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Jean Giono

France – ? - 1970

Présentation

Jean Giono est né à Manosque le 30 mars 1895. D’origine provençale par sa mère, il revendique les racines rêvées, enjolivées de la lignée paternelle italienne. Prestige de l’idéal des Carbonari, poursuite de la liberté jusqu’aux franges de l’anarchisme, ivresse des grands chemins et exaltation du compagnonnage : le fil conducteur de toute l’oeuvre, de la vie même de Jean Giono, se trouve dans la fidélité aux convictions qui furent celles de ses père et grand-père.
Une enfance sage, une famille unie et aimante, des parents de condition modeste (père cordonnier, mère lingère) qui donnent à leur fils unique une éducation soignée, le respect des traditions, le sens du devoir, le plaisir du travail bien fait, et, par-dessus tout, une grande indépendance d’esprit. C’est un univers rural toujours inscrit dans le XIXe siècle que Jean Giono décrit dans Jean le Bleu (1932), « ... l’ère heureuse du pré-machinisme » dira-t-il plus tard. Quitter le collège précocement n’interrompt nullement son dialogue avec les auteurs classiques, Virgile et Homère surtout... Jean Giono demeurera sa vie durant un lecteur boulimique.
La Grande Guerre représente pour lui un profond traumatisme, qui fondera le pacifisme virulent, engagé, sans nuances, du rescapé de Verdun. C’est la prise de conscience du mal qui hantera toute l’oeuvre, y compris les plus lumineux des récits. Une fresque terrifiante publiée en 1931, Le Grand Troupeau, en porte témoignage, tout comme la nouvelle Ivan Ivanovitch Kossiakoff, souvenir personnel de l’auteur, qu’il évoquera toujours avec émotion.

Le solitaire, épris de liberté, le poète ivre de mots, aussi éloigné qu’on peut l’être des réalités de ce monde, se marie en 1920. Sa vie durant il sera bon époux, père attentif, fils exemplaire, et jamais ne s’évadera du cocon douillet des plaisirs domestiques. Ce n’est que la première des grandes contradictions gioniennes : refusant le régionalisme, l’esprit de clocher, chantre de l’Odyssée, du grand large (Moby Dick), de l’aventure et des cavalcades, il ne s’absentera que brièvement de Manosque, sans pourtant s’y intégrer, et se contentera d’arpenter la Haute-Provence d’un pas de promeneur enveloppé de sa cape de berger.
Ses premières oeuvres sont des poèmes à la préciosité surannée, des récits mythologiques au lyrisme exubérant. Jean Giono, inlassablement, fait ses gammes, tout en assurant la subsistance de sa famille : il exerce le métier d’agent bancaire. Puis soudain, avec La Trilogie de PanColline (1928), Un de Baumugnes (1929), Regain (1930) –, il crée un genre inédit, une épopée rustique mêlant magie, forces occultes et réalisme quotidien dans une effusion sensuelle et païenne sur fond de tragédie grecque. Le succès est immédiat. « Un Virgile en prose vient de naître en Provence ! » se serait exclamé Gide. Jean Giono, désormais, va pouvoir consacrer tout son temps à l’écriture.

Le succès, tout en le faisant sortir de l’ombre, le place dans une situation ambiguë : loin des cénacles parisiens, peu informé, ses déclarations, ses actions apparaissent comme intempestives, naïves ou contradictoires. Compagnon de route du communisme, il se désolidarise avec vigueur en 1935 lorsque le P.C.F. se prononce pour le réarmement. Adhérent de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires, il se place, sans le savoir, dans la mouvance du trotskisme. Célébrant la nature et les joies simples de la vie des champs, il servira, parfois à son insu, à illustrer les thèses les plus réactionnaires du retour à la terre.
Pacifiste obstiné, il préconise un rapprochement avec l’Allemagne et appelle à une révolte paysanne, destinée à miner l’effort de guerre !

Entre 1935 et 1939 Jean Giono est la figure de proue du groupe du Contadour... Il est difficile de définir ce qu’était ce camp de vacances qui rassemblait deux fois par an, dans une atmosphère joyeuse et ludique, des intellectuels de tous horizons autour du thème du pacifisme. L’agitation brouillonne de ces intellectuels qui multiplient démarches et manifestations contre la guerre, tracts pacifistes et appels à la désertion alors que montent les périls, compromettra gravement Jean Giono.

En 1939 Jean Giono est emprisonné durant deux mois... Il est, il est vrai, l’auteur du Refus d’obéissance (1937) et de la Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix (1938). Il a pourtant, décevant ses admirateurs, répondu à l’appel de la mobilisation. Moins explicable encore est son arrestation en septembre 1944 pour des raisons symétriquement opposées à celles de 1939, et suivie de cinq mois de détention dans des conditions très dures. Sa conduite pendant la guerre a cependant été plus que respectable : il a pris des risques en aidant, cachant et hébergeant à ses frais réfugiés et fugitifs. Étonnante force d’âme de Jean Giono, qui, intériorisant son expérience, fera l’éloge de la réclusion ! : « J’aime les prisons, les couvents, les déserts...». Il ne conservera pas moins de ces temps troublés une grande amertume... D’autant qu’une haine vindicative et tenace l’interdit de publication, le privant de moyens d’existence.

Ce n’est qu’en 1951, avec la parution du Hussard sur le toit, que s’apaisera la vindicte. Commencent alors les années fécondes : outre la quadrilogie du Hussard, épopée romanesque et symbolique, Giono rédige Les Chroniques, belles et sombres méditations d’un pessimisme que tempère une sensualité diffuse... Son intérêt pour le cinéma s’affirme, il met lui-même en scène L’Eau vive, Crésus, écrit de nombreux scénarios, adapte ses romans à l’écran. Son activité créatrice ne faiblit jamais : il ne cesse de publier commentaires, préfaces, essais, articles, textes sur la Provence et un dernier roman, L’Iris de Suse, qui paraît quelques mois avant sa mort.

« La jeunesse croque à belles dents avec un appétit goulu. Quand on devient vieux, on mâche lentement une seul bouchée, mais on la savoure, on en retire la quintessence. »

Difficile de ne pas admirer l’homme qui, dans son grand âge, conserve, ouvert sur le monde, le même regard généreux et gai, plus attentif aux autres que soucieux de lui-même.
Le 9 octobre 1970, Jean Giono meurt dans sa maison de Manosque.

C’est la mort, disait-il, qui donne à toute chose cette beauté aiguë.

Sources : centrejeangiono.com et culturesfrance.com

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