comme témoignage de cette recherche naît le premier spectacle dirigé par Pippo Delbono et interprété par lui-même et Pepe Robledo : Il Tempo degli assassini, présenté en Italie en 1986 au festival de Santarcangelo.

En 1987, pendant la tournée en Allemagne, Pippo Delbono et Pepe Robledo rencontre Pina Bausch, avec laquelle ils collaborent au spectacle Ahnen.

En 1988, ils continuent de tourner dans le monde entier - plus de 500 reprises de Il Tempo degli assassini, en Suisse, en Espagne, au Pérou, au Mexique, en Argentine, en Irak.

En 1989, commencent une série de projets dirigés par Pippo Delbono, avec la participation d'acteurs et de danseurs provenant de divers domaines et expériences : Morire di Musica (1989), Il Muro (1990 avec des danseurs de Pina Bausch)

En 1992, en collaboration avec l'Université de Parma, ils réalisent les premières études sur Enrico V de William Shakespeare. Le résultat constitue une nouvelle étape dans la recherche de Pippo Delbono : une méthodologie de travail ou les participants aux ateliers sont insérés dans le spectacle, dans chaque ville ou Enrico V est représenté.

Depuis 1993, la Compagnie s'établit à Loano (Liguria) et ouvre un espace permanent de formation appelé La Danza nel Teatro.

En novembre 1995, la Compagnie présente La Rabbia, spectacle dédié à Pier Paolo Pasolini.

En 1997, débute à Napoli le spectacle Barboni, un spectacle qui naît grâce aux rencontres avec les internés de l'asile psychiatrique d'Aversa, mais aussi avec des artistes de rue et des chanteurs de rock. Le spectacle reçoit le Prix spécial UBU pour la recherche à la frontière entre l'art et la vie et le Prix de la critique 1998. Barboni rencontre un immense succès à Sarajevo, Wuppertal (chez P. Bausch), Poznan, Cuba et Lugano.

Guerra, prix de la critique 1998, constitue la suite naturelle du parcours de la Compagnie, avec les mêmes personnes rencontrées pour Barboni.

En 1999, Esodo est crée à Modena, et en juillet 2000, la compagnie, dans le cadre du Festival Orestiadi de Gibellina (Sicile) présente Il Silenzio.

Gente di Plastica est créée à Modena en janvier 2002 (prix Olimpici del teatro 2003)

En 2003, Pippo Delbono réalise un film Guerra , à son retour de Palestine. Ce film est sélectionné à la 60e Mostra de Venise (septembre 2003) dans la section Nouveaux Territoires, au Festival de Cinéma du Caire, octobre 2003 (soirée d'ouverture) et au Festival de documentaire d'Amsterdam (novembre 2003). Il obtient le prix du meilleur film au Festival de Cinéma Sulmona Cinema. Guerra a également obtenu le Donnatello 2004 du meilleur film dans la catégorie long métrage documentaire.

Le Festival d'Avignon 2004 accueille la dernière création de Pippo Delbono, Urlo. Ce spectacle qui interroge la question du pouvoir est le moment de nouvelles rencontres, à savoir Giovanna Marini et l'acteur Italien Umberto Orsini.

Le Festival d'Avignon l'invite de nouveau en 2006 avec racconti di Giugno et en 2009 avec La Menzogna. Sa dernière création, Dopo la Battaglia est créée à Padoue en 2011. Entre temps, à la faveur de rencontres, Pippo Delbono crée une petite forme "Amore e Carne" avec le violoniste Alexander Balanescu.

ENTRE L'ART ET LA VIE

« Notre itinéraire artistique débute il y a 15 ans avec le spectacle Il Tempo degli assassini et on pourrait le voir comme un voyage vers un théâtre de plus en plus essentiel, plus nu et plus proche de la vie, jusqu'aux dernières expériences dans lesquelles j'ai rencontré des gens qui ne vivent pas l'art comme un métier, mais comme une expérience fondamentale à la survivance.

Pour eux, l'expression artistique n'est pas un travail, mais une nécessité de vie. Bobò, par exemple, sourd muet, rencontré pendant un stage à l'asile d'aliénés d'Aversa possède une « qualité », une poésie unique, qui représente pour lui la seule manière de communiquer.

