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(…)

CONSTANCE. - Que puis-je faire pour toi mon frère ?

VALERE. - J'avais un ami je ne l'ai plus j'avais une femme-

CONSTANCE. - Qu'y-a-t-il ?

VALERE. - Tu sais combien je l'aime Rosalie la femme que j'aime je l'aime bien ma femme- mais non, tu n'en sais rien, devant les autres on fait mine de rien on a toujours fait mine de rien pas de signe d'affection pas le moindre geste pas d'étreinte pas de main dans la main ni de bisou-bisou non rien du tout mais je l'aime quand même plus que tout au monde je l'aime et je ne peux je ne veux vivre sans Rosalie

CONSTANCE. - Que me dis-tu mon frère ?

VALERE. - Tu la connais ma femme tu as toujours été pour elle une vraie amie sa copine sa confidente depuis son plus jeune âge tu la connais vois-la.

CONSTANCE. - Moi ?

VALERE. - Il faut que tu la voies pour moi il faut que tu lui parles.

CONSTANCE. - Que je lui parle ! moi pourquoi ?

VALERE. - Parce que ce que je dois entendre (elle te le dira) si moi je dois l'entendre je ne veux l'entendre de personne d'autre que toi si elle ne m'aime pas.

CONSTANCE. - Mais si, elle t'aime.

VALERE. - Elle ne m'aime pas voilà pourquoi j'ai la tête qui tourne ça doit être pour ça j'ai l'impression que tout autour de moi ça tourne je m'assois. (Pause. tu as pleuré si ça se voit le teint brouillé les yeux bouffis rougis de pleurs le nez qui coule les joues trempées de larmes et le Rimmel qui fond qui file partout.

CONSTANCE. - J'ai pleuré mais je ne pleurs plus (…)

(…)

Rosalie chez elle.

ROSALIE. - Vous avez vu ça ? Vous avez dû remarquer ça. Vous l'avez sans doute remarquée, elle ne passe pas inaperçue, ma bouche bien entendu, ma grande bouche lippue. Vous avez vu ça un peu ? Le bec, la margoulette. " T'as vu la gueule qu'elle a, la gonzesse ? " " Oh là, là, quelle moue, la meuf ! " La lippe boudeuse. Pulpeuse, charnue et tout. Z'avez vu ? Ça fait très femme, non ? Moi je trouve. Ça fait très féminin, sensuel, voluptueux ; la bouche généreuse, les lèvres qui s'ouvrent, qui s'offrent à vous messieurs, avec tant d'impudeur, de cette couleur éhontée, ce rouge foncé, tout comme le sang qui bouillonne dans mes veines. Bouillonne pour vous… vous m'avez reconnue ? Non ? Regardez bien mes lèvres là…

[Elle prononce d'une manière inaudible le mot " liberté ".)

Ça y est ? Vous y êtes ? Je crois que vous m'avez peut-être- oui je suis la Liberté, c'est moi franchise audace et libéralité, c'est grâce à moi tout ça, toutes ces libertés dont vous, vous jouissez. C'est moi la Liberté, je suis celle dont on ne se méfie jamais assez celle qui se croit tout permis je revendique haut et fort mon droit mes droits j'ai tous les droits moi, j'espère que vous me remettez maintenant vous m'avez déjà vue en quatre-vingt-neuf vêtue d'une longue tunique blanche un flambeau à la main en plein jour devant les grilles de la Bastille ; vous m'avez vue en juillet mille huit cent trente escaladant les barricades les seins à l'air la poitrine dénudée à moitié dénudée et je suis revenue en soixante-huit vous souvenez-vous ? en minijupe avec banderoles, baskets, slogans, sit-ins et tout après tout c'est ma tante américaine qui entre-temps m'a tout appris tout ré-appris on dit : " merci tatie " merci tatie merci merci…

(…)