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Extrait

Lenhart. Mademoiselle, apprenez que j’ai conduit cent mille hommes sur les tréteaux brûlants de la guerre. C’est une comédie d’un genre féroce : une réplique à côté, vous tuez un confrère ; un geste de travers, c’est le décor lui-même qui s’ouvre sous vos pieds. On y apprend à s’énoncer clairement, à crier sans se heurter la voix ; à marcher, bouger, respirer de manière plus fluide ; écouter avec l’âme, voir du fond du ventre, comme font les prédateurs ; imiter, du reste, tous les animaux, le chat rusé, le vif moineau, la limace obséquieuse, le chien fou, la taupe discrète. L’on y joue tous les rôles, du fourbe au héros, en passant par le médecin, le blessé, le bouffon, la victime et son bourreau. L’on y pénètre la mort dans l’âme, et plein d’inquiétude ; l’on y consume les meilleures, les plus saines années de sa vie ; l’on y rit, l’on y pleure, l'on y aime parfois ; l’on s’y est au mieux fait deux ou trois camarades, mais d’ennemis davantage qu’il n’est d’hommes sur la terre ; l’on en ressort que rarement, que trop rarement intact - que trop rarement à temps !

Cependant, tout amers qu’y furent nos échecs,
Le souvenir glorieux d’une seule victoire
N’en demeure jamais un nectar que plus doux.

Mes chers amis, ces arguments faciles, pris sur le tas (car il en est bien d’autres), auront suffi, je pense, à vous convaincre de mes prédispositions naturelles pour le noble art du théâtre. La nuit est froide, il est temps pour chacun de rentrer chez soi ; ayez de méchants rêves, c’est une très méchante vision que je réserve à nos gaillards demain - pour une fois qu’il se passe quelque chose d’intéressant dans la région. La guerre comme le théâtre doivent nous enseigner la patience ; c’est là, voyez-vous, la meilleure et la plus solide école de la scène, car à qui sait attendre, tout vient à point. Demain, vous saurez tout, et nous pourrons répéter, je nous le souhaite, avec beaucoup d’obscénité et de courage. D’ici là, adieu !

Kentucky. Adieu, que d’affreux songes vous bercent.