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Olivier Cadiot

France – Né(e) en 1956

Présentation

Phrases courtes, foisonnement d’images, compositions graphiques, retours à la ligne, cuts, pauses, reprises rapides : chez Olivier Cadiot, le tempo du texte est avant tout musical. Une musique qui ne ménage pas son lecteur et le presse sans cesse de partir à la découverte. Dans l’atelier de l’écrivain, les mots passent et repassent. Longtemps, les phrases cherchent leur place, les virgules changent de ligne. Les textes s’étoffent puis s’amenuisent, pour que ne reste au final, à l’issue d’un processus de plusieurs années, que ce qu’il faut de mots, pour des livres et des romans taillés au plus près de leur finalité. En choisissant d’associer un écrivain à l’édition 2010, il s’agit d’abord d’adopter une écriture, l’une des plus innovantes des deux dernières décennies. Une écriture qui vient de la poésie (L’Art poétic’, 1988), d’une poésie sonore qui résonne, se dit, se souffle, taille dans le vif et bouscule les conventions. Une écriture mise à plat, détricotée et couturée, nourrie de sons, de notes, de pointes cybernétiques, notamment pendant l’aventure de la Revue générale de littérature, dernier laboratoire littéraire de la fin du XXe siècle, qu’Olivier Cadiot fonde avec Pierre Alferi en 1995. Chez P.O.L, paraît ensuite une série d’ouvrages à la limite du roman : Futur, ancien, fugitif (1993), Le Colonel des Zouaves (1997), Retour définitif et durable de l’être aimé (2002), Fairy Queen (2002), Un nid pour quoi faire (2007). Tous allient sentiments et images, sensations et réminiscences, trivialité et métaphysique, autobiographie et captures du réel, passé et présent, au sein d’une langue à la texture inédite.

L’homme Cadiot, c’est aussi un style : drôle, passionné, à l’écoute, généreux. Il sait jouer collectif mais, travailleur méticuleux, il a aussi besoin de moments de solitude, qu’il met à profit lors de longs isolements volontaires entre les Buttes-Chaumont et la Charente. Curieux de tout, ses collaborations sont aussi hétérogènes que multiples. Il a travaillé avec des musiciens (Georges Aperghis, Rodolphe Burger, Benoît Delbecq), des poètes (Pierre Alferi, Bernard Heidsieck, Emmanuel Hocquard), des exégètes (sous la direction de Frédéric Boyer pour la nouvelle traduction de la Bible), mais aussi des philosophes, des hommes de science, de théâtre ou de cinéma. Tout cela sans jamais s’éparpiller : il sait qu’il lui faut construire serrée la meurtrière par laquelle il veut regarder le monde. En 1993, Olivier Cadiot rencontre le théâtre. À la demande du metteur en scène Ludovic Lagarde, il écrit une pièce, Soeurs et Frères, qui le questionne sur l’écriture dramatique. Il y reviendra autrement : l’obstination de Ludovic Lagarde permettra un faufilement du duo vers la scène. Adaptations de livres déjà parus, montages-découpages incarnés via le personnage récurrent de Robinson et l’acteur complice Laurent Poitrenaux, le tandem s’illustre en quatre spectacles, du monologue soliloquant à la comédie chorale : Le Colonel des Zouaves (1998), Retour définitif et durable de l’être aimé (2003), Fairy Queen (2004) et Un nid pour quoi faire, initié en 2009. Différent, son théâtre en mots-voix, en mouvements-lumières, en macro-microscope propose aux spectateurs une expérience de jubilation rare.

Antoine de Baecque

2010-04

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