C'est pour ça que j'ai provoqué la rencontre entre la Compagnie, les acteurs qui suivent notre travail depuis longtemps et ces gens qui vivent l'art comme l'unique raison pour être, pour avoir une identité, pour vivre.

C'est pour réunir ces expériences et créer une liaison, une poésie avec eux.

Je ne suis pas un opérateur social et je suis mal à l'aise quand je suis invité à des rencontres sur théâtre et handicap. Je crois que l'artiste a une relation avec le handicap. Il existe un art qui naît d'un manque, d'une déficience, d'un déséquilibre. D'une blessure, en tout cas. Il me vient à l'esprit Van Gogh, Artaud, Frida Kalho.

Quand j'observe Gianluca ou Bobò ou Nelson dans leur grande liberté, ils ne m'apparaissent pas comme des handicapés. Ils réussissent à vivre un rapport direct avec leurs joies et leurs souffrances, sans médiation. Ce sont des personnes contraintes de vivre une vie de fiction, chez lesquelles se cache une grande frustration, des personnes qui n'ont pas trouvé les clefs pour allumer leur petite flamme artistique intérieure Je crois que tous les hommes sont des artistes. Beaucoup n'ont pas trouvé le moyen de faire émerger cette étincelle. Si l'art est l'union avec un mystère, une tentative d'approcher la transcendance, alors des hommes comme Bobò me connectent plus facilement avec l'art.

Les personnes qui travaillent avec moi sont avant tout des personnes qui se situent à l'intérieur d'un parcours artistique. Il peut se produire qu'à l'intérieur de ce parcours artistique émerge aussi leur dignité humaine.

Pasolini, Fellini, Le Caravage ont travaillé ont travaillé avec des personnes prises dans la vie. Leur nécessité poétique était précisément dans le fait de mettre ensemble de grands acteurs et des hommes de la rue parce que ces visages, ces corps étaient en mesure d'exprimer la vérité qu'ils cherchaient

J'ai passé beaucoup de temps à me former, à faire des choses qui me plaisaient avec des compagnies que j'aimais avant de me mettre moi-même au travail. En travaillant avec l'Odin Théâtre, j'ai expérimenté beaucoup de choses comme l'importance du training. Puis avec Pina Bausch, le travail d'acteur comme l'expression de la plus grande liberté. Puis j'ai rencontré Bobò, qui sans avoir étudié quoi que ce soit, possède le même mouvement du corps que celui que j'avais étudié avec l'Odin Théâtre.

Je ne fais pas de différence entre acteur professionnel et acteur non professionnel. Le théâtre est une chose précise et l'acteur professionnel est celui qui est dans cette précision à 100%, dans cette rigueur.

Ce n'est pas uniquement celui qui a étudié pendant des années les techniques. Ce qui importe c'est la qualité.

L'acteur sur scène ne fait pas que jouer, il fait aussi plein de choses pratiques. L'acteur travaille surtout avec les choses les plus humbles

Je n'aimerais pas faire un spectacle qui satisfait seulement moi ou un comité restreint de gens qui ont ma culture, mes références. Je pense à un théâtre populaire, entièrement populaire, mais pas à un théâtre facile, au contraire. Au contraire, il s'agit d'aller avec sincérité dans les choses complexes, parce que c'est la vie qui est complexe. Dans mes spectacles, les mots sont très importants, mais ils ne sont pas tous. Je pense que le théâtre comme l'a écrit Artaud, c'est une peste : il doit te prendre avec les yeux, le nez, la bouche, avec tous les sens, avec le cœur.

La poésie me donne la possibilité de ne pas définir, de créer un vide dans l'action avec l'handicap. Il y a un art qui sort d'un défaut, d'une lacune, d'un déséquilibre. De toute façon, d'une blessure.

