Pas de photographie de cet auteur ajoutez la photo

Ghérasim Luca

France – 1913 - 1994

Présentation

Ghérasim Luca s'est attaché à l'exploration du fonctionnement réel de la pensée et de l'acte (Le Vampire passif).
Dans un monde qui se désagrège, mais non les valeurs et les intuitions qui le sous-tendent et qui s'inscrivent dans la figure d'Oedipe, va émerger la poésie non-oedipienne (L'Inventeur de l'amour, 1945 ; Le Secret du vide et du plein, 1947).
Le langage se trouvera simultanément déconstruit et recomposé (Héros-limite, 1953). Par le moyen d'opérations physiques sur le langage, Luca respire une vibration évidente mais pourtant insoupçonnée logée dans les structures verbales (Sept slogans ontophoniques, 1964 ; Sisyphe géomètre, 1967 ; Le Chant de la carpe, 1973). De cette approche procèdent également les rituels de L'Extrême-Occidentale, 1961, les transmutations de La Clef, 1960, les genèses de La Fin du monde, 1969.
Mais aussi le poème quitte l'écrit, s'oralise (Crimes sans initiale ; L'Autre Mister Smith (récitals), se visualise (Crier taire ; Maison d'yeux ; cubomanies ; dessins). Dans Paralipomènes, 1977, s'affirme la tendance à sortir du langage, à transgresser le mot par le mot, et le réel par le possible.
Enfin, avec Théâtre de bouche, 1984, Luca se fait le metteur en scène des affres de l'homme axiomatique.

...par lui même

« Il m'est difficile de m'exprimer en langage visuel.
Il pourrait y avoir dans l'idée même de création-créaction-quelque chose, quelque chose qui échappe à une description passive telle quelle, telle qu'elle découle nécessairement d'un langage conceptuel.
Dans ce langage, qui sert à désigner des objets, le mot n'a qu'un sens, ou deux, et il garde la sonorité prisonnière. Qu'on brise la forme où il s'est englué et de nouvelles relations apparaissent : la sonorité s'exalte, des secrets endormis surgissent, celui qui écoute est introduit dans un monde de vibrations qui suppose une participation physique, simultanée, à l'adhésion mentale à la représentation.
Libérer le souffle et chaque mot devient un signal. Je me rattache vraisemblablement à une tradition poétique, tradition vague et de toute façon illégitime. Mais le terme même de poésie me semble faussé. Je préfère peut-être : "ontophonie". Celui qui ouvre le mot ouvre la matière et le mot n'est qu'un support matériel d'une quête qui a la transmutation du réel pour fin. Plus que de me situer par rapport à une tradition ou à une révolution, je m'applique à dévoiler une résonance d'être, inadmissible. La poésie est un "silensophone", le poème, un lieu d'opération, le mot y est soumis à une série de mutations sonores, chacune de ses facettes libère la multiplicité des sens dont elles sont chargées. Je parcours aujourd'hui une étendue où le vacarme et le silence s'entrechoquent - centre choc -, où le poème prend la forme de l'onde qui l'a mis en marche. Mieux, le poème s'éclipse devant ses conséquences. En d'autres termes : je m'oralise. »

Ghérasim Luca ( Lichtentstein 1968. Introduction à un récital.)

imprimer en PDF - Télécharger en PDF

Ces fonctionnalités sont réservées aux abonnés
Déjà abonné, Je me connecte Voir un exemple Je m'abonne

Ces documents sont à votre disposition pour un usage privé.
Si vous souhaitez utiliser des contenus, vous devez prendre contact avec la structure ou l'auteur qui a mis à disposition le document pour en vérifier les conditions d'utilisation.