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Extraits

Vous qui habitez le temps, scène IV

LE VEILLEUR
Nom inscrit dans les yeux que vous avez dans yeux : Jean Veto.

L’ENFANT DES CENDRES
S’il vous plaît, passez-moi mon cadavre !

LE VEILLEUR
Reculez ! Avancez !… Avez-vous toujours mal aux yeux quand je ferme les miens ?
Si oui dites non, si non dites depuis combien de temps vous ne me voyez plus.

L’ENFANT DES CENDRES
Dites d’abord si mon nom est vraiment Jean Veto ou si non. S’il ne l’est pas, affirmez moi.
Cochez en nul si c’est pas le cas.

LE VEILLEUR
Ton vrai nom doit être tu.

L’ENFANT DES CENDRES
Est-ce que ma bouche tient bien dans ses paroles ?

LE VEILLEUR
Je ne vois rien en vous qu’un trou vraiment désespérant.

L’ENFANT DES CENDRES
Je ne peux plus voir aucun trou entre vous et moi, je ne peux plus voir qu’un seul souffle hors de moi.


Vous qui habitez le temps, scène X

LA FEMME AUX CHIFFRES
L’endemain matin d’euce-jour d’ténèbres, on nous apporta la terre avec un miroir éteint enfoui dedans dans une casserole. Toute notre terre énorme si grosse, elle qui s’croyait rien qu’en mirmidilliards d’kilomètres cubes, se découvrait soudain équivaloir de tout son poids à un rien en sable. Seuls les chiffres dépourvus de tout auraient pu nous former de quelque chose ; mais on les empêchait d’être en nombre ; les alphabets non plus portaient plus de mots. En route depuis deux jours vers Languedreuzic, Edgard et moi, nous parvînmes ensemble en vue d’un trou d’aise où nous reposer à l’intérieur d’Edgard et moi. Chaque soir était atteint sans autre effort que d’accoucher en soi d’un mort qui vivrait au matin ; nous étions des animaux mis dans la vie qu’après la mort ; ou sinon nous étions des animaux efforcés de se produire avec. J’avais plus d’ordre dans mes pensées qui dévalaient tout à l’endroit ; j’aurais toujours voulu dire oui à non, pour dire non à tout, pour vivre dehors du temps, acquiescer tout dans la demi-heure, adopter oui, dire enfin bref au pénultième des coups de cinq heures. Toute seule, je bruissais de mille cent conversations, j’avais plein de mots qui allaient partout comme des oiseaux ; une fois plantée parlante en face d’autrui je me trouvais plus rien lui dire : le regardant fixement sans un mot dans les yeux, je trouvais à chaque humain une tête de moins que rien.