Je pense au théâtre comme à quelque chose de vivant, d'unique, irrépétible. Un spectacle, comme un rite, une expérience qui court toujours en suspens, une expérience extraordinaire qui me met en relation avec le mystère. »

LE CORPS, LE GESTE

Après avoir isolé les gestes, après en avoir enlevé toute intention et toute psychologie, Pippo Delbono cherche à leur donner une discipline, il recompose pour leur donner une structure. La méthode de travail s'appuie sur les règles de la musique ou de l'entraînement des samouraïs : la scansion rythmique et l'énergie, l'enchaînement des lignes mélodiques et la discipline des corps. Ce sont les principes du training et des arts martiaux orientaux : les changements de rythmes, les arrêts, les divers points de force - l'estomac surtout.

Les gestes se succèdent l'un après l'autre et créent une « séquence ». Ainsi, une histoire s'écrit. Mieux encore, ils sont une clef pour réactiver la mémoire du corps du spectateur, dans une adresse qui le conduit à puiser dans ses propres souvenirs, ses propres émotions. Ainsi s'élabore une histoire « commune » entre le corps de l'acteur et le corps du spectateur, histoire dont on ne peut se détacher tant elle nous interroge, nous bouscule, renverse nos certitudes pour mieux être dans l'incertitude.

« Dans le théâtre de l'Orient, on peut être fasciné par un acteur qui ne fait rien d'autre que marcher lentement. Mais il y a une telle précision, une telle force dans sa marche qu'elle retient autant l'attention que s'il marchait sur un fil. Et puis, tout à coup, il ouvre un éventail, mais il le fait au moment juste, dramatiquement juste… Ainsi, un changement de direction suivi d'un stop a pour effet de capter l'attention du public. Cà n'a rien à voir avec une émotion ou une sensation précise chez l'acteur, c'est une action physique. C'est le corps qui répond, pas la tête... Il s'agit surtout de développer une concentration du corps, de maintenir une tension y compris dans l'immobilité »

LA RENCONTRE AVEC BOBÒ ET LES AUTRES

La qualité et la précision du geste, sa justesse, sa puissance dans le silence des corps, la présence des corps que Pippo avait cherchée chez les danseurs (son travail avec Pina Bausch) ou traquée dans la détermination des acteurs, cette qualité Pippo la trouve la trouve à un endroit où il ne l'avait pas imaginé. Il rencontre Bobò, à l'Hôpital psychiatrique d'Aversa alors qu'il animait, avec la compagnie, un atelier. Bobò vivait là depuis quarante ans. Jusqu'alors, Pippo et Pepe Robledo se sont toujours mus à l'intérieur du théâtre. La rencontre avec Bobo permet de déplacer le théâtre vers des endroits encore inexplorés . De façon imperceptible, mais pour toujours.

Le premier spectacle est BARBONI, crée à Naples en 1997. Avec Barboni, débute le travail avec Armando, Puma, Nelson, Gianluca etc... Tous ne sont pas acteurs, au sens où nous l'entendons en France. Ce sont des personnes qui ont une PRESENCE (et la présence est bien la chose qui définit l'acteur), une intensité, une force et une fragilité. .Ils montrent qui ils sont, laissent deviner leur histoire, exposent leurs corps. Ils s'offrent avec leur expérience et leur vie. Nous sommes, alors, dans l'essence même du théâtre, éloigné de la psychologie.

Ils ne jouent pas des rôles. Rien ne nous est caché. Dès le tout premier instant, nous savons qui ils sont. Sourd muet, un hyperactif, un homme qui a perdu l'usage de ses jambes, qui ne l'a jamais eu.

Et, jamais Pippo Delbono ne les rends icônes de leurs conditions, ne leur assignent une fonction de sourd muet, d'hyperactif.. Il puise dans leurs gestes la poésie de l'humain, l'émotion de la beauté, du geste juste.

En rien, ils ne titillent notre « voyeurisme » pour le bizarre et pour le monstrueux. Chaque instant de leur présence sur scène est un acte de théâtre à part entière, un acte artistique et un acte de vie.

A ceux qui lui reproche « d'exhiber » sur scène des handicapés,Pippo Delbono répond simplement : ces critiques naissent généralement dans les pays où on ne voit pas (on ne veut pas voir) dans la rue ni handicapés, ni mendiants. Pippo et ses comédiens veulent seulement « Danzare nella guerra »

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