Momo : Si vous y réfléchissez, il y a dans les procès des grands quelque chose d’absolument redoutable.
Ferdinand : Pourquoi ?
Momo : Enfin, cher ami !!! Si la justice se met à juger pareillement les humbles et les puissants comment faire pour distinguer un puissant d’un humble ? Une puissance qui ne s’exerce pas peut-elle s’appeler une puissance ? Non. Nous sommes d’accord ? Or de quelle façon mieux exercer sa puissance qu’en accomplissant des actes délictueux sans être punis ? Vous comprenez ce qui nous menace ? Si tout individu d’une société donnée est soumis à une rigoureuse égalité judiciaire, nous allons vers une terrible confusion.
Ferdinand : Précisez. Je ne suis pas sûr de comprendre.
Momo : Si chaque PDG, si chaque ministre peut se trouver au trou comme son employé, comment le peuple va-t-il se reconnaître ? À travers l’existence des puissants, le peuple se reconnaît. Il se reconnaît comme peuple précisément. Mais supprimez les puissants, où le peuple trouvera-t-il son identité ? Supprimez le Haut, comment le Bas sait-il qu’il est le Bas ? Il ne peut plus le savoir ! Le voilà plongé dans l’ignorance, déboussolé. Donc avec la plus extrême fermeté, je soutiens que l’égalité de tous devant la loi est une mesure profondément antidémocratique. Elle brouille purement et simplement l’image de la société. Le peuple ne reconnaît plus sa place. Il se sent livré à lui-même, abandonné. Il ne sait plus où donner de la tête, il se désarticule, il se décompose, il se désagrège. La confusion du Haut et du Bas est le commencement du désordre. C’est pourquoi, au nom d’un sentiment de survie plébéien, je soutiendrai toute proposition d’amnistie pour des faits passés ou futurs émanant de personnes haut-placées.
Jean-Marie Piemme, Toréadors