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Photo de Georges Feydeau

Georges Feydeau

France – 1862 - 1921

Biographie Corvin

par Jean-Marie Thomasseau

Auteur dramatique français (Paris 1862 - Rueil-Malmaison 1921) qui a porté le vaudeville du XIXe siècle à son plein épanouissement, à une manière de perfection.

La vocation de vaudevilliste de Feydeau est précoce. Fils du romancier Ernest Feydeau, il s'essaie dès l'adolescence, en négligeant ses études, à l'écriture de piécettes en un acte et de monologues que, tenté par le métier d'acteur, il lui arrive d'interpréter lui-même. La première représentation publique de Par la fenêtre (1882) l'encourage à poursuivre dans cette voie, d'autant que ses monologues sont interprétés par des acteurs célèbres : Galipaux, Coquelin cadet, Judic.

Ce n'est toutefois qu'avec Tailleur pour dames (1886) qu'il remporte un beau succès avant de connaître une longue suite d'années difficiles. Ni la Lycéenne (1887), vaudeville-opérette qui sacrifie au goût à la mode, ni Au bain de ménage (1888), ni Chat en poche (1888), qui connut un accueil désastreux, ni les loufoqueries des Fiancés de Loches (1888), de l'Affaire Édouard, du Mariage de Barillon (1890) ne parviennent à dérider le public et la critique.

L'année 1892, en revanche, est particulièrement faste avec, coup sur coup, le triomphe de trois pièces en trois actes : au théâtre de la Renaissance, Monsieur chasse ! ; aux Nouveautés, Champignol malgré lui, avec Desvallières, son plus fidèle collaborateur ; au Palais-Royal, le Système Ribadier, avec Maurice Hennequin, fils de son maître ès sciences vaudevillesques, Alfred Hennequin.

L'art de Feydeau, qui puise son inspiration dans la vie agitée des Boulevards dont il est un des seigneurs, est alors à maturité et les pièces qui pendant une quinzaine d'années suivront à un bon rythme seront autant de triomphes : Un fil à la patte et l'Hôtel du libre-échange en 1894, le Dindon en 1896, puis la Dame de chez Maxim (1899) qui obtiendra plus de mille représentations, la Duchesse des Folies-Bergère (1902), la Puce à l'oreille (1907), Occupe-toi d'Amélie (1908).

Semblant alors se désintéresser des grandes mécaniques vaudevillesques en trois actes, il compose avec un comique féroce et poignant des « farces » conjugales dans lesquelles s'expriment les rancœurs d'un mariage (avec Marianne Carolus-Duran) qui a tourné à l'aigre. A cette veine on doit : Feu la mère de Madame (1908), On purge Bébé (1910), Mais n'te promène donc pas toute nue ! (1911), Léonie est en avance (1911), Hortense a dit : « J' m'en fous ! » (1916).

Une machine infernale

Quelle que soit leur tonalité, les « pièces » de Feydeau (il préfère souvent ce terme à celui de vaudeville) ont su redonner au genre une vis comica qu'il avait perdue. Le tout repose sur la qualité d'une intrigue* construite avec un luxe de préparations et qui tisse un réseau arachnéen d'effets et de causes dans lequel les personnages viendront s'empiéger. La chiquenaude initiale, un quiproquo ou une rencontre intempestive, provoque une série de rebondissements en cascade, de péripéties saugrenues, de situations cocasses, où brusquement, dans ce microcosme bourgeois, tout obéit à la logique insensée d'un fatum implacable, non sans que l’auteur, en cas de besoin, donne les coups de pousse nécessaires pour faire avancer la machine : mais l’habileté de Feydeau est d’installer un tel climat de folie que toute invraisemblance passe inaperçue. L'ensemble est emporté par un mouvement accéléré (souci permanent de l'écrivain), et les personnages, qui passent continuellement de la crainte au soulagement et vice versa, sont saisis de fébrilité et vivent dans une urgence qui leur interdit, comme au spectateur, toute réflexion.

L'écriture dramatique, qui semble toujours explorer ses limites, relève d'une esthétique générale du débord. Trop-plein d'effets, de péripéties, de personnages, d'accessoires dans le décor. Dans cette atmosphère saturée, les objets dotés de malignité semblent s'animer alors que les personnages, qui virevoltent et rebondissent, se réifient, butent sur des espaces clos ou sont projetés dans un jeu forcené de portes inopinément ouvertes ou fermées.

Un comique délirant et décapant

Ces mécanismes n'excluent pas une certaine vérité humaine des sujets et une individualisation bien marquée qui ne réduit pas les personnages à l'état de bamboches malgré les fantaisies anthroponymiques dans la tradition du genre. On ne s'appelle pas impunément Follbraguet ou Chopinet. Bien sûr la bourgeoisie fin de siècle et le monde interlope parisien se reflètent dans les glaces du décor et s'y reconnaissent — c'est un lieu commun de le rappeler —, y retrouvent aussi leurs fantasmes et leurs désirs inassouvis. Les pièces baignent dans un érotisme latent. La morale y est presque toujours sauve, mais au prix seul de la convention théâtrale. Au dénouement, on ne peut se départir d'un certain désabusement devant la nature humaine et l'universelle jacasserie. Mais l'amuseur ne se voulait ni moraliste ni penseur.

Au bout du compte cependant, la cocasserie loufoque, à force d'ironie décapante, conduit du banal au délire comme dans Ubu roi joué la même année que le Dindon. Et les critiques d'aujourd'hui se plaisent à rapprocher le burlesque de ce théâtre des créations surréalistes. Quant aux rapports d'incommunicabilité entre les personnages, aux jeux dérisoires du langage dans cet univers régi par la logique déréglée de l'absurde, c'est bien à Ionesco qu'ils peuvent faire songer. Mais en définitive cette œuvre apparaît surtout comme une invite à la pratique de la plus rare et de la plus franche des vertus théâtrales : le fou rire. Dès lors, pas de mise en scène de Feydeau sans délire : à cet égard il y loin de la démence forcenée de Hemleb (le Dindon, Comédie-Française, 2003) au trop sage montage de l’Hôtel du libre-échange (Françon, 2008).

BIBLIOGRAPHIE

  • Théâtre complet, texte établi avec introduction, chronologie, bibliographie, notices et notes par H. Gidel, 4 vol., Garnier, Paris, 1988-1989.
  • A. Shenkan, Georges Feydeau, Seghers, « Théâtre de tous les temps », Paris, 1972
  • J. Lorcey, Georges Feydeau, la Table ronde, Paris, 1977
  • H. Gidel, la Dramaturgie de Georges Feydeau, Champion, Paris, 1978
  • le Théâtre de Georges Feydeau, Klincksieck, Paris, 1979
  • M. Esteban, Georges Feydeau, Twayne, Boston, 1983
  • H. Gidel, Feydeau, Flammarion, 1991.

Le Corvin

Ce texte est issu de l'Encyclopédie du Théâtre Corvin, qui fait l'objet d'un projet de mise en ligne.


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